Depuis plusieurs années, les associations alertent sur la situation. La précarité étudiante s’aggrave en France, avec une intensité particulière dans les Outre-mer, comme le montre le Baromètre 2025de Cop1.
Le poids de la précarité étudiante ultramarine
Repas sautés, études abandonnées faute de moyens, loyers trop lourds : selon tous les indicateurs, les étudiants ultramarins apparaissent environ 10 % plus exposés que la moyenne nationale. « À Fort-de-France et à Pointe-à-Pitre, 65% des étudiants ont un reste à vivre de moins de 50 euros une fois le loyer payé », souligne Benjamin Flohic, directeur général de Cop1. Ces deux villes ultramarines concentrent les niveaux de précarité étudiante les plus élevés du pays.
Cette disparité s’explique d’abord par la situation économique des Outre-mer : un niveau de vie plus faible et un taux de pauvreté plus élevé qu’en métropole, malgré des niveaux de prix supérieurs. En 2024, le coût de la vie d’un étudiant boursier ultramarin dépassait de 17,4 % celui de son homologue métropolitain. Les jeunes d’Outre-mer pâtissent également d’un sous-investissement dans les services publics, en particulier dans le logement étudiant, les Crous et les aides financières.
Depuis 2024, les gouvernements successifs ont fait de la future « loi pour lutter contre la vie chère dans les Outre-mer » une priorité affichée. Mais un nouveau report de son examen illustre les limites persistantes de l’action publique, et sa difficulté à répondre aux réalités propres de ces territoires. Des entreprises au fort ancrage local ont alors pris le relais, en investissant dans la formation et l’insertion des jeunes.
Universités–entreprises, rapprochement accéléré
Pour preuve, les pôles universitaires ultramarins renforcent progressivement leurs liens avec le secteur privé. Début 2026, l’Université de Guyane a noué une collaboration avec PLD Space dans le secteur spatial, comprenant « formation-emploi », stages et alternance. À La Réunion, Qualitropic, pôle de compétitivité dédié à la bioéconomie tropicale, connecte entreprises et laboratoires de recherche. Aux Antilles, cette fois-ci, la Fondation Université des Antilles, créée en 2011 par l’université et le Groupe Bernard Hayot (GBH), entend rapprocher les formations académiques des besoins des entreprises locales.
Présent dans l’ensemble des Outre-mer, GBH y multiplie d’ailleurs les partenariats académiques : École de gestion et de commerce (EGC) de La Réunion, qui a récemment célébré ses diplômés 2025, IAE Réunion, université de Guyane. Le groupe parraine aussi plusieurs cursus en commerce et en ingénierie à l’Université des Antilles.
Formation continue et employabilité : le privé prend le relais
C’est toutefois dans la formation continue que l’apport du privé est le plus décisif. Dans les Outre-mer, de nombreuses entreprises pallient l’insuffisance de l’offre de formation : confrontées à un déficit de main-d’œuvre qualifiée, elles assurent elles-mêmes la montée en compétences de leurs salariés.
Des PME locales, actives dans le commerce et le BTP, aux secteurs plus spécialisés comme la le spatial (VELIO Space à la Réunion) ou l’agro-industrie (Brasserie de Tahiti), le privé continue de cultiver ses propres cursus d’excellence. Une dynamique à laquelle se joignent certains grands groupes, à l’image des des industriels miniers néo-calédoniens SLN et KNS. D’autres, implantés dans l’ensemble des Outre-mer, déploient ces dispositifs dans chaque territoire, comme le spécialiste du BTP Colas, l’armateur CMA-CGM ou le Groupe GBH.
Ce dernier combine la formation continue, dans la distribution et l’automobile, avec l’alternance, les stages et les programmes d’insertion, comme Tremplin pour l’emploi. Pour renforcer l’employabilité des jeunes, GBH mise sur l’articulation entre formation académique et expérience pratique. « Il faut éprouver ces compétences sur le terrain. L’alternance permet justement aux jeunes de les mettre en pratique, ce qui augmente l’efficience et les chances de réussite », note Christophe Bermont, directeur des magasins GBH Carrefour Martinique.
Quelles pistes pour corriger les failles publiques ?
Les pouvoirs publics reconnaissent désormais les limites de leur action dans les Outre-mer. Un récent rapport du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (Copj), consacré aux jeunes ultramarins, marque une inflexion. L’enquête identifie plusieurs freins liés à une offre locale de formation jugée insuffisante (21 %), peu diversifiée, inadaptée aux besoins (16 %) et trop coûteuse (15 %). Le rapport propose plusieurs recommandations, notamment d’identifier les formations manquantes en Outre-mer et de créer des filières adaptées pour limiter le départ des jeunes.
Au-delà de la généralisation des épreuves à distance pour garantir une égalité d’accès, le rapport recommande en parallèle de prolonger les Campus connectés, d’améliorer la couverture numérique et de développer une offre locale en présentiel. Enfin, le Copj appelle à garantir des délais de versement rapides des aides sociales afin de sécuriser la situation financière des jeunes.
Ce point est probablement le plus crucial. Le privé ne peut combler à lui seul les défaillances publiques : sans sécurité matérielle, aucun projet d’avenir n’est viable. Le renforcement des politiques sociales et une meilleure information sur les aides constituent donc des préalables à toute action publique en faveur de la jeunesse ultramarine.

