Les avantages et les inconvénients d’une semaine de travail de quatre jours

  • Publié le: jeudi 4 août 2022

Souvent évoquée, notamment en période d’élections, la semaine de quatre jours semble avoir de nombreux atouts, mais certaines idées reçues persistent, ainsi que quelques inconvénients qu’il reste à contrer.

En 1919, au lendemain de la guerre, l’Organisation internationale du travail utilise sa première convention pour limiter la durée du travail à huit heures par jour et à 48 heures par semaine. Les employeurs ont à la suite, commencé à adopter la semaine de cinq jours.

La dernière crise, liée au coronavirus, a infligé un choc similaire à la conception des emplois. La pandémie a contraint de nombreux employeurs à mettre en place le travail à distance. Elle a accéléré l’utilisation de la technologie pour les aider à rester productifs. En plus de relever les défis du travail hybride, certaines entreprises envisagent désormais de verser à leur personnel le même salaire pour une semaine de travail de quatre jours, un concept autrefois aussi farfelu qu’une journée de huit heures.

Unilever a mené un essai dans son usine néo-zélandaise. Le japonais Panasonic veut proposer une semaine de quatre jours en option. Les employés de WANdisco viennent de profiter de leur premier week-end officiel de trois jours, après que le groupe de logiciels est passé à un horaire du lundi au jeudi le 7 février. Le groupe à but non lucratif 4 Day Week Global organise des programmes pilotes avec des chercheurs universitaires et des entreprises dans différents pays du monde.

Un fossé selon les conditions et la nature du travail

Les avantages promis incluent un bien-être amélioré, une meilleure concentration, un partage plus équitable de la garde des enfants entre les hommes et les femmes, et même une empreinte carbone plus légère. La peur de passer à côté de la dernière tendance ne doit cependant pas aveugler les entreprises sur des obstacles et des inconvénients importants.

Compenser le coût d’une semaine de quatre jours au niveau national semble difficile à réaliser. Comme l’a souligné l’historien de l’économie Robert Skidelsky en 2019, dans un rapport pour le parti travailliste britannique, « le plafonnement du temps de travail à l’échelle nationale, sur le modèle de la semaine de travail de 35 heures en France, n’est pas réaliste ni même souhaitable, car tout plafond doit être adapté aux besoins des différents secteurs ».

La législation française a finalement été truffée d’exceptions. Il est probable que les exemptions rongeraient également une semaine générale de quatre jours dans de nombreuses organisations.

Il existe un fossé entre les professionnels du travail à domicile flexibles et le personnel de première ligne « toujours disponible ». Une semaine de quatre jours pourrait l’élargir.

Certains membres du personnel veulent ou doivent faire des heures supplémentaires. Aux risques d’une main-d’œuvre à deux vitesses et d’une liberté de choix réduite s’ajoutent les risques de surcharge.

L’approche échoue si l’amélioration de la productivité ne couvre pas l’augmentation potentielle des coûts. Si la détermination des dirigeants à atteindre les mêmes objectifs force le personnel à travailler quatre jours de 10 heures, à reporter leur charge de travail sur leurs longs week-ends, à précipiter les travaux qui nécessitent plus de temps ou à embaucher des mains supplémentaires pour combler les lacunes, certains des avantages d’offrir plus de temps libre aux travailleurs disparaîtra rapidement.

Besoin d’améliorer la gestion de l’entreprise

Pour chacune de ces objections, les avocats ont une réponse. La première est que les entreprises ont juste besoin d’organiser le personnel plus efficacement. En soi, une meilleure gestion améliorerait la productivité. Une autre consiste à réduire les heures de travail plutôt que les jours, ce qui permet une plus grande flexibilité. Cumulativement, cependant, les obstacles présentent un puissant effet dissuasif.

Les tendances qui alimentent l’innovation en milieu de travail ne disparaissent pas. L’automatisation, un marché du travail tendu, la quête des jeunes travailleurs pour de meilleurs emplois : tout cela incitera les employeurs à se différencier les uns des autres. En temps voulu, ces mêmes tendances pourraient inciter davantage d’organisations, et peut-être éventuellement des gouvernements, à franchir une nouvelle étape sur la longue voie de la réduction du temps de travail.

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