Le Pentagone supprime massivement les codes religieux de ses registres
Le Pentagone vient de déclencher une polémique majeure en révisant drastiquement ses registres religieux. Par mémorandum daté du 20 mai 2026, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a supprimé 180 codes d’affiliation religieuse des fichiers militaires, ramenant les options disponibles pour les soldats de plus de 200 à seulement 31 catégories. Cette refonte administrative suscite des interrogations profondes sur la liberté de conscience au sein des forces armées américaines.
La nouvelle répartition révèle un déséquilibre frappant : 22 des 31 options maintenues concernent différentes branches du christianisme, tandis que des dizaines de religions et croyances minoritaires se retrouvent reléguées dans la catégorie générique « Autres religions ». L’athéisme, l’humanisme, les croyances wiccanes, le druidisme, l’Ásatrú et les spiritualités amérindiennes disparaissent ainsi de la nomenclature officielle.
Une simplification jugée nécessaire par l’état-major
Les responsables du Pentagone défendent leur décision par des arguments pratiques. Selon eux, le système précédent était devenu ingérable avec plus de 200 codes religieux, dont beaucoup restaient inutilisés. Pete Hegseth avait justifié cette simplification en affirmant qu’elle permettrait aux aumôniers d’obtenir des informations plus claires et d’anticiper efficacement les besoins spirituels des militaires.
Pour Zenit, cette réforme s’inscrit dans un effort plus vaste du commandement pour renforcer l’accompagnement spirituel dans la vie militaire. Hegseth insiste régulièrement sur le fait que la liberté religieuse et le bien-être spirituel méritent une attention comparable à celle accordée à la santé physique et mentale des soldats.
Un spectre religieux considérablement réduit
La liste des croyances retirées illustre l’ampleur de la refonte. Parmi les traditions spirituelles désormais classées sous « Autres religions », figurent le judaïsme messianique (mouvement alliant croyances juives et foi en Jésus), l’Ekankar (mouvement spirituel prônant la communication directe avec le divin), les croyances amérindiennes et leur relation spirituelle à la terre, la Wicca et ses différentes branches centrées sur la vénération de la nature, le druidisme inspiré des traditions celtiques anciennes, l’Ásatrú (renaissance des croyances nordiques), l’unitarisme universel, l’athéisme et l’humanisme.
Tollé dans les rangs et révision en urgence
La mesure a immédiatement provoqué des réactions contrastées au sein de l’armée. Le général de division à la retraite Steve Schaick, ancien aumônier en chef de l’armée de l’air américaine, s’inquiète de la marginalisation possible des communautés religieuses minoritaires au sein de l’institution.
La controverse a même touché l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Les sénateurs républicains de l’Utah Mike Lee et John Curtis ont contesté l’exclusion de leur foi de la liste des religions chrétiennes, contraignant le Pentagone à réviser sa classification en retirant l’étiquette chrétienne de 20 traditions, y compris catholique et luthérienne.
Risques d’affaiblissement de l’accompagnement spirituel
Au-delà des questions symboliques, cette réforme soulève des préoccupations pratiques majeures. Dans le système militaire, les codes d’appartenance religieuse ne constituent pas de simples statistiques démographiques. Ils permettent aux commandants et aux responsables des aumôneries de comprendre la dimension spirituelle des unités, d’organiser des temps de prière et d’identifier les besoins des militaires déployés loin de leurs communautés d’origine.
D’anciens aumôniers militaires et des défenseurs de la liberté religieuse redoutent que la réduction des catégories officielles ne complique l’accès à un soutien pastoral adapté pour les militaires issus de minorités religieuses. Philip McLemore, qui a servi comme aumônier mormon dans l’Air Force de 1984 à 2005, témoigne avoir déjà ressenti une discrimination liée à sa foi durant sa carrière militaire.
Questions constitutionnelles en toile de fond
La réforme administrative intervient dans un contexte de débat plus large sur la place de la religion dans les institutions militaires. Les organisations prônant une stricte séparation de l’Église et de l’État dénoncent le risque de marginalisation du personnel dont les convictions ne correspondent pas aux catégories religieuses majoritaires.
La polémique illustre les tensions croissantes autour de la liberté religieuse dans l’armée américaine. Certains observateurs y décèlent une volonté de standardisation, d’autres une remise en cause de la liberté de conscience garantie aux membres des forces armées. Le Pentagone tente de rassurer en précisant que les soldats conserveront le libre choix des inscriptions sur leurs plaques d’identité militaires.
La décision a déclenché un débat national sur la liberté religieuse et le rôle de la foi dans l’une des institutions les plus importantes du pays. Les implications pratiques et constitutionnelles de cette nouvelle politique font l’objet de vives critiques de la part d’associations de défense des droits civiques et de représentants religieux. Reste à déterminer si les assurances du ministère de la Défense concernant le maintien de l’accès au soutien religieux suffiront à apaiser les inquiétudes au sein d’une institution qui compte près de 1,4 million de militaires d’active, reflet de la pluralité spirituelle de la société américaine contemporaine.



