Le 8 janvier 2026, deux études épidémiologiques françaises ont révélé une association significative entre la consommation d’alimentation transformée riche en additifs conservateurs et une hausse du risque de développer certains cancers et le diabète de type 2. Ces résultats, issus de l’analyse de plus de 100 000 adultes suivis pendant plusieurs années, relancent le débat sur l’innocuité des substances ajoutées dans les produits ultra-transformés, très présents dans les rayons des supermarchés.
Certains conservateurs alimentaires associés à un risque accru de cancers
L’une des deux études, menée par l’équipe de Mathilde Touvier au sein de l’Inserm et publiée dans le British Medical Journal, a analysé les habitudes alimentaires de 101 683 adultes français issus de la cohorte NutriNet‑Santé. Les chercheurs se sont concentrés sur 27 conservateurs alimentaires, parmi les plus utilisés dans l’alimentation transformée, pour en observer les effets à long terme sur le risque de cancer.
Les résultats sont sans appel. Une consommation élevée de sorbate de potassium (E202), un additif fréquemment employé pour empêcher la prolifération de moisissures, est liée à une augmentation de 14 % du risque global de cancer, et de 26 % du risque spécifique de cancer du sein par rapport aux consommations les plus faibles.
Les sulfites également en cause
D’autres substances, comme les sulfites, couramment présents dans les plats préparés et les produits de charcuterie, présentent également une corrélation importante. Une consommation régulière et accrue de ces conservateurs est associée à une hausse de 12 % du risque de cancers tous types confondus.
« Il s’agit des deux premières études au monde sur les liens entre additifs conservateurs et incidence de cancer et de diabète de type 2. Bien que les résultats de ces deux études doivent être confirmés, ils concordent avec les données expérimentales suggérant des effets néfastes de plusieurs de ces composés », a expliqué Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm, coordinatrice de ces travaux. L’étude précise néanmoins que ces travaux ne permettent pas d’affirmer avec certitude que ces additifs sont directement responsables du développement de ces maladies.
Additifs et diabète : des liens statistiques préoccupants
La deuxième étude, parue dans Nature Communications, s’est penchée sur le lien entre la consommation d’additifs et le diabète de type 2. Elle s’est appuyée sur les données de 108 000 participants suivis de 2009 à 2023. Parmi eux, 1 131 ont développé un diabète de type 2 au cours de cette période.
Les chercheurs ont identifié que la consommation importante de 12 conservateurs spécifiques était associée à une augmentation notable du risque de diabète. Ainsi, les individus exposés aux doses les plus élevées de conservateurs non antioxydants présentent un risque accru de 49 %, tandis que les antioxydants alimentaires augmenteraient ce risque de 40 %. Ces données ont été confirmées par l’Inserm le 8 janvier 2026.
Le nitrite de sodium sous surveillance
Parmi les substances identifiées, plusieurs sont très répandues dans l’alimentation transformée : le nitrite de sodium (E250), utilisé dans les viandes transformées, le métabisulfite de potassium (E224), ainsi que l’ascorbate de sodium (E301), un antioxydant présent dans de nombreux produits industriels.
Ces résultats s’ajoutent à des recherches antérieures, notamment des études expérimentales sur animaux, qui avaient déjà suggéré des effets délétères de ces molécules sur le métabolisme et la régulation de la glycémie. Toutefois, comme l’ont rappelé les chercheurs, il est nécessaire de rester prudent.
L’alimentation transformée, un enjeu majeur de santé publique
Les produits concernés ne sont pas marginaux dans les habitudes alimentaires des Français. Plats préparés, snacks, céréales industrielles, biscuits ou encore certaines boissons sucrées représentent une part croissante de la consommation quotidienne. Tous contiennent potentiellement une combinaison de plusieurs additifs. Cette alimentation transformée, omniprésente, expose donc une large partie de la population à des mélanges de conservateurs dont l’effet cumulatif reste mal connu.
La multiplication des substances dans un même aliment complexifie l’évaluation de leurs effets. D’autant plus que les doses autorisées sont définies pour chaque additif individuellement, sans tenir compte des interactions possibles avec d’autres. Les auteurs des deux études insistent cependant sur l’importance de ne pas céder à la panique. Ils recommandent d’adopter une alimentation équilibrée, en privilégiant les produits frais et peu transformés. Le Programme national nutrition santé (PNNS) soutient depuis plusieurs années ces orientations, en encourageant la consommation d’aliments bruts et en limitant celle des produits ultra-transformés.
