PFAS : l’interdiction totale pourrait fragiliser l’industrie sans rien garantir pour l’environnement

La loi française interdit dès 2026 la fabrication, l’importation et la vente de cosmétiques, vêtements, produits d’hygiène ou encore de fart de ski contenant des PFAS.

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PFAS : l’interdiction totale pourrait fragiliser l’industrie sans rien garantir pour l’environnement © Social Mag

La France a décidé de frapper fort. Depuis le 27 février 2025, une loi interdit progressivement l’usage des PFAS — ces substances surnommées « polluants éternels » — dans de nombreux produits de consommation. Si l’objectif affiché est de protéger la santé des Français et l’environnement, la méthode choisie suscite de plus en plus d’inquiétudes. Industriels, chercheurs et élus alertent sur les conséquences économiques de cette décision, notamment dans des secteurs clés pour l’emploi et la transition écologique. Car tous les PFAS ne sont pas dangereux, et certains sont même essentiels au bon fonctionnement de technologies vertes ou médicales. De nouvelles initiatives comme le chantier pilote lancé près de Lyon pour filtrer l’eau montrent qu’il existe des alternatives à l’interdiction globale.

Interdiction des PFAS : Une loi qui va plus loin que le reste de l’Europe

La loi française interdit dès 2026 la fabrication, l’importation et la vente de cosmétiques, vêtements, produits d’hygiène ou encore de fart de ski contenant des PFAS. Tous les textiles seront concernés à partir de 2030. Mais à la différence d’autres pays européens, la France a choisi d’agir seule, sans attendre le cadre de régulation commun actuellement en cours d’élaboration à Bruxelles. L’Union européenne, via le règlement REACH, prévoit en effet une approche plus graduelle : certaines substances pourraient être interdites, d’autres maintenues si elles sont jugées essentielles et sans danger avéré.

Ce choix unilatéral crée un décalage. Alors que les voisins européens prennent le temps d’analyser chaque molécule et ses usages, la France applique une règle unique à une famille de plus de 10 000 composés très différents.

Tous les PFAS ne sont pas égaux sauf devant la loi

C’est l’un des principaux points de discorde. Derrière le mot PFAS, on trouve aussi bien des substances très persistantes et toxiques, que d’autres, comme le PTFE (connu sous la marque Téflon), utilisées dans les implants médicaux ou les équipements industriels, et considérées comme inertes. Ces polymères ne se dissolvent pas, ne migrent pas dans l’environnement, et ne s’accumulent pas dans le corps humain.

Dans une vidéo d’enquête publiée sur YouTube (Une manipulation derrière la loi anti-PFAS ?), le chercheur Bruno Améduri, directeur de recherche au CNRS, explique : « Le PTFE n’a rien à voir avec les PFAS toxiques. Il est chimiquement stable, ne pose aucun problème sanitaire et est crucial dans de nombreuses applications. » Il déplore que cette nuance n’ait pas été intégrée dans la loi.

Une tribune publiée dans Le Figaro par l’ancien ministre François de Rugy reprend ce constat : « Les experts appelant à distinguer les différents types de PFAS ont été marginalisés. » Selon lui, la loi s’est construite dans l’urgence, sans étude d’impact, et sous la pression d’une campagne médiatique intense.

Des conséquences industrielles bien réelles

Si les PFAS sont si présents, c’est parce qu’ils offrent des propriétés uniques : résistance à la chaleur, à l’eau, aux graisses, longue durée de vie. Dans les faits, ils sont utilisés partout : revêtements antiadhésifs, câbles électriques, prothèses médicales, batteries, textiles techniques. Leur suppression brutale risque donc de fragiliser des secteurs entiers.

C’est déjà le cas pour certaines entreprises. Tefal, par exemple, dont les produits contiennent du PTFE, a été visée par les débats publics, alors que la substance qu’elle utilise n’est ni interdite ailleurs, ni considérée comme dangereuse. D’autres industriels évoquent des risques de délocalisation, ou des pertes de marchés, face à des concurrents européens moins contraints.

Dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon, une usine a même dû anticiper une fermeture, faute de perspectives. Paradoxalement, cette région lance en parallèle un projet innovant qui montre qu’il existe d’autres voies.

PFAS : Une solution locale qui montre une autre approche possible

À Ternay, près de Lyon, l’entreprise Suez et le syndicat mixte d’eau potable Rhône-Sud ont lancé début avril un chantier pilote pour filtrer les PFAS dans l’eau. L’usine, qui alimente 170 000 habitants, va être équipée de réacteurs à flux descendant, capables de capturer les PFAS de manière continue, sans interruption du service.

Ce projet, financé à moitié par des fonds publics, représente un investissement de 4,2 millions d’euros. La technologie permettrait de mieux filtrer les PFAS sans changer toute la chaîne de production en amont. La facture d’eau des particuliers augmentera de 40 à 50 euros par an, mais les collectivités espèrent que cette solution pourra être répliquée ailleurs.

Cela montre qu’une approche plus équilibrée, combinant réduction des usages non essentiels, innovation technique et traitement à la source, pourrait être plus efficace que l’interdiction totale et rapide. D’autant que selon l’Agence régionale de santé, les dépassements de seuils de PFAS dans l’eau ne présentent pas de danger immédiat pour les consommateurs, même s’ils nécessitent des actions correctives.

L’interdiction des PFAS les plus dangereux est une nécessité. Mais généraliser cette interdiction à toutes les molécules, sans distinction, pourrait faire plus de mal que de bien. De plus en plus de voix s’élèvent pour demander une adaptation de la loi : prise en compte de l’avis des scientifiques, reconnaissance des usages indispensables, délais adaptés. La protection de l’environnement est un impératif, mais elle doit s’appuyer sur la science, et s’articuler avec les besoins de l’économie réelle.

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