Longtemps cantonné à un discours identitaire, le « made in France » s’impose de plus en plus comme l’un des principaux leviers stratégiques qui puisse répondre à la fois à la perte de vitesse de la France et aussi aux défis de la transition écologique.
Le Made in France pour réapprendre la valeur
Le 26 mars 2025, au World Impact Summit 2025, à Bordeaux, la table ronde dédiée au « made in France » (Made in France et climat : levier pour allier développement économique et transition écologique ?) a livré un message clair et limpide : pour réussir la transition écologique et restaurer notre souveraineté industrielle, il faut produire localement, chaque fois que cela est possible. Juliette Sicot-Crevet, directrice du développement durable du Groupe SEB, a rappelé que cette entreprise familiale, forte de plus de 160 ans d’histoire, exploite déjà 20 sites de production en France sur un total de 47 dans le monde. Une stratégie claire, qui selon elle permet « d’ancrer l’innovation là où l’on consomme, avec des circuits courts, une traçabilité totale, et un moindre impact environnemental ».
Pour autant, selon chiffres de l’étude OpinionWay relayée par Independant.io : 81 % des Français estiment qu’un produit local est plus durable. Pourtant, seuls 38 % des biens manufacturés consommés en France sont réellement fabriqués sur le territoire (Statista, 2023). Des chiffres qui font écho aux propos d’Yves Jégo, fondateur de la certification Origine France Garantie : « Il faut réapprendre à investir sur la durée. Le prix est une chose, la durabilité en est une autre, mais les deux sont liées. » Yves Jégo, fondateur de la certification Origine France Garantie, a lui aussi tenu à insister sur cette rupture que la société doit opérer : « Il faut sortir de la logique du produit jetable. Acheter français, ce n’est pas acheter plus cher. C’est acheter moins souvent, mais mieux. »
Le re-made in France : un marché prometteur
Le made in France ne s’arrête plus à l’étape de la fabrication. Comme ont tenu à le souligner les intervenants, celui-ci s’étend désormais au cycle de vie complet du produit, soit de la conception, à son recyclage – sa seconde vie. L’explosion du marché de la seconde main le confirme — Vinted, leader du secteur, a dépassé les 3 milliards d’euros de transactions en 2024 — les attentes des consommateurs ont changé. Les consommateurs ne veulent plus jeter, mais ils ne veulent pas non plus payer plus cher pour réparer. Juliette Sicot-Crevet a d’ailleurs tenu à le souligner : « Il faut que la réparabilité soit accessible. Nous, (groupe SEB) avons choisi de rendre 90 % de nos produits réparables pendant 15 ans, à des prix maîtrisés. »
Ce virage n’est pas seulement commercial, il est structurel. Jean-Philippe Dogneton, directeur général de la Macif, voit dans cette transformation un levier de cohésion territoriale : « Soutenir le reconditionnement, c’est soutenir l’économie locale, l’emploi, la compétence, et avoir, par conséquent, une empreinte écologique maîtrisée. » À ce titre, la Macif finance activement des projets à fort impact dans l’automobile et l’habitat. L’ambition chez le groupe SEB est tout aussi haute : recycler 20 millions de poêles d’ici 2027, grâce à des matériaux plastiques recyclés, conçus sans dépôt de brevet pour en faire bénéficier toute la filière.
Un modèle alternatif et durable
Relocaliser, recycler, réparer : autant de réponses techniques à des défis structurels. Mais sans un écosystème favorable, ces efforts resteront marginaux. Jean Hingray, sénateur des Vosges, l’a souligné en évoquant les erreurs des années 1980 : « On n’a mis aucune barrière pour protéger notre outil industriel. Aujourd’hui, il ne suffit pas d’avoir des forêts et de la laine. Il faut avoir envie d’y produire. » Ce désir ne renaîtra qu’à la condition de restaurer un environnement propice pour les entreprises françaises : baisse des charges fiscales, accompagnement pour les projets à fort impact, coupe dans le mille-feuille administratif français, …
Aujourd’hui, 93 % des Français considèrent que consommer local contribue à préserver l’emploi national. Le tissu industriel, déjà fragilisé, ne comptait déjà que 274 000 entreprises en 2021. Depuis lors, on ne compte plus les fermetures d’usines françaises. Et parmi les survivantes, beaucoup peinent à dégager des marges suffisantes, asphyxiées par les charges, la concurrence internationale et le mille-feuille normatif devenu dissuasif. Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la mondialisation « heureuse » révèle la fragilité, et les limites de ce modèle.
Face à ces dérèglements, le « made in France » propose un modèle alternatif et durable pour l’avenir la France. Lors du World Impact Summit 2025, Jean-Philippe Dogneton, directeur général de la Macif, l’a parfaitement résumé : « Vous devez allier une performance économique à un projet social, des valeurs, sans chercher des marges excessives. Le résultat sert l’investissement et la redistribution. » Une transition écologique solide ne pourra se construire que si elle s’appuie sur une industrie ancrée dans les territoires, capable de concilier cohérence économique et exigence sociale.




