Au Sénégal, la chaleur pourrait réduire le volume annuel de travail de l’équivalent de 129 000 emplois à temps plein d’ici 2040, même dans un scénario de faibles émissions. Cette projection figure dans de nouvelles études de l’Organisation internationale du travail (OIT), présentées le 30 octobre 2026. Elle mesure des heures de travail perdues sous l’effet du stress thermique, et non 129 000 licenciements annoncés.
Le Sénégal n’est pas seul. L’OIT estime qu’en Éthiopie, au Ghana et au Sénégal réunis, la perte de temps de travail pourrait représenter environ 2,46 millions d’équivalents temps plein à l’horizon 2040. Les pertes annuelles de produit intérieur brut associées atteindraient environ 67 milliards de dollars dans les trois pays, par rapport à la période historique retenue par les chercheurs.
Au Sénégal, des pertes de temps de travail déjà mesurables
Les chercheurs estiment que l’intensification de la chaleur liée au changement climatique avait déjà entraîné, en 2023, une perte supplémentaire de temps de travail équivalant à près de 72 000 emplois à temps plein au Sénégal, comparativement à la période historique de référence. Les services et l’agriculture figurent parmi les secteurs les plus touchés.
La projection de 129 000 équivalents temps plein à l’horizon 2040 s’accompagne d’une estimation de 10,5 milliards de dollars de PIB annuel perdu dans le scénario de faibles émissions étudié. Ces montants sont des résultats de modélisation, sensibles aux hypothèses climatiques et économiques, et ne constituent pas un décompte d’emplois supprimés.
Les contrastes entre pays sont marqués : pour 2040, l’OIT évoque 1,78 million d’équivalents temps plein en Éthiopie et 550 000 au Ghana. Le quotidien ghanéen Graphic Online a également relayé ces résultats le 31 octobre, en soulignant la forte exposition des métiers agricoles.
Agriculture, bâtiment, services : pourquoi les horaires deviennent un enjeu social
La chaleur affecte la capacité à fournir un effort physique soutenu. Dans les champs, sur les chantiers ou dans les transports, elle peut imposer des pauses supplémentaires, un ralentissement des tâches ou un décalage des horaires. Le travail informel pose une difficulté particulière : une personne rémunérée à la journée ou à la tâche peut perdre immédiatement du revenu lorsqu’elle doit réduire son activité.
Dans une présentation de six études nationales le 29 octobre, l’OIT a également examiné le Liban, les Maldives et le Sri Lanka. Elle met en avant la sécurité au travail, l’organisation des horaires et la protection sociale comme des réponses complémentaires. Les conséquences ne sont donc pas seulement sanitaires : elles concernent les revenus, la continuité des activités et la capacité des entreprises à s’adapter.
Un enjeu qui concerne aussi les salariés en France
Le cas sénégalais donne une mesure concrète d’un risque professionnel partagé, avec des intensités et des cadres sociaux différents. En France, le ministère du Travail rappelle que les obligations de prévention ont été renforcées depuis le 1er juillet 2025. Les employeurs doivent évaluer les risques liés à la chaleur et adapter les postes, les horaires, les périodes de repos et l’accès à l’eau selon les conditions de travail et les niveaux de vigilance.
Cette réglementation française ne découle pas des études africaines publiées en octobre. Elle répond au même problème de fond : protéger la santé tout en évitant que les périodes de forte chaleur ne se traduisent par des accidents, des heures perdues ou une baisse de revenu.
Pour les pays étudiés par l’OIT, les leviers identifiés sont précis : privilégier les heures les moins chaudes, organiser des cycles de travail et de repos, garantir l’ombre et l’hydratation, surveiller les températures sur les lieux de travail et associer les travailleurs aux décisions. Leur mise en œuvre dépendra notamment des moyens des employeurs et de la couverture sociale des personnes exposées.

