Le 21 avril 2026, l’université RMIT, à Melbourne, a dévoilé les résultats d’une étude publiée dans la revue scientifique Advanced Science sur un nouveau film plastique antiviral. Cette matière souple et transparente repose sur une architecture nanotexturée composée de millions de nanopiliers microscopiques. Selon les données relayées par RMIT University, ce film plastique a détruit ou gravement endommagé environ 94 % des particules du virus hPIV-3 après une heure de contact. Ce virus respiratoire humain est notamment responsable de bronchiolites et de pneumonies chez les nourrissons et les personnes immunodéprimées.
Un film plastique nanotexturé inspiré des ailes de cigales
Le principe de ce film plastique repose sur une approche mécanique plutôt que chimique. Contrairement aux désinfectants classiques, qui utilisent des agents antimicrobiens susceptibles de perdre en efficacité avec le temps, cette surface agit physiquement sur les virus. Les nanopiliers présents sur le matériau attrapent l’enveloppe externe des virus puis l’étirent jusqu’à sa rupture. Cette contrainte mécanique neutralise alors les agents pathogènes sans produit toxique. Les chercheurs se sont inspirés des ailes de cigales australiennes, connues pour leurs propriétés autonettoyantes et bactéricides. Selon Futura Sciences, les ailes de ces insectes possèdent des rangées de nanopiliers d’environ 200 nanomètres capables de perforer certaines bactéries. Les scientifiques ont donc reproduit cette topographie sur un film plastique flexible afin d’obtenir une action similaire sur des virus. Toutefois, les travaux récents montrent que le mécanisme principal serait davantage lié à l’étirement de l’enveloppe virale qu’à une perforation directe.
Samson Mah, doctorant à l’université RMIT et auteur principal de l’étude, a déclaré dans le communiqué officiel de RMIT University publié le 21 avril 2026 : « Nous pourrions un jour avoir des surfaces comme des écrans de téléphone, des claviers et des tables d’hôpital recouvertes de ce film, tuant les virus au contact sans utiliser de produits chimiques agressifs. » Ce film plastique présente également un avantage industriel majeur. Selon RMIT University, le matériau utilisé est un acrylique souple et peu coûteux pouvant être produit sous forme de rouleaux, à la manière du film alimentaire transparent. Cette compatibilité avec les procédés industriels actuels pourrait accélérer sa commercialisation. De plus, contrairement aux surfaces antivirales en silicium déjà étudiées auparavant, cette version flexible peut être appliquée sur des objets du quotidien.
Pourquoi la nanotexture change l’efficacité contre les virus
La performance du film plastique dépend fortement de l’organisation des nanopiliers présents à sa surface. L’espacement idéal entre les structures est d’environ 60 nanomètres. Lorsque cette distance augmente jusqu’à 100 nanomètres, l’efficacité antivirale chute nettement. À 200 nanomètres, elle devient presque inexistante. Cette précision nanométrique est donc essentielle pour provoquer une déformation suffisante de l’enveloppe virale. Les scientifiques ont observé que plusieurs nanopiliers devaient agir simultanément sur une même particule virale afin d’exercer une tension mécanique critique. Cette compression collective étire l’enveloppe graisseuse du virus jusqu’à son éclatement. Les chercheurs ont notamment utilisé des microscopes électroniques pour visualiser les dommages infligés aux particules virales après exposition au matériau nanotexturé. Le virus utilisé pendant les essais, le hPIV-3, appartient à la catégorie des virus enveloppés. Il possède donc une membrane externe relativement fragile.
Les scientifiques estiment néanmoins que cette technologie pourrait aussi fonctionner contre d’autres agents pathogènes respiratoires. Selon New Atlas le 26 avril 2026, les chercheurs envisagent déjà des tests sur le SARS-CoV-2, le virus respiratoire syncytial ou encore certains coronavirus humains. Dans le communiqué publié par RMIT University le 21 avril 2026, Samson Mah explique également : « À mesure que les outils de nanofabrication progressent, nos résultats fournissent une indication plus claire des nanopatterns les plus efficaces pour tuer les virus. » Par ailleurs, cette approche pourrait réduire plusieurs problèmes liés aux désinfectants chimiques traditionnels. Les surfaces antimicrobiennes utilisant des ions métalliques ou des composés chimiques peuvent perdre leur activité avec le temps. Elles peuvent aussi contribuer à l’émergence de résistances antimicrobiennes. Le film plastique nanotexturé évite ce phénomène puisqu’il ne repose sur aucun agent biocide actif.
Le film plastique pourrait transformer les surfaces hospitalières
L’intérêt principal de cette technologie concerne les surfaces fréquemment touchées dans les lieux publics ou médicaux. Les hôpitaux représentent un terrain particulièrement sensible pour les contaminations croisées. Les chercheurs envisagent déjà des applications sur les poignées de porte, les écrans tactiles, les tables médicales ou les équipements de transport public. Le film plastique pourrait aussi réduire l’utilisation quotidienne de sprays désinfectants. Cette perspective intéresse particulièrement les établissements de santé confrontés à des contraintes environnementales et budgétaires croissantes. Cette technologie offre une protection continue sans nécessiter de réapplication permanente, contrairement aux produits nettoyants classiques. Cependant, plusieurs limites subsistent encore avant une adoption massive. Les chercheurs doivent notamment vérifier la durabilité de la nanotexture face aux frottements, aux nettoyages répétés et aux dégradations chimiques.
Les matériaux nanotexturés restent vulnérables à l’usure physique comme n’importe quelle surface industrielle. De plus, les essais n’ont pour l’instant été réalisés que sur des surfaces relativement planes. L’équipe australienne estime néanmoins que cette innovation ouvre une nouvelle voie dans le domaine des biomatériaux antiviraux. Elena Ivanova, spécialiste reconnue des surfaces bactéricides biomimétiques à RMIT University, travaille depuis plusieurs années sur les propriétés antimicrobiennes inspirées des ailes d’insectes. Ses précédents travaux avaient déjà montré que certaines nanostructures pouvaient provoquer une rupture mécanique des membranes bactériennes. Le film plastique nanotexturé marque donc une nouvelle étape dans cette recherche. Cette fois, les scientifiques ne ciblent plus uniquement les bactéries, mais également les virus respiratoires responsables de nombreuses infections saisonnières. Cette surface antivirale permanente pourrait devenir un outil complémentaire aux protocoles d’hygiène traditionnels.




