Chimiothérapie : une molécule française pourrait empêcher les neuropathies périphériques

La chimiothérapie, traitement indispensable contre de nombreux cancers, engendre dans près de 80 % des cas une complication redoutable : la neuropathie périphérique. Persistante et invalidante, elle reste aujourd’hui sans remède. Mais une équipe française a identifié une molécule prometteuse qui pourrait, pour la première fois, prévenir cette toxicité neurologique.

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Chimiothérapie : une molécule française pourrait empêcher les neuropathies périphériques
Chimiothérapie : une molécule française pourrait empêcher les neuropathies périphériques © Social Mag

Le 29 octobre 2025, le CNRS a publié un communiqué annonçant une avancée scientifique majeure dans la lutte contre les effets secondaires de la chimiothérapie. Une molécule expérimentale, baptisée Carba1, pourrait prévenir les neuropathies périphériques induites par les traitements anticancéreux. Ces atteintes nerveuses, responsables de douleurs, de troubles moteurs et sensoriels, concernent chaque année des dizaines de milliers de patients. À l’heure où la chimiothérapie reste un outil central de l’arsenal thérapeutique contre les cancers, cette découverte pourrait transformer la qualité de vie des malades.

Un effet secondaire invalidant et fréquent de la chimiothérapie

La chimiothérapie, malgré son efficacité indiscutable dans le traitement des cancers, provoque fréquemment des atteintes neurologiques graves. Ces neuropathies périphériques résultent de la dégradation des fibres nerveuses situées en dehors du cerveau et de la moelle épinière. Elles se traduisent notamment par « des fourmillements, picotements, sensations de décharges électriques, brûlures ou douleurs lancinantes » localisés dans les mains et les pieds, comme l’explique le centre Elsan de radiothérapie. Ces troubles peuvent s’accompagner d’une hypersensibilité au froid, d’un engourdissement durable, voire de paralysies partielles. Selon le CNRS, « à l’heure où les neuropathies liées à la chimiothérapie touchent 80 % des patients, et persistent chez près d’un quart d’entre eux », leur prévention est un enjeu de santé publique.

Ce chiffre révèle l’ampleur d’un phénomène encore largement sous-estimé dans les prises en charge. En effet, une neuropathie non anticipée peut entraîner l’arrêt prématuré du traitement anticancéreux, réduisant les chances de guérison. Malgré l’intensité des recherches, aucun médicament n’a encore été validé pour prévenir ces effets indésirables. Les traitements actuels reposent principalement sur la réduction des doses de chimiothérapie ou la prescription d’antalgiques, souvent inefficaces contre la douleur neuropathique.

Carba1 : une molécule française au potentiel inédit

Face à cette impasse thérapeutique, une équipe du CNRS, dirigée par une chercheuse de l’Université Grenoble Alpes, a développé une molécule appelée Carba1, issue de la famille des carbazoles. Ses effets ont été testés in vitro sur des cellules humaines et in vivo chez le rat. Résultat : les animaux traités ont été partiellement protégés des lésions nerveuses provoquées par la Paclitaxel, une molécule chimiothérapeutique fréquemment utilisée contre les cancers du sein, de l’ovaire et du poumon. Carba1 agit selon deux mécanismes. D’une part, elle interfère avec la tubuline, une cible intracellulaire des taxanes, réduisant ainsi leur neurotoxicité sans nuire à leur efficacité anticancéreuse. D’autre part, elle stimule la production de NAD+ via l’enzyme NAMPT, ce qui permettrait de renforcer les capacités de défense des neurones face au stress chimique.

Les chercheurs, qui ont publié l’étude dans Science Advances, et cités par Le quotidien du médecin, positionnent « Carba1 comme médicament candidat pour prévenir les neuropathies périphériques induites par la chimiothérapie, avec le potentiel d’améliorer non seulement le traitement anticancéreux, mais aussi la qualité de vie ». Un avis partagé par plusieurs oncologues, qui appellent cependant à la prudence : la molécule n’a pas encore été testée chez l’humain et ne pourra l’être qu’après validation d’études précliniques rigoureuses.

Une avancée prometteuse, des étapes clés à franchir

La perspective d’un traitement préventif des neuropathies change la donne pour de nombreux patients. En évitant les atteintes nerveuses, les oncologues pourraient maintenir les doses optimales de chimiothérapie sans avoir à les moduler en raison de la toxicité. De plus, cela limiterait les arrêts de traitement précoces et réduirait les séquelles à long terme, facilitant la réinsertion professionnelle et sociale des patients guéris. Mais plusieurs conditions doivent être réunies pour que cette promesse devienne réalité. Carba1 devra d’abord passer avec succès les phases précliniques réglementaires, puis les différentes étapes des essais cliniques chez l’homme. Il faudra également déterminer les profils de patients les plus à risque de développer des neuropathies afin de cibler ceux qui pourraient bénéficier en priorité d’une prophylaxie. Par ailleurs, d’autres molécules ont déjà échoué à ce stade.

L’exemple du Calmangafodipir, évalué dans l’essai POLAR‑M pour prévenir la neuropathie induite par l’Oxaliplatine dans le cancer colorectal, illustre les difficultés de mise au point de telles thérapeutiques. Bien que prometteur en phase 2, ce composé n’a pas confirmé son efficacité dans l’étude de phase 3. Il reste aussi à s’assurer que la molécule n’interfère pas avec les mécanismes d’action des agents cytotoxiques, et qu’elle est bien tolérée à long terme. Une prudence justifiée selon les auteurs du communiqué, qui rappellent que « les neuropathies périphériques, à ce jour incurables, sont des complications neurologiques fréquentes de la chimiothérapie ».

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