Sous couvert d’un colloque au Parlement européen intitulé Turning the tide on PFAS, des parlementaires, des représentants d’États membres et des ONG, visiblement peu inquiétés par quelque semblant de collusion, ont tenu des propos d’une radicalité sans précédent à l’encontre de l’agriculture européenne — et tout particulièrement française. Derrière le vernis consensuel, se dessine un jeu d’influences, de pressions et de rhétoriques accusatrices qui pose de sérieuses questions démocratiques.
Une réunion aux allures de tribunal pour l’agriculture
L’organisation du colloque a été saluée officiellement comme une « réussite » : des institutions, des ONG, des experts réunis autour d’un même enjeu. Pourtant, certains passages du programme ont pris des allures de procès politique contre les pratiques agricoles. En point d’orgue : l’attaque répétée contre les pesticides contenant des PFAS (passons sur le fait que les 14 000 PFAS sont mis dans un même panier, la science n’ayant visiblement pas sa place à cette réunion) et l’accusation implicite que l’agriculture européenne — « obstinément archaïque » selon certains intervenants — serait le principal vecteur de contamination.
Dans leurs interventions, des représentants d’ONG comme PAN Europe n’ont laissé guère de place à la nuance : les pesticides PFAS sont qualifiés de « non essentiels », et l’agriculture est sommée de changer de modèle « qu’elle le veuille ou non ». Ces formules, assenées comme des évidences scientifiques, de façon péremptoire, traduisent surtout une vision idéologique radicale — et totalement déconnectée des réalités agricoles du terrain.
Les ONG à la manœuvre : influence ou collusion ?
Le colloque, couvert par certains médias écologistes comme Green&Vert, dans lequel nous en apprenons l’existence, n’était pas un simple rassemblement de bonne volonté. Plusieurs intervenants avaient des liens anciens avec les ONG qui militent depuis des années pour l’interdiction totale des PFAS. Leurs discours, très similaires — parfois presque copiés — donnent l’impression d’un alignement soigneusement préparé.
On peut s’interroger : dans quelles conditions les parlementaires, les États membres et la Commission européenne collaborent-ils avec ces ONG ? Est-ce un dialogue respectueux, ou un lobbying déguisé, qui instrumentalise les institutions pour porter des objectifs radicaux ?
Certains passages ont sonné comme des injonctions : l’agriculture ne serait plus qu’un secteur à réguler, à contraindre, à punir. Tantôt accusée de « contamination délibérée », tantôt sommée de « se reconvertir », elle est mise en posture de coupable unique. Cette dramatisation sied aux ONG les plus engagées ; ce sont en revanche les agriculteurs qui sont confrontés à la réalité des sols, des rendements, des marchés et des contraintes climatiques.
La Suède en figure de proue — mais à quel prix ?
L’accent mis sur la Suède, à travers le cas emblématique de Kallinge (où une contamination PFAS est largement débattue), montre bien la stratégie symbolique de certains promoteurs du colloque. La Suède est présentée comme un modèle de prévention stricte, de transparence, d’actions légales. Mais cette posture cache plusieurs tensions :
- Le cas de Kallinge est devenu un étendard médiatique, utilisé comme un repoussoir contre toute tolérance réglementaire en Europe (alors même que la contamination PFAS en Suède est due aux mousses incendies utilisées par l’armée suédoise, qui avait fait un lobbying pour l’exemption de ces substances PFAS en particulier. Hypocrisie, quand tu nous tiens…) ;
- Des ONG suédoises sont très actives dans le dossier PFAS : leur influence transnationale vers Bruxelles n’est pas neutre ;
- Lorsqu’un État membre se rend « exemplaire », cela lui donne un poids politique disproportionné dans les négociations européennes — et une capacité d’imposer sa vision aux autres États, quitte à les discréditer.
Ainsi, la Suède, loin d’être une victime, est désormais partie prenante dans un récit où l’agriculture européenne est suspectée — voire diabolisée.
Collusions silencieuses avec les institutions européennes
Le rôle actif de la Commission européenne et de certains parlementaires lors de cette réunion n’est pas anodin. Plusieurs responsables de la DG Environnement ou de comités d’évaluation ont pris part aux débats. Leurs interventions — parfois très proches des positions des ONG — soulèvent une interrogation : jusqu’à quel point les institutions se laissent-elles influencer par les milieux militants ?
L’ombre du principe pollueur-payeur a été largement brandie. Derrière ce concept démocratiquement recevable se dissimule parfois une version musclée : les producteurs agricoles seraient forcés à payer pour des pollutions dont ils ne seraient pas seuls responsables. L’idée que les citoyens « ne doivent pas payer pour les erreurs du passé » a été martelée — mais quid de l’équité entre secteurs, entre pays ?
Le risque pour l’agriculture française
L’agriculture française, avec ses traditions, ses défis sanitaires et alimentaires, ses structures souvent familiales, se voit ainsi stigmatisée dans le grand débat européen. Quelques phrases-piège prononcées lors du colloque peuvent devenir des armes :
- « L’agriculture devra changer de modèle, qu’elle le veuille ou non. »
- « Remplacer un PFAS par un autre n’a aucun sens » (impliquant que toute transition est suspecte).
- « Ceux qui refusent de s’adapter mettent en danger la santé publique. »
Si ces formules :
- occupent le terrain médiatique,
- se retrouvent dans des amendements européens ou propositions de loi,
- s’insinuent dans les discours officiels,
alors l’agriculture française risque d’être mise sous pression idéologique autant que réglementaire.
Appel à vigilance démocratique
Ce n’est pas la première fois que l’écologie radicale tente de gagner des batailles par la norme ou par l’influence indirecte. Mais quand une réunion organisée au Parlement européen sert de tribune à des positions extrêmes et à un alignement apparent entre ONG, États membres et institutions, le débat démocratique est fragilisé.
L’agriculture — et en particulier française — mérite un traitement juste et différencié, fondé sur des données solides, des expérimentations prudentes, et une concertation réelle, pas des condamnations unilatérales.
Il est temps que le monde agricole — syndicats, organisations professionnelles et élus — réclame transparence sur ces lobbies masqués, exige un débat équilibré et refuse qu’on lui fasse porter seul le chapeau des pollutions PFAS.

