Les initiatives d’intégration de la technologie dans l’éducation, même si elles partent de bonnes intentions, donnent aujourd’hui des résultats mitigés. Le Maine, pionnier, a lancé son premier programme d’ordinateurs portables dès 2002, symbole des promesses du numérique. Mais deux décennies plus tard, experts et enseignants tirent la sonnette d’alarme : un accès prolongé à ces outils pourrait plutôt fragiliser la capacité cognitive des élèves que la renforcer.
Le pari du Maine et comment ça s’est étendu
Sous la gouvernance d’Angus King en 2002, le Maine a lancé la Maine Learning Technology Initiative. Le but : fournir des ordinateurs portables aux élèves de septième année dans 243 collèges de l’État pour faciliter l’accès à l’information et à internet. Apple, partenaire clé, a d’abord distribué 17 000 ordinateurs portables Apple cette année-là ; ce chiffre a atteint 66 000 appareils en 2016. Malgré l’effort massif, l’initiative a essuyé de vives critiques, notamment de l’ancien gouverneur Paul LePage, qui l’a qualifiée d’« échec massif ».
En 2017, un rapport de Fortune a montré que les tests publics n’avaient pas progressé en 15 ans dans le Maine. Un contraste frappant avec la somme astronomique de plus de 27,6 milliards d’euros dépensée à l’échelle nationale américaine pour la technologie éducative en 2024.
Ce que la techno change (ou pas) dans l’apprentissage
Le neuroscientifique Jared Cooney Horvath a témoigné devant le Comité du Sénat des États-Unis sur le commerce, la science et les transports cette année, alertant sur les effets négatifs de la technologie en milieu scolaire. Selon lui, la Génération Z affiche une baisse des scores standardisés, notamment en littératie et en numératie, avec une détérioration sur une décennie. Horvath rappelle que l’apprentissage demande des efforts, ce qui entre en contradiction avec l’usage simplifié et sans friction que proposent beaucoup d’outils numériques. « L’apprentissage est laborieux, difficile et souvent inconfortable. Mais c’est la friction qui le rend profond et transférable dans le futur. »
Des études montrent qu’en 2021, seulement 55 % des enseignants passaient entre 1 et 4 heures par jour avec la technologie, tandis que 25 % déclaraient un usage de 5 heures quotidiennement. Une enquête de 2014 a révélé que 66 % du temps passé par des étudiants sur leur ordinateur était dédié à des activités hors sujet, une statistique préoccupante pour l’efficacité des outils numériques en classe.
La professeure Jean Twenge de l’Université d’État de San Diego, dans son ouvrage « 10 Rules for Raising Kids in a High-Tech World », critique le pouvoir addictif des applications numériques, en pointant notamment les réseaux sociaux Meta, Snap, TikTok et YouTube, qui sont impliqués dans des litiges concernant leurs effets supposés sur la santé mentale des jeunes.




