Euphrasie Yao, conseillère du Premier ministre ivoirien sur les questions de genre, s’est rendue à Oslo fin août 2025 pour renforcer la coopération entre la Côte d’Ivoire et la Norvège en matière d’égalité femmes-hommes. Experte reconnue de ces questions, elle a joué un rôle central dans l’évolution profonde de la législation ivoirienne. Depuis 2019, aucun pays africain n’a autant modernisé son droit en faveur des femmes : au point que l’OCDE considère désormais la Côte d’Ivoire comme le pays d’Afrique le plus avancé en matière d’égalité de genre.
La Côte d’Ivoire et la Norvège unies pour l’égalité de genre
Du 25 au 30 août 2025, le Conseil norvégien pour l’Afrique (NCA) et l’Institut norvégien de recherche sur la paix (PRIO) ont invité Euphrasie Yao, conseillère du Premier ministre ivoirien, à Oslo. Elle y a participé à plusieurs réunions bilatérales destinées à renforcer la coopération ivoiro-norvégienne pour la paix et l’égalité de genre.
Titulaire de la chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décision » et experte reconnue en égalité femmes-hommes, Euphrasie Yao est une figure majeure de la transformation législative ivoirienne – ministre de la Femme de 2015 à 2017, elle a ensuite été conseillère spéciale chargée du genre du Président Alassane Ouattara (de 2017 à 2023) puis du Premier ministre (depuis 2023). Elle a été élue Personnalité de l’année 2024 par Africa Managers en mai 2025.
La Côte d’Ivoire, leader africain de l’égalité femmes-hommes
À l’automne 2024, l’OCDE a dévoilé la dernière édition de son Indice des institutions sociales et égalité des genres (SIGI) : ce rapport évalue « les lois formelles et informelles, et les pratiques sociales qui limitent les droits des femmes et des filles ». La Norvège conserve sa place de leader mondial, grâce à un score SIGI de 6,7 (« très faible discrimination »). Avec un score de 17,3 (« faible discrimination »), la Côte d’Ivoire est devenue le pays le mieux classé d’Afrique, dépassant désormais le Rwanda (19) et l’Afrique du Sud (23). La moyenne mondiale s’établit à 29, celle de l’OCDE à 15, et celle de l’Afrique à 40.
« La Côte d’Ivoire a vraiment brillé », avait salué le Premier ministre ivoirien, Robert Mambé. Pourtant, en 2019, la Côte d’Ivoire affichait un score de 42,8, preuve d’un important retard. Mais en quelques années, elle a su transformer sa législation et faire évoluer les mentalités.
Les étapes clés d’une transformation majeure
Dès 2016, la Constitution de la Troisième République ivoirienne, adoptée sous l’impulsion du président Alassane Ouattara, a inscrit l’égalité hommes-femmes. Des travaux législatifs intenses, dirigés par les gouvernements successifs, ont permis de traduire cette égalité dans la vie quotidienne des Ivoiriennes. En 2019, la réforme du code de la famille a ainsi profondément réformé l’institution du mariage, notamment en :
- fixant l’âge minimum légal du mariage à 18 ans pour les deux sexes – rendant illégal le mariage des femmes mineures ;
- attribuant à la mère les mêmes droits parentaux que le père ;
- consacrant l’égalité entre épouse et époux dans la gestion des biens ;
- intégrant l’épouse à l’ordre de succession du mari, avec un droit à un quart de la masse successorale.
Cette dernière mesure a facilité l’accès des femmes aux biens immobiliers et fonciers, comme la terre ou les plantations. Déjà, en 2015, une loi d’orientation agricole avait garanti un accès équitable aux terres agricoles, sans distinction de genre.
La loi sur les quotas politiques de 2019 a quant à elle assuré une meilleure représentation des femmes dans la vie publique. Elle impose un minimum de 30 % de candidates dans toutes les instances élues et rend obligatoire l’alternance hommes-femmes dans les scrutins de liste.
En décembre 2021, le gouvernement ivoirien a par ailleurs fait adopter une loi, pionnière en Afrique, contre les violences domestiques, sexuelles et basées sur le genre. Le texte a introduit des ordonnances de protection d’urgence, supprimé l’obligation de fournir un certificat médical pour porter plainte et imposé la formation des forces de l’ordre aux violences liées au genre. En parallèle, conformément à la loi de 2015 sur l’éducation obligatoire, les autorités ivoiriennes ont œuvré à réduire l’écart scolaire entre les garçons et les filles, le faisant passer, entre 2014 et 2021, de 12 à 5 points dans le primaire, et de 14 à 6 points pour le secondaire.
Un rôle pionnier reconnu à l’international
Au-delà de ces avancées législatives, l’exécutif ivoirien a œuvré à faire évoluer les mentalités, notamment par de vastes campagnes en faveur de la « masculinité positive ». « Concernant par exemple les mutilations génitales féminines, 34% des hommes en Afrique soutiennent ces pratiques, contre seulement 18% en Côte d’Ivoire. Il y a encore du travail à faire, mais c’est positif », pointait ainsi Euphrasie Yao en septembre 2024.
Certes, la société ivoirienne n’est pas encore pleinement égalitaire – selon l’OCDE, en 2023, 27 % des jeunes femmes étaient mariées avant 18 ans, 21 % avaient subi des mutilations génitales et 15 % des violences domestiques. Le gouvernement lui-même reconnaît l’ampleur du travail restant à accomplir. La publication du rapport SIGI de 2024 a ainsi conduit le Premier ministre Robert Mambé à affirmer que « [ces résultats] vont nous aider à identifier, à planifier, à corriger les écarts existants et surtout mettre en évidence les inégalités régionales en Côte d’Ivoire, dressant ainsi une cartographie précise des défis qui sont les nôtres ».
Ce parcours confère à la Côte d’Ivoire une légitimité sur la scène internationale. Cette coopération avec la Norvège renforce le rôle du pays au sein des instances panafricaines et internationales en matière d’égalité de genre. En mars 2025, lors de la 69e session de la Commission de la condition de la femme à l’ONU, plusieurs représentants ivoiriens, dont Euphrasie Yao, ont présenté en détail les actions réalisées, en cours et à venir — invitant d’autres États, notamment africains, à s’en inspirer.







