Les jeunes en alternance paient le prix fort : 18 100 alternants seulement en 2025 dans le secteur bancaire, soit le niveau le plus bas depuis 2021. Pendant ce temps, les femmes, qui constituent 56 % des effectifs, restent absentes des postes de direction. La crise bancaire révèle les fractures sociales d’un secteur en mutation.
Selon la Fédération bancaire française (FBF), les recrutements dans le secteur bancaire ont chuté de 10,2 % en un an, atteignant 34 400 nouveaux embauchés en 2025. Un recul qui marque le niveau le plus faible depuis 2013. Par rapport au pic de 2022, qui comptabilisait 49 000 embauches, la baisse atteint près de 30 %. Les effectifs globaux reculent eux aussi de 0,7 %, tombant à 350 700 salariés en CDI et CDD. Derrière ces chiffres, une réalité sociale se dessine : qui sont les perdants de cette restructuration ?
Les alternants sacrifiés : 18 100 en 2025, le creux depuis 2021
Une baisse de 8,6 % en un an : l’apprentissage bancaire en déclin
Les jeunes en formation paient la facture la plus lourde. En 2025, le nombre d’alternants dans le secteur bancaire s’établit à 18 100, en recul de 8,6 % sur un an. Ce chiffre marque le point le plus bas depuis 2021, année de reprise post-pandémie. La contraction touche directement le vivier de talents du secteur, traditionnellement alimenté par l’apprentissage. Les banques, confrontées à la digitalisation accélérée de leurs services, réduisent leurs besoins en personnel d’agence. Or, les alternants occupaient souvent des postes de conseillers clientèle ou de chargés d’accueil, fonctions désormais concurrencées par les plateformes en ligne et les chatbots.
La transformation numérique n’explique pas tout. Les établissements ajustent leurs recrutements en fonction des départs naturels, sans systématiquement remplacer les retraités ou les démissionnaires. Les jeunes, moins protégés par l’ancienneté, subissent de plein fouet ces arbitrages. Leur insertion professionnelle se complique dans un contexte où les opportunités se raréfient.
Les aides publiques réduites : de 6 000 à 2 000 euros pour les grands groupes
La politique publique aggrave la situation. Comme l’indique la FBF, « cette évolution résulte du repli de la politique publique de soutien à l’apprentissage ». L’aide à l’embauche d’un apprenti est passée de 6 000 euros à 5 000 euros pour les PME, mais surtout à 2 000 euros pour les grandes entreprises comme les banques. Un coup dur pour des groupes qui, bien que profitables, cherchent à optimiser leurs coûts salariaux. La réduction des incitations financières pousse les établissements à limiter leurs engagements envers les jeunes en formation. Le message envoyé est clair : l’apprentissage bancaire n’est plus une priorité nationale.
Les femmes : 56 % des effectifs, 0 % à la tête des grandes banques
Majorité statistique, minorité aux postes de direction
Les femmes représentent 56 % des salariés du secteur bancaire français, selon les données de la FBF. Une majorité numérique qui ne se traduit pas au sommet de la hiérarchie. Aucune grande banque française, qu’il s’agisse de BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole ou Crédit Mutuel, n’est dirigée par une femme. Le plafond de verre reste intact, malgré des années de discours sur la diversité et l’égalité professionnelle. Les femmes occupent massivement les postes d’exécution, de conseil clientèle ou de gestion administrative, mais peinent à accéder aux comités de direction ou aux fonctions stratégiques.
Les restructurations en cours risquent d’aggraver ces inégalités. Les suppressions de postes touchent prioritairement les fonctions support et les réseaux d’agences, où les femmes sont surreprésentées. À l’inverse, les métiers de la finance de marché ou de la gestion d’actifs, majoritairement masculins, subissent moins de coupes. La crise de l’emploi bancaire pourrait ainsi accentuer le déséquilibre de genre, au lieu de le corriger.
Les restructurations : qui part en premier ?
Les plans sociaux ne sont jamais neutres. Ils révèlent les priorités des directions et les rapports de force internes. Dans le secteur bancaire, les départs volontaires et les ruptures conventionnelles ciblent souvent les salariés les plus âgés, proches de la retraite, ou les profils jugés moins adaptables aux nouvelles technologies. Les femmes, statistiquement plus présentes dans les métiers relationnels que techniques, se retrouvent en première ligne. Les dispositifs d’accompagnement, formations ou reclassements, peinent à compenser ces biais structurels. Le risque ? Que la contraction des effectifs renforce les stéréotypes de genre et freine durablement l’accès des femmes aux responsabilités.
Société Générale : le cas d’école de la restructuration sociale
3 700 départs entre 2023 et 2025 : le coût humain des ajustements
Société Générale incarne les tensions sociales du secteur. Entre 2023 et 2025, la banque a enregistré 3 700 départs de salariés, selon les données publiées par BFM Business. Une saignée qui reflète la stratégie d’optimisation menée par la direction. Ces départs, majoritairement volontaires ou négociés, masquent une réalité plus dure : la pression exercée sur les équipes restantes, contraintes d’absorber la charge de travail avec des moyens réduits. Les syndicats dénoncent une dégradation des conditions de travail, une intensification des cadences et une perte de sens pour les salariés.
1 800 emplois supprimés en France d’ici 2027 : quelles garanties ?
Société Générale a annoncé en janvier 2026 la suppression de 1 800 emplois supplémentaires en France d’ici fin 2027. Un plan qui s’ajoute aux coupes déjà réalisées. Les garanties sociales restent floues. Si la direction promet des départs volontaires et des reclassements, les salariés craignent des pressions indirectes et des mobilités forcées. Les représentants du personnel réclament un plan de formation ambitieux pour reconvertir les collaborateurs vers les métiers d’avenir, notamment dans la data et la cybersécurité. Mais les budgets alloués semblent insuffisants pour accompagner une transition à cette échelle. Le risque social est réel : démotivation, perte de compétences, tensions internes.
Inégalités de trajectoires : AFB vs mutualistes
BNP Paribas et Société Générale : restructurations plus agressives
Les banques de l’Association française des banques (AFB), dont BNP Paribas et Société Générale, connaissent une décroissance des effectifs plus marquée que les banques mutualistes. Leur modèle capitalistique, axé sur la rentabilité actionnariale, les pousse à des ajustements rapides et massifs. Les pressions des marchés financiers imposent des réductions de coûts immédiates, au détriment de la stabilité sociale. Les salariés de ces établissements vivent dans l’incertitude, confrontés à des vagues successives de plans de transformation. La culture du résultat à court terme érode la loyauté et fragilise le dialogue social.
Crédit Agricole et mutualistes : modèles plus stables pour l’emploi
À l’inverse, les banques mutualistes comme le Crédit Agricole, le Crédit Mutuel, les Caisses d’épargne ou les Banques populaires affichent une relative stabilité. Leur gouvernance coopérative, moins soumise aux exigences de rentabilité immédiate, leur permet d’adopter des stratégies plus progressives. Les effectifs baissent, certes, mais à un rythme moins brutal. Les mutualistes privilégient les départs naturels et les mobilités internes, limitant les ruptures. Leur ancrage territorial et leur proximité avec les sociétaires créent une pression sociale différente, plus favorable au maintien de l’emploi local. Maya Atig, présidente de la FBF, reconnaît que le secteur a « nettement baissé mais moins que d’autres secteurs ». Un constat qui souligne les disparités internes au monde bancaire, où tous les acteurs ne subissent pas la crise avec la même intensité.
Dans un contexte marqué par des plans d’urgence bancaire comme celui du Groupe BPCE face aux incendies ou des tensions budgétaires dans les services publics, la question de l’équité sociale dans les restructurations bancaires prend une résonance particulière. Les jeunes et les femmes, premières victimes de la contraction des effectifs, attendent des réponses concrètes. Sans politique volontariste de formation, de reclassement et de promotion de la diversité, le secteur bancaire risque de creuser les inégalités qu’il prétend combattre. La transformation numérique ne doit pas servir d’alibi à l’abandon des plus vulnérables.
