« Une erreur fréquente consiste à croire que tout le capital de l’assurance-vie est exonéré parce que le contrat a été ouvert avant 70 ans », souligne le magazine féminin Marie France. Beaucoup de retraités ont ouvert leur contrat tôt, puis continué à l’alimenter après leurs 70 ans, persuadés que l’ensemble des sommes restait à l’abri des droits de succession. Ce n’est pas le cas.
Ce qui compte fiscalement, ce n’est pas la date d’ouverture du contrat, mais la date de chaque versement. Une nuance qui prend un relief particulier en 2026, année où les personnes nées en 1956 franchissent le cap des 70 ans, celui où la fiscalité de l’assurance-vie et de certaines donations immobilières bascule.
Deux régimes fiscaux qui se succèdent au même âge
Selon impots.gouv.fr, les primes versées avant 70 ans relèvent de l’article 990 I du Code général des impôts : chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 €, au-delà duquel les capitaux sont taxés à 20 %, puis à 31,25 % passé certains seuils.
Un exemple donné par le site d’actualités Nextplz illustre la mécanique : un parent qui laisse 300 000 € répartis entre deux enfants permet à chacun de recevoir 150 000 € sans droits à payer.
Passé 70 ans, tout change. Les nouvelles primes basculent sous l’article 757 B du CGI, avec un abattement global cette fois de seulement 30 500 €, tous contrats et bénéficiaires confondus. Au-delà, les sommes réintègrent la succession classique et sont taxées selon le lien de parenté.
Seuls les intérêts générés par ces versements tardifs échappent au fisc, précise le portail Droit-Finances : le capital, lui, reste soumis à ce que l’assureur MMA et impots.gouv.fr décrivent comme un mur fiscal.
Nextplz résume la situation en une phrase : « ce sont les dates de versement qui comptent, et une simple négligence peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros de droits de succession ». Un contrat ouvert à 65 ans, avec 50 000 € versés avant 70 ans et 100 000 € ajoutés après, se découpe ainsi en deux blocs fiscaux bien distincts : le premier profite de l’abattement à 152 500 €, le second tombe dans la limite à 30 500 € puis dans le régime classique.
L’audit est simple à réaliser : repérer sur les relevés la date et le montant de chaque versement, vérifier la clause bénéficiaire (ordre des bénéficiaires, coordonnées, présence d’un bénéficiaire acceptant) et interroger son conseiller sur l’intérêt de continuer à verser sur ces contrats plutôt que d’utiliser les abattements de donation classique.
L’immobilier suit la même logique d’âge
La donation de la nue-propriété obéit à un mécanisme comparable. Selon Droit-Finances, entre 61 et 70 ans, la nue-propriété est évaluée à 60 % de la pleine propriété ; elle grimpe à 80 % autour de 80 ans. Le portail Service-Public précise pour sa part qu’elle passe à 70 % entre 71 et 80 ans, puis à 80 % à partir de 81 ans.
Concrètement, pour une maison estimée à 300 000 €, la transmettre en nue-propriété avant 71 ans revient à déclarer une base taxable de 180 000 €. Attendre un âge proche de 80 ans fait grimper cette base à 240 000 €, ce qui entame plus vite l’abattement de 100 000 € par enfant prévu par l’article 779 du CGI, renouvelable tous les 15 ans.
Le fisc rappelle par ailleurs qu’une donation en pleine propriété peut, sous conditions, bénéficier d’une réduction de 50 % des droits lorsque le donateur a moins de 70 ans.
Depuis le 1er janvier 2026, la déclaration des dons manuels se fait directement en ligne, via l’espace particulier sur impots.gouv.fr, ce qui simplifie les démarches pour ceux qui souhaitent anticiper. Un notaire peut chiffrer plusieurs scénarios à partir des contrats d’assurance-vie et des biens immobiliers du contribuable, en tenant compte du niveau de vie et de la composition de la famille.


