Les journalistes du 21ème siècle doivent être protégés

  • Publié le: vendredi 19 octobre 2018

Journalistes reconvertis en coach, mutuelles qui se spécialisent dans les métiers du journalisme à l’image d’Audiens : depuis quelques années, certains semblent s’être donnés pour mission de venir en aide au journalisme, l’un des métiers les plus stressants en France, notamment après l’arrivée du numérique.

Parmi tous les métiers que l’essor du numérique a chamboulés, la presse occupe incontestablement le haut du panier. Depuis quelques années, partout dans le monde, les plus grands titres de journaux – le média le plus affecté par le digital – s’évertuent à trouver un modèle économique stable, prenant en considération plusieurs facteurs, comme la gratuité (ou non) des éditions en ligne et la présence (ou non) de publicité sur leur site Internet. Car ce n’est pas seulement l’arrivée de nouveaux acteurs – comme les réseaux sociaux ou les pure players, ces sites d’information qui n’existent qu’en version digitale –, mais la propagation d’une nouvelle philosophie, celle du « tout gratuit » ou du « tout accessible », inhérente à l’utilisation d’Internet, qui a rebattu les cartes. Ajoutée, éventuellement, à la nécessité quasi viscérale, chez un grand nombre de personnes, d’accumuler les informations sans nécessairement les approfondir, pour avoir l’air au courant.

« Générer du clic »

En 2013, une étude réalisée par Ipsos Media pour 7 quotidiens payants français révélait, sans grande surprise, que payer pour s’informer restait le meilleur moyen d’avoir les informations « les plus fiables »« les plus crédibles » et « les plus vraies ». Comme le résumait alors Marc Feuillée, patron du Figaro, « un gratuit, cela sert à être au courant […], un payant, c’est pour approfondir et enquêter. Je ne veux pas être péjoratif, mais les journaux gratuits, ce sont un petit peu des robinets d’eau tiède ». Sauf que, d’après la même étude, la presse gratuite restait à l’époque (et demeure aujourd’hui) « la plus informative » et « la plus utile », surtout chez les jeunes, 45 % du lectorat de la presse accessible sans débourser un centime ayant moins de 35 ans. A contrario, le vieillissement de son lectorat est souvent pointé du doigt comme étant l’un des défis de taille que la presse payante doit régler.

Un décalage (philosophique) entre générations qui explique l’arrivée massive de pure players ciblant expressément les jeunes – les Anglo-Saxons parlent d’infotainment pour certains, contraction d’information et d’entertainment –, ces derniers ayant, selon une antienne journalistique, retrouvé le goût de la lecture grâce à ces sites d’information légère et gratuite. Si la majorité des nouvelles plateformes manie le sensationnalisme et l’humour, certaines restent en revanche calquées sur l’information dite sérieuse, qu’elles se proposent simplement de traiter de façon décalée, avec des angles originaux – mais non moins pertinents. Seul problème : souvent très jeunes, ces nouveaux médias n’ont pas autant de moyens qu’ils le voudraient, et peuvent faire appel à des journalistes sortis d’écoles, qui cherchent, en guise de première expérience professionnelle, à multiplier les « piges ».

Les petites mains qui travaillent pour ces nouveaux acteurs de l’information, doivent la plupart du temps « pondre » des papiers en flux tendu, le fonctionnement algorithmique d’Internet et les mécanismes d’octroi de la publicité en ligne exigeant des sites que leurs contenus évoluent régulièrement afin de « générer du clic ». Car sans annonceurs, pas de média. La sentence s’applique également à la presse écrite traditionnelle ; or, selon une étude de l’IREP, un cabinet spécialisé dans la publicité et la communication, les recettes publicitaires des journaux imprimés ont diminué de 7,4 % l’an dernier, et 6,7 % en 2016. Dans le même temps, elles ont atteint, tout média confondu, 13,7 milliards d’euros en 2017, soit une hausse d’1,2 % par rapport à l’année d’avant. Sans surprise, la publicité en ligne, avec une croissance de 12 %, occupe largement le haut du panier. Un clivage, entre numérique et papier, qui devrait s’aggraver avec le temps.

« Atteintes à la santé psychique » des journalistes

Production de contenus à un rythme très soutenu d’un côté ; baisse inexorable des moyens de l’autre. Quel que soit le « corps de métier » des journalistes, ceux-là doivent vivre quasi quotidiennement sous pression, surtout lorsqu’ils débutent – sans compter le nombre exponentiel d’élèves qui sortent chaque année des écoles de journalisme et cherchent un premier boulot. Le stress, c’est d’ailleurs le premier critère retenu par le site CareerCast.com pour faire figurer, en 2017, « journaliste de presse écrite » à la première place du « Top 10 des pires métiers ». « Les journalistes doivent faire face aux risques psychosociaux et physiques d’une profession soumise au stress à la fois de la rapidité et de la qualité de l’information à délivrer »notait effectivement en septembre 2016 Officiel Prévention, professionnel de la mise en relation des acteurs de la santé au travail avec les entreprises.

« Le stress permanent a des effets destructeurs et pathogènes sur les individus qui y sont soumis : la confirmation chez les journalistes […] des atteintes à la santé psychique […] par le stress […] constitue une alerte majeure de santé au travail », d’après l’organisme. Qui pointait du doigt « l’évolution du journalisme et des médias, marquée par les transformations induites par les nouvelles technologies informatiques et de communication ». Problème : cette « évolution » ne s’arrêtera pas de sitôt – à moins que l’on décide subitement de se passer d’Internet… – et le journalisme continuera d’attirer à lui des centaines de professionnels chaque année. Qui, en plus du bagage pratique et théorique, devront nécessairement « apprendre » le stress au travail – ou, du moins, en être averti. Raison pour laquelle, depuis quelques années, certains journalistes jouent les coachs éducatifs auprès des jeunes pousses.

Fonds collectif géré par Audiens

C’est le cas, par exemple, d’Alexandra Routhiau, 30 ans et journaliste télé, qui vient de sortir un Petit manuel de survie pour les journalistes. Au menu : privilégier l’apprentissage le plus tôt possible ; savoir se rendre disponible dans les limites de l’acceptable ; ne pas avoir peur de passer par la case Pôle emploi ; veiller à ne pas accumuler les piges ; garder intact son « amour du métier ». L’auteure, par ailleurs intervenante à l’Institut pratique du journalisme, aurait pu ajouter : se dégoter une bonne mutuelle. Devant les risques réels de burn out, le législateur français est intervenu, en 2015, pour obliger les employeurs de presse à proposer à tous leurs salariés une complémentaire santé. Un texte qui s’adressait en premier lieu aux pigistes, les plus vulnérables de la profession, qui peuvent désormais cotiser dans un fonds collectif santé géré par Audiens, groupe de protection sociale dédié au monde de la culture et des médias.

Courant 2019, celui-ci devrait d’ailleurs ouvrir un centre de santé en plein cœur de Paris, qui accueillera quelque 570 personnes dont une soixantaine de médecins et autres dentistes. Ouvert à tous les habitants de Paris mais également d’Ile-de-France, le complexe, situé rue Bergère (9ème arrondissement), reste ouvert en priorité pour les ressortissants des métiers de la culture et des médias, « qui y trouveront des conditions avantageuses de soins, de prévention et de médecine du travail » affirmait Patrick Béziers, directeur général d’Audiens, en avril dernier. Ce dernier entend préserver autant que possible les journalistes, « acteurs essentiels des processus d’information des citoyens », comme le précise Officiel Prévention sur son site. Surtout à l’heure des « infox » (version francisée de fake news), qui obligent les journalistes à redoubler de vigilance.

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