Pneus usagés : après la collecte, le défi des débouchés

Plus de 600 000 tonnes de pneus ont été collectées en France en 2025. Une filière soumise à de fortes pressions pour favoriser une meilleure circularité. Rechapage, recyclage, pyrolyse… les débouchés se diversifient, parfois bien loin de l’automobile. Jusqu’à entrer dans la composition des peintures murales Tollens.

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Pneus usagés : après la collecte, le défi des débouchés © Social Mag

Le pneu est devenu un déchet presque banal. Garages, centres automobiles et déchèteries alimentent aujourd’hui un réseau de collecte très structuré. En 2025, 609 000 tonnes ont ainsi été récupérées en France, selon l’ADEME. Un chiffre destiné à encore augmenter puisque la réglementation fixe désormais un objectif de collecte de 97 % en 2026.

Mais au-delà de la collecte, le prochain défi reste celui du débouché.

Aujourd’hui, la première réponse reste de prolonger l’utilisation des pneus lorsque leur état le permet. Le rechapage, notamment pour les poids lourds, évite de fabriquer immédiatement un pneu neuf. Les autres peuvent être broyés et valorisés sous différentes formes. Certains servent encore de combustible alternatif en cimenterie tandis que d’autres deviennent des matières utilisées dans de nouveaux produits. Aliapur, qui a collecté plus de 400 000 tonnes de pneus en 2025, organise leur traitement autour de plusieurs voies. « Chaque étape du processus vise à identifier et préserver la valeur du pneu usagé », explique l’éco-organisme, qui privilégie d’abord la réutilisation lorsque l’état du pneumatique le permet, avant la valorisation matière ou énergétique.

La réglementation française pousse désormais plus explicitement vers les deux premières voies. Pour 2026, les objectifs fixés à la filière atteignent 18 % pour la réutilisation et 41 % pour le recyclage. À partir de 2028 apparaît également un objectif spécifique de recyclage « en boucle fermée », c’est-à-dire le retour d’une partie de la matière dans la fabrication de nouveaux pneumatiques.

Des débouchés parfois inattendus

Toutes les matières issues d’un pneu ne reviendront pourtant pas nécessairement dans un pneu neuf. La recherche porte aussi sur leur utilisation par d’autres secteurs industriels afin d’ouvrir les possibilités.

La pyrolyse fait partie des procédés explorés. Chauffé en l’absence d’oxygène, le pneu fournit notamment une huile et du noir de carbone, qui peuvent ensuite être réemployés comme matières premières. Aliapur cite désormais explicitement cette voie parmi les débouchés des pneumatiques qu’il collecte.

De son côté, l’industrie chimique commence à utiliser certaines de ces ressources. BASF incorpore ainsi de l’huile provenant de pneus en fin de vie dans ses procédés de fabrication, en substitution d’une partie des matières premières fossiles.

Grâce à cette technique, il est désormais possible de toucher des secteurs très éloignés de l’automobile, jusqu’à la peinture !

Cromology utilise depuis cette année un liant fourni par BASF dans Maxiline+, une peinture intérieure de sa marque iconique Tollens. Le procédé repose sur un système de bilan massique : la matière recyclée est introduite dans la chaîne de production du chimiste puis attribuée à la fabrication du liant selon un dispositif de traçabilité.

Le pneu ne se retrouve donc pas physiquement broyé dans un pot de peinture mais il fournit une matière qui vient remplacer, en amont, une partie des ressources fossiles habituellement nécessaires à la chimie du produit.

L’intérêt est double. Pour la filière pneumatique, ce type d’application ouvre de nouveaux débouchés au moment où les volumes collectés augmentent sous l’effet des objectifs réglementaires. Pour Cromology, il permet de réduire l’empreinte environnementale d’une peinture Tollens sans en modifier les performances ni les conditions d’application.

« Cette innovation nous permet d’allier des peintures décoratives haute performance à une réduction tangible de l’impact environnemental, sans faire de compromis sur la qualité ni sur l’application », déclarait justement Philippe Hosotte, Directeur de l’Innovation et du Développement Produits chez Cromology.

Un marché à créer pour les matières recyclées

L’exemple reste modeste au regard des volumes de pneumatiques traités chaque année mais il renseigne néanmoins sur une difficulté très concrète du recyclage : la collecte peut être organisée par la réglementation mais l’utilisation des matières qui en sortent dépend ensuite de leur qualité, de leur prix et de l’existence d’industriels prêts à les intégrer dans leurs procédés.

La peinture n’est évidemment qu’un débouché parmi d’autres. Mais voir une matière issue d’un pneu entrer dans la composition d’un produit destiné au bâtiment dit quelque chose du chemin parcouru. Le recyclage sort peu à peu de son rôle de gestion des déchets pour devenir une source d’approvisionnement à part entière pour l’industrie.

Et c’est probablement là le plus grand défi : faire de l’économie circulaire un outil industriel à part entière. C’est en tout cas ce qu’attendent aujourd’hui les acteurs du secteur et les pouvoirs publics.

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