Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a déclaré, dans un entretien accordé au journal Les Échos, publié le 16 juillet, qu’il souhaitait changer le P de CPF de personnel en professionnel. Le ministre veut désormais conditionner chaque achat de formation financée par le compte personnel de formation à une validation préalable.
Il a ajouté que chacun pourra toujours construire son parcours professionnel, mais qu’il souhaite désormais faire vérifier que chaque formation soit cohérente par rapport aux évolutions professionnelles souhaitées par le salarié et réalistes par rapport à la réalité du marché du travail.
Concrètement, cette validation serait effectuée par l’employeur pour un salarié en poste. Pour les autres cas, elle reviendrait à l’Association pour l’emploi des cadres, voire à France Travail. Un actif peut mobiliser son compte de façon autonome, sans en référer à personne. Farandou, ancien PDG de la SNCF, présente cette réforme alors que le gouvernement prépare le budget de l’État pour 2027 dans une logique de redressement des finances publiques.
Un rapport du Sénat publié le 9 juillet rappelle que les employeurs sont la première source de financement du CPF : leur contribution, collectée par France compétences, atteignait près de 11 milliards d’euros en 2025. Selon les auteurs du rapport, le coût pour les finances publiques s’élève à 2,1 milliards d’euros par an depuis 2020.
Les syndicats dénoncent une rupture, le patronat approuve
La CFDT s’oppose à cette évolution. Dans un communiqué publié le mardi 21 juillet, le syndicat estime que soumettre l’utilisation du CPF à une validation préalable de l’employeur ou du Conseil en évolution professionnelle remettrait en cause l’équilibre construit par les partenaires sociaux à travers les accords nationaux interprofessionnels de 2013 et de 2018, ainsi que la philosophie de la loi du 5 septembre 2018, qui a fait de chaque actif le premier acteur de son parcours professionnel.
Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT, défend lui aussi le dispositif actuel. Il rappelle qu’il s’agit d’une grande conquête, qui doit permettre à un salarié de choisir une formation qui ne soit pas uniquement celle que son employeur veut qu’il fasse pour l’adaptation au poste de travail, a-t-il expliqué à l’AFP.
Côté politique, le député macroniste Sylvain Maillard a critiqué la méthode sur X, estimant qu’enterrer le CPF est un choix de défiance envers la liberté de chaque actif de choisir son avenir professionnel, et s’étonnant que cette annonce choc de Jean-Pierre Farandou se fasse dans un journal et pas face aux députés de sa majorité, ce qui, à deux mois des discussions budgétaires, est pour le moins malhabile.
Le patronat, lui, soutient la réforme. Un responsable patronal a résumé auprès de BFM Business qu’on avait investi énormément d’argent pour financer des réformes bidons.
Notre loi en 2018 s’appelait « Liberté de choisir son avenir professionnel »,
Enterrer le CPF, c’est un choix de défiance envers la liberté de chaque actif de choisir son avenir professionnel.
Je m’étonne que cette annonce choc de @JPFarandou se fasse dans un journal et pas… pic.twitter.com/I2tqHPUrvz
— Sylvain Maillard (@SylvainMaillard) July 17, 2026
Un dispositif déjà rogné depuis 2024
Les restrictions ne sont pas nouvelles. Le permis de conduire a été exclu du catalogue du CPF, sauf pour les demandeurs d’emploi. Un décret paru en février a plafonné à 1 500 euros les montants mobilisables pour financer des formations issues du répertoire dit spécifique, comme les langues étrangères, la soudure ou certaines habilitations professionnelles, même si le titulaire dispose de plus d’argent sur son compte. Cette seule mesure doit permettre à l’État d’économiser 250 millions d’euros.
En avril, la participation forfaitaire demandée aux bénéficiaires a augmenté de 50 %, pour atteindre 150 euros. Ce reste à charge, introduit en mai 2024, a mis fin à une époque où les titulaires du CPF pouvaient financer une formation à 100 % sans débourser un euro.
