Handicap : une discrimination à l’embauche comme une autre ?

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  • Publié le: lundi 11 mars 2019

Alors que l’État français effectue des tests à l’embauche à l’échelle nationale, le handicap figure désormais en tête des discriminations en France. Malgré les lois successives, les personnes en situation de handicap s’intègrent beaucoup moins bien que les autres dans le monde du travail. Une tendance qui pourrait toutefois s’inverser avec la mobilisation grandissante des entreprises et les initiatives qui voient le jour.

C’est une première en France : l’État réalise actuellement 10 000 tests à la discrimination à l’embauche, a révélé Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement. Conformément à la promesse d’Emmanuel Macron lors de l’annonce des mesures pour les banlieues, ce testing anonyme se déroulerait actuellement dans plusieurs dizaines d’entreprises. D’après le ministre, les résultats de « la plus grande enquête » jamais réalisée en la matière seront rendus publics fin mars 2019, date à laquelle le gouvernement « prendra des décisions au regard des comportements ». Il n’exclut pas de dénoncer publiquement les mauvais élèves, selon le principe du « name and shame ». En mai 2018, le président français avait en effet annoncé son intention de tester les 120 entreprises du SBF120 (indice boursier regroupant les principales valeurs françaises) à raison de 40 par an. Il semble avoir tenu parole. Et pour cause : la discrimination à l’embauche serait encore très répandue en France, selon le gouvernement. Mais contrairement aux idées reçues, l’origine de l’individu ne serait pas le principal motif. Dans le dernier rapport du Défenseur des droits portant sur l’année 2017, le handicap figurait en tête dans 21,8 % des cas de discrimination, contre 17,6 % pour l’origine et 11,9 % pour l’état de santé. Sans surprise, c’est dans le monde du travail que ces discriminations seraient les plus nombreuses. « Dans la majorité des saisines, tous critères confondus, c’est l’emploi qui est le domaine principal dans lequel les discriminations interviennent », confirme Patrick Gohet, adjoint en charge des discriminations auprès du Défenseur des droits, Jacques Toubon.

Des discriminations qui perdurent malgré la loi

En France, 500 000 personnes en situation de handicap sont inscrites à Pôle emploi, nombre qui reflète un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale et des chances d’être en emploi trois fois inférieures aux personnes non handicapées ayant les mêmes caractéristiques. Parmi les jeunes, les handicapés ne comptent que pour 1,2 % des apprentis alors que 5,7 millions de Français en âge de travailler souffriraient d’un handicap, soit près d’une personne sur dix, selon l’agence France stratégie. Cette discrimination à l’emploi trouve ses racines dès l’école, puisque 80 % des handicapés n’auraient pas le Bac et qu’ils seraient en moyenne deux fois moins diplômés que le reste de la population. Elle se perpétue dans la sphère professionnelle, où le handicap est encore trop souvent perçu comme néfaste à l’image de l’entreprise, coûteux et synonyme d’« incompétence ». Pourtant, la loi française prévoit des mesures censées favoriser l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap. Depuis 1987, elle impose aux employeurs de respecter un quota de 6 % parmi leurs effectifs. Cette règle n’est toutefois toujours pas suffisamment appliquée. Dans le privé, le taux atteint seulement 3,4 % en entreprise, contre 5,4 % dans le public, les contrevenants préférant s’acquitter d’une taxe au fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph). Depuis 2005, une autre loi permet aux salariés en situation de handicap de bénéficier d’un aménagement de leur poste, qui peut être financé par l’Agefiph. Une aide dont ne profitent que peu d’employeurs puisque 90 % des travailleurs handicapés n’ont pas besoin d’aménagement matériel. D’autres mesures visent à favoriser leur emploi, comme la simplification des démarches pour l’entreprise à partir du 1er janvier 2020, l’accompagnement généralisé des candidats et des employeurs, l’élargissement du quota de 6 % à l’ensemble du personnel (stagiaires compris) ou encore l’aide à l’embauche d’apprentis en situation de handicap.

De plus en plus d’entreprises engagées et des initiatives qui se multiplient

Malgré des résultats encore insuffisants, de plus en plus d’entreprises se mobilisent pour lutter contre la discrimination à l’embauche des personnes handicapées. C’est le cas d’EDF, qui fait figure de pionnier en matière d’intégration du handicap en France avec la signature d’un premier « accord handicap » il y a près de 30 ans. Renouvelé le 1er janvier 2019 pour 4 ans, EDF s’engage à un taux d’emploi global en 2022 de 5,5% avec un objectif de 4,5 % de taux d’emploi direct. Aujourd’hui, 4 000 de ses 66 000 salariés en France sont en situation de handicap, soit plus que le quota imposé par l’État. Le groupe évalue son dispositif et se fixe de nouveaux objectifs tous les trois ans car « au-delà de l’intégration et du maintien dans l’emploi, la volonté d’EDF est de permettre aux personnes handicapées, dont les compétences correspondent aux besoins actuels et futurs du Groupe, de mener et de réussir leur parcours professionnel. » précise Christophe Carval Directeur Exécutif Groupe en charge de la Direction des Ressources Humaines chez EDF. D’autres entreprises s’engagent par des actions plus spécifiques en faveur du handicap, comme Nocibé, qui a organisé du 28 mai au 5 juin 2018 son propre salon de recrutement itinérant destiné aux travailleurs handicapés (Handi Talent). Derichebourg Multiservices sensibilise, quant à lui, ses collaborateurs à travers l’intervention de sportifs paralympiques, tandis que Bosch forme ses managers aux spécificités du handicap pour lever les craintes à l’embauche. La société fait d’ailleurs partie avec une dizaine d’autres (Randstad, Bouygues Energies & Services, Eram, FDJ, Quick, etc.) du réseau des Hangagés, qui porte des projets communs sur la question du handicap. Ce type d’action semble porter ses fruits puisque de plus en plus d’entreprises prennent conscience des efforts à mener en matière d’inclusion. En 2017, plus de 1 000 recruteurs ont participé au salon de recrutement en ligne Hello Handicap, contre seulement 20 pour la première édition en 2011. D’autres initiatives de ce genre rencontrent un succès grandissant comme Duoday, qui depuis quatre ans permet à des personnes handicapées de découvrir le monde de l’entreprise lors d’une journée passée au contact d’un professionnel volontaire. Pour l’employeur, cet échange réciproque permet de changer le regard de ses collaborateurs sur le handicap. Née en 2008 en Irlande, l’opération est portée en France par Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, ainsi que les principaux acteurs du monde du travail et du handicap. La prochaine journée se tiendra le 16 mai 2019 dans toute la France et dans l’Union européenne.

 

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