Barrages hydrauliques : objectif zéro noyade 

  • Publié le: vendredi 20 juillet 2018

En France, le nombre annuel de noyades reste élevé dans les piscines comme dans la mer et les cours d’eau. Afin de faire reculer les risques d’accidents, les mesures de prévention demeurent nécessaires, particulièrement auprès des vacanciers. Des hydroguides sont notamment mobilisés par EDF à proximité des barrages pour sensibiliser les nageurs aux risques encourus.  

Avec l’arrivée de l’été, les joies de la baignade doivent s’accompagner d’une vigilance accrue, à en croire les chiffres inquiétants rendus publics sur les accidents par noyade en 2018. Au mois de juin, 552 épisodes ont été recensés sur le territoire français par l’organisme Santé Publique France, dont 121 ayant occasionné la mort. C’est deux-tiers de plus que les 332 noyades enregistrées en juin 2017, bien que le nombre de décès s’avère heureusement inférieur à l’an dernier (147). Chaque été dans l’Hexagone, près de 500 personnes décèdent des suites d’une noyade, qui demeure la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 15 ans.

Pour les enfants, le risque est particulièrement important en piscine, vingt centimètres d’eau et trois minutes étant suffisants pour se noyer, selon Santé Publique France. « Un enfant doit toujours être surveillé par un adulte qui en prend la responsabilité. Il ne faut donc jamais le quitter des yeux et l’équiper de brassard conformes à la législation européenne et française », rappelle l’organisme. Chez les seniors, la quasi-totalité des décès a lieu en mer, à moins de 300 m de la plage. Ce phénomène s’explique en partie par le fait que 35 % des 65-75 ans ne savaient pas nager en 2016. Quant aux 25-45 ans, ce sont les cours d’eau qui se révèlent les plus meurtriers, avec déjà huit victimes le mois dernier. Dans les rivières comme dans les fleuves ainsi que les lacs et étangs, le danger est souvent sous-estimé en raison du calme apparent. Les risques de noyades se présentent pourtant sous plusieurs formes : rochers glissants, trous profonds, obstacles divers, mais aussi températures fraiches et courants soudains engendrés par l’activité des nombreux barrages hydrauliques dispersés à travers le pays.

Prévention : des risques sous-estimés

Afin de répondre constamment aux besoins en électricité, les installations hydroélectriques font varier le débit des cours d’eau français, comme les lâchers du barrage de l’Aigle en Corrèze, qui peuvent augmenter le niveau de la Dordogne de quatre mètres en quelques minutes. Aux courants puissants qui peuvent emporter même les nageurs et canoéistes les plus aguerris s’ajoute le risque d’hydrocution – refroidissement brutal du corps –, accentué par le brassement des eaux profondes par les centrales, source de températures plus basses à la sortie.

Chaque été, des mesures de prévention sont mises en place pour éviter les accidents : diminution de la production hydroélectrique à proximité des sites les plus touristiques de juin à septembre (ex : Castelnau-Lassouts), information en temps réel des acteurs touristiques sur l’évolution du niveau d’eau (ex : barrage de Serre-Ponçon), disposition de bouées délimitant les zones sécurisées, implantation de 10 000 panneaux jaunes d’avertissement et de balises rouges délimitant les zones interdites à la navigation, à la pêche et à la baignade aux abords des cours d’eau alimentant les centrales d’EDF, etc. Exploitant 436 des 2 300 installations hydroélectriques en France, l’électricien français mène également chaque été, depuis 21 ans, une campagne baptisée « Calme apparent, risque présent », qui vise à sensibiliser le public sur les risques de noyade. 160 hydroguides sont ainsi mobilisés en juillet et août pour rappeler aux estivants les règles élémentaires de prudence et de sécurité. Près de 500 conférences sont également organisées dans les écoles autour de cette thématique.

Pas de « crocodile gonflable » pour descendre les gorges du Verdon !

Certaines zones sont en effet particulièrement accidentogènes, comme les gorges du Verdon, où les efforts de sensibilisation des hydroguides comme des 45 professionnels du tourisme ne suffisent pas toujours. Durant l’été, gendarmes, pompiers, gardes du Parc naturel régional et agents de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) redoublent aussi de vigilance pour prévenir les catastrophes et doivent, parfois, faire usage de moyens de répression. C’est particulièrement le cas pour les plongeons dans les zones interdites, comme au pont du Galetas, où un panneau indique pourtant que dix sauteurs ont trouvé la mort en dix ans.

Le lâcher-prise des vacanciers peut également s’avérer dangereux sur l’eau, à bord d’un pédalo, d’un kayak, d’un raft ou en canyoning. « Il faut des prérequis comme savoir nager, un âge minimum en fonction des parcours, débutant ou confirmé, et il ne faut pas avoir de contre-indication médicale », rappelle Daniel Duflot, président de l’Association des guides d’eau vive du Verdon. « Seuls les gens expérimentés peuvent descendre par la rivière les 28 km de gorges. La navigation reste possible lors des lâchers d’eau par EDF, mais il est déconseillé d’y aller en « crocodile gonflable », ironise-t-il. La rivière reste dangereuse même quand il n’y a pas de lâcher d’eau. Il reste un débit d’1,5 m3 par seconde. Et quand il y a un lâcher d’eau jusqu’à 13 m3 par seconde à un certain endroit, le risque de noyade est important à ce moment-là, comme dans le siphon du « Solitaire », à l’entrée du vallon. » Pour venir en aide aux personnes en difficulté, 25 sapeurs-pompiers volontaires et professionnels sont ainsi mobilisés chaque année dans la zone. Malgré leur dévouement, dix personnes sont mortes par noyade en 2017 dans les gorges du Verdon.

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