Raffinerie Dangote au Kenya : un projet à 17 milliards qui ravive les tensions régionales

Aliko Dangote a choisi Lamu au Kenya pour implanter sa méga-raffinerie de 700 000 barils par jour, un projet à 17 milliards de dollars qui ravive les tensions entre Kenya et Tanzanie. Derrière les annonces ambitieuses se cachent des négociations complexes avec TotalEnergies et les gouvernements régionaux, tandis que l’approvisionnement en brut reste le principal défi non résolu.

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Raffinerie Dangote au Kenya : un projet à 17 milliards qui ravive les tensions régionales © Social Mag

Lamu, petit port du nord du Kenya, vient de s’imposer comme le futur site de la méga-raffinerie d’Aliko Dangote. Ce choix, officialisé début juillet 2026, met fin à des mois de spéculations entre Kenya et Tanzanie. L’installation, qui devrait traiter 700 000 barils de pétrole par jour, représente un investissement estimé à 17 milliards de dollars selon Bloomberg. Mais derrière les chiffres colossaux se cachent des négociations diplomatiques tendues et des défis d’approvisionnement qui remettent en question la faisabilité même du projet.

Le choix de Lamu : fin des spéculations, début des tensions régionales

Pourquoi le Kenya plutôt que la Tanzanie ? Les raisons du choix de Lamu

Edwin Devakumar, vice-président pétrole et gaz de Dangote Industries Limited, a tranché : « Le site a été sélectionné, les tests de sol sont en cours et les travaux de conception et d’ingénierie ont commencé ». Lamu présente plusieurs avantages stratégiques : un port en eau profonde, une proximité relative avec les futurs champs pétrolifères régionaux, et surtout un soutien politique affirmé du président William Ruto. La durée de construction annoncée, 30 mois, témoigne de l’ambition du groupe nigérian. Le Kenya offre également une stabilité politique supérieure à celle de ses voisins, critère déterminant pour un investissement de cette ampleur.

La visite de Dangote en Tanzanie : tenter d’apaiser les tensions et chercher un co-investisseur

Fin juin 2026, Aliko Dangote s’est rendu à Dar es Salaam pour rencontrer la présidente Samia Suluhu Hassan. L’homme d’affaires nigérian, conscient des frustrations tanzaniennes, a exposé les raisons techniques et géopolitiques de son choix. Mais la visite comportait aussi un volet commercial : Dangote a invité la Tanzanie à participer financièrement au projet. Une manœuvre diplomatique qui vise à transformer un rival déçu en partenaire économique. La Tanzanie, qui espérait accueillir la raffinerie, se retrouve ainsi courtisée pour apporter des capitaux plutôt que des infrastructures.

Impact sur les relations Kenya-Tanzanie : rivalités régionales et enjeux d’influence

Les tergiversations autour du site ont ravivé une concurrence historique entre Nairobi et Dar es Salaam. Les deux capitales se disputent depuis des décennies le rôle de hub régional pour l’Afrique de l’Est. Le choix de Lamu renforce la position du Kenya comme pôle énergétique et logistique, au détriment de la Tanzanie qui voyait dans ce projet une opportunité de rééquilibrer les rapports de force. Les analystes craignent que cette décision n’affecte durablement les relations bilatérales, notamment sur les projets d’infrastructures transfrontalières en cours.

Les acteurs politiques : William Ruto soutient, Samia Suluhu Hassan déçue

Le Kenya de William Ruto : un partenaire politique clé pour Dangote

William Ruto a fait du projet Dangote un pilier de sa stratégie économique. Le président kényan y voit une occasion de diversifier l’économie nationale, de créer des milliers d’emplois et de réduire la facture énergétique du pays. Son soutien politique s’est traduit par des facilités administratives et des garanties qui ont pesé dans la balance. Ruto mise sur la raffinerie pour consolider son image de président pro-business et attirer d’autres investissements étrangers massifs. Le Kenya ambitionne de devenir un exportateur net de produits raffinés vers l’Ouganda, le Rwanda et le Soudan du Sud.

La Tanzanie de Samia Suluhu Hassan : négociations pour participer à l’investissement

Samia Suluhu Hassan n’a pas caché sa déception. La présidente tanzanienne avait multiplié les signaux positifs envers Dangote, espérant que son pays serait choisi. Mais plutôt que de rompre le dialogue, elle explore désormais les modalités d’une participation financière. La Tanzanie pourrait apporter des capitaux en échange d’un accès privilégié aux produits raffinés, une option qui permettrait de sauver la face politiquement tout en bénéficiant économiquement du projet. Les discussions portent également sur des accords d’approvisionnement à long terme.

Les défis diplomatiques avec le Soudan du Sud et la RDC

Le Soudan du Sud produit officiellement 174 000 barils par jour, mais un projet d’oléoduc de 1 500 kilomètres vers Lamu reste bloqué depuis plus d’une décennie. L’insécurité chronique dans le pays rend tout investissement infrastructurel extrêmement risqué. La République démocratique du Congo, autre source potentielle, présente des défis similaires : instabilité politique, infrastructures inexistantes et cadre juridique incertain. Construire les oléoducs nécessaires demanderait des années et des milliards supplémentaires.

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