Le dialogue social en entreprise, levier pour la sortie de crise

dialogue social - Social Mag
  • Publié le: lundi 15 juin 2020

Si la crise sanitaire liée au Covid-19 et les mesures de confinement ont fragilisé de nombreux secteurs de l’économie, les entreprises où le dialogue social est de qualité semblent avoir été les mieux armées pour surmonter cette épreuve inédite.

Miser sur le dialogue pour affronter l’adversité : tel semble avoir été le leitmotiv du couple patronat-syndicat pendant la crise du coronavirus et la mise en place des règles de confinement. Afin d’affronter cet épisode singulier, les entreprises dans lesquelles le dialogue entre les partenaires sociaux s’est montré constructif n’ont pas, ou peu, connu d’interruption de travail. Entre la nécessité de préserver la santé des salariés avec la mise en place des mesures sanitaires et l’impératif de poursuivre une activité économique même au ralenti, certaines entreprises ont fait le choix payant de s’asseoir autour de la table des négociations pour trouver conjointement des solutions, mais aussi anticiper la reprise. Chez PSA comme chez Renault, un fonds de solidarité a, par exemple, été mis en place après un accord entre la direction et les syndicats afin que tous les salariés en chômage partiel perçoivent l’intégralité de leurs revenus, au lieu de 70 % du salaire brut. À Valenciennes, sur le seul site français du constructeur japonais Toyota où est produite la Yaris, les concertations avec la représentation syndicale ont permis un redémarrage progressif de la production dès le 24 avril, alors que la France était en plein confinement. « Le dialogue social va être la clé pour la reprise du travail, prévient Olivier Scalabre, senior partner au Boston Consulting Group (BCG). Il faut donner plus de responsabilités, plus de délégation à ceux qui sont sur le terrain. Il faut de l’autonomie pour prendre des initiatives. »

Accords sur les congés payés, un exemple de concorde sociale

Dans le secteur métallurgique, où un accord sur les congés payés a été conclu dès le début avril, la qualité du dialogue social a justement permis de préparer sereinement la reprise, tout en offrant des garanties plus avantageuses aux salariés. « Nous sommes convaincus depuis longtemps à l’UIMM que pour créer de la norme sociale au plus près des besoins et qui soit durable, il faut passer par le dialogue social, soulignait, mi-avril, Hubert Mongon, le délégué général de la fédération patronale. En temps de crise, cette nécessité devient primordiale. Nous l’avons déjà expérimenté en 2008. Dès l’annonce du confinement, il nous est apparu important de nous retrouver avec comme priorité absolue la préservation de la santé de nos salariés et à partir de cela, la nécessité de trouver les conditions d’une reprise si possible rapide de l’activité. » Alors que la loi d’urgence du 25 mars réserve la possibilité à l’employeur d’imposer six jours de congés payés et un jour de prévenance pour conserver des effectifs disponibles lors de la reprise cet été, l’accord de branche s’est avéré plus favorable aux salariés, garantissant 12 jours de congés consécutifs. Chez PSA et Renault, la décision de la fermeture estivale des sites sera prise localement, en concertation avec les organisations syndicales et en fonction des carnets de commande. Une flexibilité inhabituelle, qui vise à accompagner au plus près le redémarrage de l’activité.

Le dialogue social comme préalable à la reprise chez EDF

Autre exemple de négociation sociale réussie : celle menée par le groupe EDF et ses partenaires sociaux. Le 3 juin, l’électricien a signé un accord collectif à l’unanimité avec les organisations syndicales d’EDF SA afin d’accompagner la relance de l’activité, tout en préservant l’intégrité physique de ses collaborateurs. Cet accord précise un cadre de cohérence partagé avec les filiales du Groupe. Gestion des congés, adaptation des organisations du travail, dispositions pour les alternants, reprise de la formation, accompagnement des salariés en situation difficile, vulnérables ou en situation de handicap… l’accord prévoit une vingtaine de mesures pour organiser les activités et accompagner le retour progressif sur site dans le respect des règles sanitaires. Les salariés peuvent aussi faire un don d’heures ou de jours à la Fondation de France en soutien des soignants,  des chercheurs et des personnes vulnérables et au Fonds Agir pour Emploi en soutien de l’insertion socio-professionnelle des personnes en difficulté. En privilégiant le dialogue social, le groupe a pu reprogrammer les activités suspendues pendant le confinement, tout en garantissant  les missions de service public. Cet accord organise aussi un retour d’expérience sur le vécu des salariés, et les principales adaptations constatées.  « Le dialogue social riche, qui a favorisé la cohésion et la mobilisation de tous, doit se poursuivre. Les nombreux accords signés (Dalkia, Framatome, EDF SA,…) vont y contribuer. Non seulement, l’accord signé à EDF SA organise la relance d’activité, mais il pose aussi les jalons d’un futur projet social pour tirer des enseignements et intégrer dans les modes de travail les innovations RH et organisationnelles issues de la crise sanitaire. Si nous savons être à l’écoute de ce que cette crise nous a appris, nous pourrons en faire un accélérateur de transformation et en sortir plus forts et plus efficaces », explique Christophe Carval, Directeur Exécutif Groupe en charge de la Direction des Ressources Humaines EDF.

Concilier dialogue social et nécessité d’agir

Durant cette crise sanitaire, la majorité des élus du personnel a salué les mesures d’urgence prises dans les entreprises lors des concertations, comme le révèle une étude menée par Technologia, spécialiste de la gestion des risques professionnels. Si la tentation de passer outre les organisations représentatives pourrait être grande chez certains décideurs, notamment dans le cadre d’une situation économique dégradée, « il y a eu de part et d’autre un véritable esprit de responsabilité »,  souligne Jean-Claude Delgènes, économiste du travail, expert en prévention et président de Technologia. « On a évité la rupture du dialogue social entre les représentants du salarié et les directions. » Les suppressions d’emploi, la perte de marchés ou un éventuel démantèlement du Code du travail sont en effet autant de craintes nourries par ces mêmes élus syndicaux. Poursuivre et renforcer les échanges entre les partenaires sociaux pourrait donc se révéler une des clés d’une reprise économique durable. « Le dialogue s’est maintenu, globalement, jusqu’ici, constate Jean-Claude Delgènes. La tentative d’aller vite et d’écarter les élus serait malvenue. »

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Le Coin RSE

le Coin ESS