Le 6 octobre 2025, un rapport du Sénat américain dirigé par Bernie Sanders a mis en lumière l’ampleur du risque que fait peser l’intelligence artificielle sur le marché du travail. Intitulé The Big Tech Oligarchs’ War Against Workers, ce document de plus de 100 pages estime que près de 100 millions d’emplois pourraient disparaître dans la prochaine décennie. L’étude, relayée notamment par Le Monde et La Tribune, souligne un basculement économique majeur qui pourrait redessiner la structure de l’emploi américain.
L’intelligence artificielle bouleverse déjà le marché du travail américain
Selon Le Monde, l’intelligence artificielle « bouleverse déjà le marché du travail » aux États-Unis, où les prédictions d‘« apocalypse de l’emploi » se multiplient. Les économistes constatent que les grandes entreprises technologiques accélèrent l’automatisation de secteurs entiers, des services financiers à la logistique. D’après le rapport sénatorial, l’analyse repose sur l’exploitation des descriptions d’emplois du Département du travail américain : chaque tâche a été évaluée selon sa probabilité d’automatisation grâce à des modèles inspirés de ChatGPT. Cette approche a permis de déterminer que 89 % des emplois de restauration rapide et de guichet, 64 % des postes de comptables et d’auditeurs, ainsi que 47 % des emplois de chauffeurs routiers sont exposés à une automatisation partielle ou totale. « L’intelligence artificielle et l’automatisation pourraient remplacer près de 100 millions d’emplois au cours des dix prochaines années », avertit le rapport sénatorial.
Bernie Sanders a déclaré : « Les technologies d’intelligence artificielle et de robotique développées aujourd’hui permettront aux grandes entreprises d’éliminer des dizaines de millions d’emplois correctement rémunérés, de réduire les coûts du travail et d’accroître les profits ». Le ton est grave, mais l’élu progressiste insiste sur la nécessité d’une “taxe sur les robots ”, une taxe sur les systèmes d’IA remplaçant des salariés, afin de financer la reconversion professionnelle et la protection sociale des travailleurs.
Un risque majeur pour les emplois, mais une évolution encore incertaine
Pour autant, les experts demeurent partagés sur la réalité du danger. Reuters rappelle qu’en septembre 2025, la Federal Reserve Bank of New York estimait que l’adoption de l’intelligence artificielle « n’a pas encore provoqué de pertes massives d’emplois », les effets se limitant à des mutations internes ou à des hausses de productivité. Une étude de l’Université Yale, publiée par The Guardian le 1er octobre, confirme que le marché du travail américain n’a pas encore subi de “perturbations fondamentales” depuis la généralisation des outils d’IA générative comme ChatGPT. Cependant, Axios souligne que le chiffre de 100 millions d’emplois menacés doit être interprété comme une projection théorique, non comme une certitude.
Le rapport sénatorial le reconnaît d’ailleurs : « Personne ne sait exactement ce qu’il va se passer… cela représente une possibilité parmi d’autres pour l’avenir ». Ce scénario maximaliste sert surtout à alerter sur le déséquilibre grandissant entre la puissance des technologies et la lenteur des politiques publiques à en encadrer l’usage. Malgré ces réserves, les États-Unis disposent aujourd’hui d’environ 167 millions d’actifs : une suppression de 100 millions d’emplois équivaudrait donc à un bouleversement historique, comparable à la révolution industrielle. Certains économistes redoutent une amplification des inégalités, avec une concentration accrue des revenus dans les mains des entreprises technologiques capables d’exploiter l’intelligence artificielle à grande échelle.
L’Amérique face au dilemme de la productivité et de l’emploi
Les grandes entreprises américaines, de Google à Amazon, investissent massivement dans l’intelligence artificielle. Pour elles, la promesse d’automatiser les tâches répétitives, réduire les coûts et doper la productivité. Mais cette stratégie se heurte à une réalité sociale inquiétante : selon le rapport Sanders, « près de deux tiers des emplois menacés concernent des salariés sans diplôme universitaire ». Les secteurs les plus exposés sont précisément ceux offrant des salaires modestes : restauration, transport, distribution, centres d’appels. Business Insider rapporte que le sénateur du Vermont appelle désormais à une réforme structurelle : taxer les entreprises pour chaque poste supprimé par un système automatisé et réaffecter ces fonds à l’éducation et à la santé publique.
Cette mesure, qualifiée de “taxe sur les robots ”, divise profondément le Congrès : les républicains y voient une entrave à l’innovation, tandis que les démocrates y voient un levier pour rééquilibrer les gains de productivité. Dans un contexte économique marqué par le ralentissement de la croissance et la pression sur les salaires, le débat s’intensifie. Le Monde cite plusieurs experts soulignant que l’intelligence artificielle, si elle est encadrée, pourrait aussi créer de nouveaux emplois : ingénieurs de données, formateurs de modèles, analystes en éthique algorithmique. Le défi consistera à transformer la menace d’automatisation en opportunité de reconversion.
