Ezymob veut devenir le Citymapper des personnes handicapées

La start-up Ezymob lance une application mobile destinée à faciliter les déplacements des personnes en situation de handicap, des seniors et du grand public.

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Ezymob veut devenir le Citymapper des personnes handicapées © Social Mag

Douze millions de personnes vivent avec un handicap en France. Un quart de la population française aura plus de 65 ans d’ici 2040. Ces chiffres posent une question simple : comment permettre à ces millions de citoyens de se déplacer de manière autonome dans des villes pensées, pour l’essentiel, par et pour des personnes valides de moins de 60 ans ? La réponse d’Ezymob tient dans une application mobile qui ambitionne de couvrir l’ensemble de la chaîne de mobilité, du domicile à la destination finale.

Un parcours du combattant quotidien

Prendre les transports en commun quand on est malvoyant, c’est d’abord deviner quel bus arrive à l’arrêt. C’est ensuite compter les stations pour ne pas rater la sienne. C’est enfin chercher la sortie dans un dédale de couloirs. Pour une personne à mobilité réduite, c’est vérifier si l’ascenseur fonctionne, si la rampe d’accès existe, si le quai est accessible. Pour une personne souffrant de troubles cognitifs, c’est se repérer dans des espaces complexes, décoder des panneaux, anticiper les correspondances.

Autrement dit, ce qui relève de l’automatisme pour la majorité des voyageurs devient un exercice de planification militaire pour des millions d’autres. Le problème, c’est que les solutions existantes traitent ces difficultés de manière fragmentée : une application pour les horaires, une autre pour l’accessibilité des stations, un site web pour les équipements, un numéro de téléphone pour l’assistance. Aucune continuité, aucune cohérence.

Six ans d’expérimentation avant le lancement

Fondée en mai 2020 par Robin Le Gal et Camille Maldjian, deux ingénieurs de Polytech Paris-Saclay, Ezymob n’a pas développé son application dans un laboratoire. L’entreprise a passé six années à expérimenter ses outils auprès de collectivités, d’opérateurs de transport et de gestionnaires de lieux publics. Lyon, Paris, Calais : la start-up a multiplié les déploiements terrain pour comprendre les besoins réels, loin des cahiers des charges théoriques.

Cette démarche de co-construction avec les utilisateurs, les associations et les acteurs du secteur a permis d’identifier une réalité souvent ignorée : les besoins d’orientation et d’accompagnement ne concernent pas un seul type de handicap. Une personne malvoyante n’a pas les mêmes attentes qu’une personne en fauteuil roulant, qui elle-même diffère d’une personne atteinte de troubles cognitifs. Et pourtant, toutes se heurtent aux mêmes ruptures dans la chaîne de mobilité.

Une application qui s’adapte au profil de l’utilisateur

La nouvelle version d’Ezymob repose sur une logique de personnalisation. L’utilisateur sélectionne ou se voit proposer un profil adapté : déficience visuelle, troubles cognitifs, mobilité réduite, senior ou utilisation sans besoin spécifique. L’interface, les fonctionnalités et les modalités d’accompagnement évoluent alors automatiquement. Pas besoin de changer d’application, pas de fragmentation de l’expérience.

Concrètement, l’application couvre trois phases du déplacement. Avant le départ, elle permet de consulter les horaires, de suivre l’information trafic en temps réel, de préparer un itinéraire adapté et d’identifier les arrêts et équipements accessibles. Pendant le trajet, elle accompagne l’utilisateur avec des alertes contextuelles, un comptage d’arrêts et un guidage lors des correspondances. À destination, elle propose des fonctionnalités d’orientation et de guidage, ainsi que l’accès aux informations sur les équipements et les conditions d’accessibilité.

Quatre technologies au service de l’autonomie

Ezymob intègre plusieurs briques technologiques développées en interne. Ezyscan s’appuie sur l’intelligence artificielle pour aider l’utilisateur à identifier certains éléments de son environnement, comme des portes de véhicules ou des places disponibles. Ezyway offre un guidage de précision avec une localisation au mètre près et un accompagnement audio immersif dans les espaces complexes. Ezysafe permet de partager son trajet avec une personne de confiance, qui peut suivre les principales étapes du déplacement en temps réel via une interface web dédiée. Enfin, Ezy.AI apporte une assistance conversationnelle pour faciliter la recherche d’informations et la navigation dans l’application.

Ces outils ne sont pas de simples gadgets. Ils répondent à des situations concrètes rencontrées quotidiennement par les utilisateurs. Le guidage audio immersif, par exemple, permet à une personne malvoyante de se repérer dans une gare sans avoir à solliciter en permanence l’aide d’un tiers. Le partage de trajet rassure les proches et les aidants, tout en préservant l’autonomie de la personne.

Un marché en expansion, des besoins sous-estimés

Au niveau mondial, 22 % de la population est en situation de handicap. En France, les projections de l’INSEE indiquent que près d’un quart de la population aura plus de 65 ans d’ici 2040. Le vieillissement de la population n’est pas une hypothèse lointaine, c’est une réalité démographique qui se traduit déjà dans les transports publics. Les difficultés de déplacement ou d’orientation peuvent être temporaires ou permanentes, liées à l’âge, à un accident, à une maladie.

Dans ce contexte, l’enjeu ne se limite plus à l’accessibilité des infrastructures, c’est-à-dire à la présence d’ascenseurs ou de rampes d’accès. Il concerne également la capacité à accéder à une information compréhensible et adaptée, à préparer son déplacement et à mieux appréhender son environnement tout au long du parcours. Pour les collectivités, les opérateurs de transport et les gestionnaires de lieux, ces évolutions impliquent de proposer des services capables de répondre à une diversité croissante de besoins et de situations.

Une dynamique politique favorable, des résultats à vérifier

Le lancement de cette nouvelle version intervient dans un contexte politique marqué par la Conférence nationale du handicap 2026, qui a fixé 16 engagements pour les trois prochaines années. Parmi eux, le lancement d’une stratégie nationale et territoriale de l’accessibilité et la volonté de mettre les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle au service de l’autonomie. Ces orientations font directement écho aux enjeux auxquels Ezymob répond depuis sa création.

L’application est déjà disponible dans plusieurs villes de France, dont Lyon, Paris et Calais. Son succès dépendra de sa capacité à convaincre les collectivités et les opérateurs de transport de l’intégrer dans leurs services, et surtout de sa capacité à répondre aux attentes des utilisateurs sur le terrain. Car en matière d’accessibilité, les bonnes intentions ne valent que si elles se traduisent par des usages réels et une autonomie retrouvée.

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