Planter des arbres, une solution face au réchauffement climatique

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  • Publié le: jeudi 16 décembre 2021

Les forestiers — avec le concours de l’État — multiplient les plantations d’arbres plus adaptés au changement climatique afin de préserver le patrimoine forestier du pays.  L’objectif : permettre à la forêt française de continuer à remplir son rôle de puits de carbone. 

Le 21 novembre dernier, six scientifiques des principaux organismes de recherche en écologie des forêts appelaient, dans une tribune, à « un effort massif d’extension des surfaces boisées » et à la mise en place d’une « nouvelle forme de forêts de plantation, entièrement dédiées à l’objectif d’atténuation du changement climatique ». 

Les forêts sont, en effet, un atout dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Soutenus par l’État, les professionnels de la filière sylvicole se mobilisent afin d’aider la forêt à faire face à ce défi, notamment en plantant des essences d’arbres résistantes au changement climatique. Les initiatives de plantation pourraient permettre — comme le souhaitent ces scientifiques — de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Un effort de plantation national de la part des forestiers publics et privés

Dans toute la France, les projets de plantations se multiplient. Comme mercredi 24 novembre 2021 dernier, en forêt d’Écouves (Orne), où l’Office National des Forêts (ONF) a mené une opération de plantation de 16 000 arbres résistants au changement climatique. Parmi eux, le chêne vert, une espèce du sud de la France supposée plus résistante au climat futur de la forêt d’Écouves. « Ces plants vont permettre d’assurer le repeuplement d’épicéas anciens, victimes d’une attaque d’un insecte ravageur, le scolyte, et abattus l’hiver dernier », explique Samuel Autissier, directeur de l’agence territoriale d’Alençon de l’ONF. Rien que dans l’Orne, près de 100 000 arbres vont ainsi être plantés dans les forêts domaniales en 2021 et 2022. 

Plus récemment, c’est en forêt d’Haguenau (Alsace) que les forestiers publics étaient à pied d’œuvre. Des travaux de plantations ont ainsi été lancés début décembre pour reboiser une parcelle attaquée par des scolytes, un insecte qui détruit les arbres et qui prolifère avec l’augmentation des températures. «Les hêtres ou épicéas ont été très fragilisés par le réchauffement climatique. C’est la bonne saison pour planter, nous allons donc planter d’ici la fin du mois plus de 3 600 arbres, notamment des essences méditerranéennes résistantes à de fortes chaleurs et à la sécheresse comme des chênes Cécile, des peupliers, des séquoïas verts, pins noir de Calabre ou des pins maritimes. » précise Françoise Delcamp, conseillère déléguée en charge de la forêt à la ville de Haguenau. 

On se mobilise également du côté des forestiers privés. En Indre, le 3 octobre dernier, à l’occasion de l’annonce de la plantation de 185 hectares, Laurence de Gressot, la responsable locale de l’association des forestiers privés Fransylva, soulignait que si « jusqu’à présent beaucoup de sylviculteurs se contentaient de la régénération naturelle », aujourd’hui « ce n’est plus suffisant ». Ces derniers ont conscience que, désormais, ils seront « obligés de passer par la plantation ». Pour cela, l’ensemble de la filière pourra compter sur l’aide de l’État. Il y a presque un an déjà, dans le cadre du Plan de relance nationale, un portefeuille de 150 millions d’euros était ainsi débloqué pour toute la filière afin de « renouveler les peuplements forestiers sinistrés par les effets du changement climatique (…), adapter les peuplements montrant des signes de vulnérabilité et renforcer l’effet d’atténuation du puits de carbone forestier ». 

Faire face au changement climatique

Les conséquences du réchauffement sont considérables pour toutes les forêts du globe : l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estime à ce titre qu’un tiers des essences d’arbres sont menacées à travers le monde. Un phénomène global, qui n’épargne pas la France. La sécheresse exceptionnelle de l’été 2019 et les attaques de scolytes étant amenées à se reproduire, les forestiers cherchent des solutions. L’ONF, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et Agro Paris Tech mènent ainsi des recherches afin de sélectionner des essences résistantes au changement climatique dans le but de préserver la surface forestière.

Le choix des essences à planter repose sur une expertise sylvicole et une connaissance du terrain pour identifier les arbres qui subissent les effets du changement climatique. Tammouz Eñaut Helou, secrétaire général de l’UCFF-Les Coopératives Forestières et ingénieur forestier, insiste sur la nécessité de renouveler les forêts françaises en pensant à demain : « Sur près de 25 000 hectares de forêts que les coopératives renouvellent chaque année, de plus en plus de parcelles sont victimes de sécheresse, d’attaque d’insectes ou de maladie. Leur exploitation devient nécessaire pour les renouveler ensuite avec des essences forestières adaptées au sol et à la station,  en anticipant l’évolution du climat sur plusieurs décennies. » 

Planter plus pourrait permettre à la forêt de résister au changement climatique, mais aussi de limiter au strict minimum les importations de bois et donc la déforestation importée. D’autant que la prochaine réglementation environnementale (RE2020) prévoit un recours important à ce matériau renouvelable pour décarboner le secteur de la construction de bâtiments neufs. Les pouvoirs publics veulent réduire l’empreinte carbone du secteur qui, en France, « représente 44 % de la consommation d’énergie et près de 25 % des émissions de CO2 ». Quoi de mieux que la forêt et le bois, dont le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) soulignait l’importance dans la lutte contre le changement climatique dès 2019 ?

Les forêts jouent un rôle crucial à l’échelle mondiale : il s’agit du 2e poumon de la planète après les océans. L’ONF résume le rôle joué par les écosystèmes forestiers par la formule des « 3 S ». S comme substitution, car « l’utilisation du bois construction et du bois-énergie permet d’éviter le recours à d’autres matériaux plus énergivores en énergie fossile », S comme stockage étant donné que « lors de l’exploitation des arbres, une partie du carbone reste stockée dans les produits bois utilisés » et S comme séquestration, puisque « par le mécanisme de la photosynthèse, la forêt capte le CO2 de l’atmosphère ».

Ainsi, chaque année, la forêt française capte 87 millions de tonnes de CO2, soit 19 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Selon l’ONF, une forêt en pleine croissance, c’est même jusqu’à 16 tonnes de CO2 absorbées par hectare et par an. C’est également une solution à long terme pour combattre le réchauffement climatique : l’utilisation de 1m3 de bois permet d’économiser 1 tonne de CO2. 

 

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