La fabrication de masques faciaux a mis en avant le nombre accru d’entreprises travaillant indirectement avec un camp de travail forcé ouïghour

  • Publié le: mardi 1 septembre 2020

Depuis que la Chine a accéléré la production de masques à la suite de Covid-19, une enquête du New York Times a révélé que certains masques fabriqués dans la région du Xinjiang reposaient probablement sur le travail forcé des ouïghours.

Une coalition internationale d’organisations de défense des droits de l’homme s’efforce d’exhorter les marques de mode à se désengager de la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, où des millions de ouïghours sont détenus et persécutés dans des camps où ils sont forcés de travailler. End Uyghur Forced Labour (Mettre fin au travail forcé des Ouïghours), une coalition de plus de 190 ONG, a publié un appel à l’action fin juillet, demandant aux marques de s’engager formellement à retirer tout lien de la chaîne d’approvisionnement de la région.

« Il existe un risque grave que les marques et les détaillants de tous les secteurs usent des violations des droits humains, y compris du travail forcé, à la fois dans et depuis la région ouïghour », lit-on dans l’appel à l’action. « Cela est particulièrement vrai dans le secteur de l’habillement, qui a fait l’objet de la majorité des enquêtes sur le travail forcé dans la région. » Cela ne concerne pas uniquement les t-shirts et les jeans ; la demande de masques chirurgicaux a contribué à mettre en lumière ces conditions.

Surveillance de population

Les responsables chinois ont transformé le Xinjiang, la province où vivent la plupart des Ouïghours, en un État policier de haute technologie et ont mis en œuvre des programmes de surveillance de masse, en plus de détenir de force des membres de la minorité ethnique musulmane.

En juillet, une enquête du New York Times a révélé comment certains masques faciaux de qualité médicale vendus aux États-Unis étaient produits dans des usines chinoises alimentées par des travailleurs ouïghours. Avant la pandémie de coronavirus, a rapporté le Times, seules quatre entreprises du Xinjiang produisaient des équipements de protection individuelle (EPI) de qualité médicale. Ce nombre était passé à 51 à la fin de juin, et au moins 17 de ces usines dépendent du programme de main-d’œuvre ouïghour.

Les groupes de défense soutiennent que le problème ne commence ni ne s’arrête avec les fabricants d’EPI. Selon eux, toute entreprise qui dépend des travailleurs ouïghours pourrait faire appel au travail forcé.

La coalition a largement concentré ses efforts sur la mise en évidence du potentiel d’abus dans les industries de l’habillement et du textile, a déclaré Penelope Kyritsis du Worker Rights Consortium, une ONG qui fait partie de la coalition.

« Les revendications de la coalition reposent sur le principe que tout ce qui sort de cette région, que ce soit un vêtement, un masque ou une machine, pourrait être terni par le travail forcé car il n’y a aucun moyen de prouver le contraire ». « C’est en grande partie à cause de l’appareil de surveillance mis en place. Les actions des travailleurs sont surveillées, qu’elles soient au travail ou à la maison. Cela complique la possibilité de reporter auprès d’un enquêteur indépendant leurs conditions de travail réelles, et en l’absence de ces preuves, il n’y a aucune certitude que le travail ouïghour n’est pas contraint. »

Selon un rapport des chercheurs de Human Rights Watch, les autorités chinoises utilisent une application mobile qui permet à la police locale de collecter des informations personnelles et des données auprès des résidents du Xinjiang, allant de leur appartenance religieuse, à leur groupe sanguin en passant par leur taille.

Un cinquième du coton mondial produit dans le Xinjiang

Compte tenu de la position de la Chine en tant que deuxième producteur de coton au monde, de nombreux détaillants et marques qui vendent des produits en coton maintiennent probablement des liens avec des fournisseurs chinois, soit directement ou indirectement. Environ 84 % du coton chinois est produit dans la région du Xinjiang, selon le China Daily, et il est responsable d’environ une balle de coton sur cinq sur le marché mondial.

Aux États-Unis des sanctions ont été imposées à des responsables chinois et à des entreprises supposées dépendre du travail forcé ouïghour. Parmi elles, on retrouve des fournisseurs de marques internationales comme Apple, Ralph Lauren et Tommy Hilfiger.

Même si ces dernières années, les consommateurs sont devenus plus actifs pour réclamer la transparence de la chaîne d’approvisionnement des entreprises de l’habillement, la responsabilité incombe davantage aux détaillants et aux entreprises. Ces dernières communiquent d’ailleurs davantage sur leurs missions et campagnes en faveur de la durabilité et de l’approvisionnement éthique pour satisfaire aux exigences de leurs clients. Depuis que la situation des travailleurs ouïghours a été mise en avant, elles ne peuvent plus continuer à agir comme si elles ne s’en souciaient pas.

Alors que des pays comme les États-Unis, le Canada et certains pays européens ont condamné les violations des droits de l’homme par la Chine, la pandémie a rendu difficile la prise de positions de la part de certains pays. « De nombreuses entreprises ou pays comptent sur les masques fabriqués en Chine pour leurs hôpitaux, populations ou entreprises, et dans de nombreux cas, ces produits sont expédiés depuis le Xinjiang.»

La coalition fait actuellement pression sur environ 80 marques pour qu’elles publient une déclaration d’engagement et cartographient leur chaîne d’approvisionnement pour montrer comment elles ont coupé les liens avec la région du Xinjiang. Certaines marques ont à priori été plus réactives que d’autres, même si la liste des entreprises n’a pas été communiquée.

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