Leucémies infantiles : l’exposition aux polluants de l’air dès la naissance en question

Une étude inédite alerte sur un lien possible entre l’exposition de nouveau-nés à certains polluants atmosphériques et l’apparition de leucémies aiguës durant l’enfance. Les résultats, dévoilés par l’Inserm, pourraient transformer notre compréhension des facteurs de risque de ces cancers pédiatriques.

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Leucémies infantiles : l’exposition aux polluants de l’air dès la naissance en question
Leucémies infantiles : l’exposition aux polluants de l’air dès la naissance en question © Social Mag

L’Inserm a publié, le 5 novembre, une étude qui s’intéresse au rôle potentiel des polluants de l’air, en particulier ceux émis par le trafic routier, dans l’apparition des leucémies aiguës chez l’enfant. S’appuyant sur des données épidémiologiques issues de la cohorte nationale GEOCAP-Birth, cette enquête examine l’exposition résidentielle à plusieurs substances au moment de la naissance et évalue si elle est associée à un risque accru de développer un cancer, notamment une leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) ou myéloïde (LAM). Cette recherche vient alimenter les inquiétudes croissantes sur l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé des plus jeunes.

Pollution périnatale : un risque émergent pour les leucémies chez l’enfant

Dans cette étude de grande envergure, les chercheurs de l’Inserm, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Université Paris Cité et de l’INRAE ont observé les lieux de naissance de 717 enfants diagnostiqués entre 2010 et 2015, répartis entre 581 cas de LAL et 136 de LAM. Ces enfants ont été comparés à un groupe témoin de près de 12 000 enfants, équivalents en âge et en sexe. L’objectif était de quantifier l’exposition résidentielle à certains polluants liés au trafic, comme le dioxyde d’azote (NO₂), les particules fines PM2,5 et le carbone suie. Pour évaluer cette exposition, les adresses de naissance ont été croisées avec des données environnementales modélisées.

Deux indicateurs ont été retenus : la proximité à moins de 500 mètres d’un axe routier fortement fréquenté, et les niveaux ambiants des polluants cités. Le contexte urbain a aussi été pris en compte, les enfants étant répartis selon leur commune de naissance : moins de 5 000 habitants, entre 5 000 et 99 999, ou 100 000 et plus. Les auteurs ont ainsi cherché à déterminer si le cadre de vie immédiat, souvent négligé dans les études cliniques classiques, pouvait représenter un facteur aggravant ou déclencheur dans le développement des leucémies aiguës, cancers les plus fréquents chez l’enfant.

Particules fines PM2,5 : une menace silencieuse

Les résultats dévoilés révèlent des associations préoccupantes. Selon les données analysées, les enfants les plus exposés aux PM2,5 présentent un risque de leucémie aiguë lymphoblastique accru de 70 % par rapport à ceux vivant dans des zones moins polluées. Ce chiffre interpelle, d’autant plus qu’il s’agit d’une forme de cancer qui représente près de 80 % des leucémies infantiles. Par ailleurs, l’étude met en lumière un effet dose-réponse : chaque augmentation de 2 microgrammes par mètre cube de PM2,5 est associée à une hausse moyenne de 14 % du risque de développer une LAL. Ces particules, issues principalement de la combustion automobile, du chauffage domestique et des industries, pénètrent profondément dans les voies respiratoires et peuvent traverser la barrière placentaire.

Dans les zones urbaines de moins de 100 000 habitants, l’exposition au carbone suie, autre polluant émis par les moteurs diesel, est elle aussi liée à un excès de risque : les enfants les plus exposés affichent une probabilité supérieure de 80 % de développer une LAL. En revanche, la simple proximité avec un grand axe routier n’a pas montré de lien statistiquement significatif avec les cas de leucémie. Cela suggère que la concentration réelle en polluants est un indicateur plus pertinent que la distance aux sources de pollution.

Comprendre les implications et les limites scientifiques

Pour Aurélie Danjou, chercheuse Inserm et co-autrice de l’étude, ces résultats confirment que : « Nos travaux supportent l’hypothèse d’un rôle de l’exposition périnatale à la pollution de l’air dans la survenue de leucémie aiguë chez l’enfant, appuyant en particulier l’implication des particules fines PM2,5 dans la leucémie aiguë lymphoblastique. » Cette déclaration, rapportée dans le communiqué officiel de l’Inserm en date du 5 novembre 2025, insiste sur la dimension préoccupante de cette corrélation. L’étude souligne toutefois plusieurs réserves. Elle ne permet pas d’établir un lien de causalité formel, car elle repose sur une approche observationnelle.

Les résultats pour la leucémie aiguë myéloïde restent à interpréter avec prudence, les effectifs étant plus faibles. Comme le précisent les auteurs, « des études regroupant les données de davantage d’enfants pourraient aider à consolider les résultats concernant la leucémie aiguë myéloïde, mais aussi à mieux comprendre quelles sources de pollution sont à l’origine des associations et quels autres polluants pourraient jouer un rôle ». Il demeure également difficile de déterminer si d’autres facteurs environnementaux ou génétiques ne contribuent pas également à ces observations. Néanmoins, cette publication fait émerger un faisceau de présomptions solide quant au rôle joué par la pollution atmosphérique au tout début de la vie.

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