Pendant des décennies, les femmes ont accumulé des trimestres de retraite liés à la maternité sans que ces périodes ne transforment réellement leurs pensions. À partir du 1er septembre 2026, deux décrets publiés au Journal officiel le 31 juillet changent la donne : la parentalité devient enfin un critère structurant dans le calcul de la retraite. Cette réforme marque un tournant dans la reconnaissance du travail invisible et des carrières féminines fragmentées.
L’invisible enfin visible : reconnaître l’impact de la parentalité
Pourquoi les trimestres parentalité ne suffisaient pas
Jusqu’à présent, les mères bénéficiaient de trimestres supplémentaires, jusqu’à huit par enfant selon les régimes. Pourtant, ces trimestres ne garantissaient aucune amélioration automatique du montant de la pension. Le système calculait la retraite de base sur les 25 meilleures années de salaire. Les années à faible rémunération, souvent liées à la maternité ou au temps partiel, venaient diluer le montant final. Selon Marina Joly, référente législation à la Carsat Languedoc-Roussillon, cette anomalie conduisait à un paradoxe : recevoir des trimestres sans voir sa pension progresser. Les femmes accumulaient des droits théoriques sans bénéfice tangible.
Carrières interrompues et temps partiel : le coût caché des femmes
Les trajectoires professionnelles féminines portent la marque des arbitrages familiaux. Congé parental, réduction d’activité, salaires inférieurs durant les années de jeune maternité : ces réalités pèsent lourd dans le calcul des pensions. Plus d’une femme sur deux verra sa pension améliorée grâce à la réforme, affirme le gouvernement. Les écarts de retraite entre hommes et femmes reflètent des décennies d’inégalités salariales et de sacrifices professionnels. La réforme de septembre 2026 tente de corriger cette injustice structurelle en modifiant les règles du jeu.
La réforme de septembre 2026 : deux leviers de justice
Trimestres parentalité enfin cotisés : un changement structurel
Le premier décret permet désormais de comptabiliser jusqu’à deux trimestres liés à la parentalité comme des trimestres cotisés pour accéder au dispositif carrière longue. Avant cette mesure, seuls les trimestres travaillés comptaient pour partir à la retraite anticipée. Les femmes ayant commencé à travailler tôt mais interrompu leur carrière pour élever leurs enfants restaient bloquées. Sandrine Guilherm, conseillère au cabinet d’expertise retraite Capiséo, salue cette avancée : « La première mesure est la plus intéressante. Elle permettra aux femmes qui ont commencé à travailler tôt, mais qui n’avaient que 168 trimestres, d’atteindre le Graal et de partir deux ans avant l’âge prévu. » Environ 3% des femmes nées en 1970, soit 13 000 personnes, pourront bénéficier de ce départ anticipé.
Calcul sur 23-24 ans : valoriser les meilleures années, pas les creux
Le second décret modifie la base de calcul du salaire de référence. Les parents d’un enfant verront leur pension calculée sur les 24 meilleures années de salaire au lieu de 25. Pour ceux ayant eu deux enfants ou plus, le calcul portera sur 23 années. Cette méthode écarte les années les moins rémunératrices, souvent celles marquées par la parentalité. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, défend cette approche : « Avec ces deux mesures, nous avons fait un choix de justice qui devient une réalité aujourd’hui : mieux reconnaître l’impact de la parentalité sur les carrières, améliorer les pensions des femmes et rendre le dispositif des carrières longues plus équitable. » Toutefois, Sandrine Guilherm tempère l’enthousiasme : « Ce ne sera pas la folie sur le calcul de la retraite, il aurait fallu proposer a minima les 20 meilleures années. »
Au-delà de la retraite : vers une meilleure égalité de genre
Un signal fort aux entreprises et à la société
Cette réforme dépasse le cadre technique des pensions. Elle envoie un message symbolique aux entreprises et aux politiques publiques : la parentalité doit être valorisée, pas pénalisée. Les mesures adoptées résultent des propositions des partenaires sociaux lors du conclave des retraites de l’été 2025, puis inscrites dans le projet de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Elles reconnaissent que les carrières féminines ne suivent pas le modèle masculin linéaire. Les employeurs, dans une logique RSE, doivent accompagner cette évolution par des politiques d’égalité salariale et de flexibilité. La réforme pose les bases d’une société qui valorise le travail parental au même titre que l’activité professionnelle continue. Reste à savoir si ces ajustements suffiront à combler durablement les écarts de pension. Les experts appellent déjà à des mesures complémentaires pour atteindre une véritable équité. La reconnaissance de la parentalité dans le système de retraite constitue un premier pas, mais le chemin vers l’égalité de genre reste long. Les enfants seront désormais mieux pris en compte, mais les inégalités structurelles demandent une transformation plus profonde des politiques sociales et professionnelles.


