Pour la première fois, la Chine compte davantage d’habitants âgés de 65 ans ou plus que d’enfants de moins de 15 ans. Ce basculement démographique recompose les besoins en matière d’éducation, de logement et d’accompagnement du grand âge.
La Chine a franchi un seuil démographique majeur : en 2025, elle comptait 223,65 millions de personnes âgées d’au moins 65 ans, contre 212,76 millions d’enfants de 0 à 14 ans. L’écart approche 10,9 millions de personnes. Ces chiffres, tirés de l’Annuaire statistique de la Chine 2026, ont été détaillés le 25 octobre par le média économique Yicai, puis repris par l’Association chinoise du vieillissement.
Les plus de 65 ans représentent désormais 15,9 % de la population chinoise, contre 15,1 % pour les moins de 15 ans. Ce changement traduit deux mouvements de fond : l’allongement de la vie et la diminution du nombre de naissances, qui modifient progressivement les besoins des ménages et l’organisation des services.
Le rapport entre générations s’inverse
L’inversion apparaît aussi dans le ratio de dépendance démographique. Pour 100 habitants âgés de 15 à 64 ans, la Chine compte 23,1 personnes de 65 ans ou plus et 22 enfants de moins de 15 ans. Le ratio total atteint 45,1. Cet indicateur compare des classes d’âge : il décrit la structure de la population, et non le nombre de personnes effectivement à la charge financière d’un travailleur.
La transition s’est accélérée en moins d’une décennie. En 2016, le ratio des personnes âgées s’établissait à 15 pour 100 habitants de 15 à 64 ans. Il atteignait 20,8 en 2021, puis 22,8 en 2024, année où le ratio des enfants était encore légèrement supérieur, à 23. La nouvelle photographie statistique fait apparaître un changement de majorité entre les deux groupes.
Cette évolution s’inscrit dans un recul démographique plus général : la population chinoise a diminué pour la quatrième année consécutive en 2025, rappelle Reuters. Les autorités ont engagé différentes mesures de soutien aux familles, notamment des aides à la garde d’enfants et des dispositifs visant à réduire certains coûts liés à la naissance.
Des écoles aux services pour les personnes âgées
Les effets du vieillissement commencent à se lire dans l’utilisation des bâtiments et dans les formations professionnelles. Yicai documente la reconversion de locaux d’anciennes écoles maternelles en établissements ou services d’accueil pour personnes âgées. Certains établissements de formation, historiquement tournés vers les métiers de la petite enfance, développent aussi des cursus liés à l’accompagnement des seniors.
La transformation répond à des besoins très concrets : adapter les logements, organiser les soins de longue durée, développer les services de proximité et former les professionnels de l’aide aux personnes âgées. Dans les territoires où les effectifs scolaires diminuent, la réaffectation de bâtiments existants devient également une question d’aménagement et de financement public.
Une autre place pour les seniors dans la société
Le vieillissement modifie également les pratiques de consommation. Les activités culturelles, la formation continue et les loisirs destinés aux personnes âgées constituent des marchés en développement. L’Association chinoise du vieillissement relève notamment une demande d’enseignants capables d’accompagner les seniors dans l’apprentissage des outils numériques, de la vidéo ou des applications d’intelligence artificielle.
Pour les familles, les collectivités et les entreprises, l’enjeu dépasse donc les seules retraites. La répartition des générations influe sur les besoins en personnel, les infrastructures éducatives et sanitaires, ainsi que les formes de solidarité entre proches. La Chine entre dans une phase où la place des aînés devient centrale dans l’organisation de la vie quotidienne.