Le phénomène de l’abandon des études prend de l’ampleur en France et a des répercussions importantes sur le chômage des jeunes, contribuant au déclassement générationnel. Selon une enquête publiée par l’Insee le mardi 17 février, l’abandon d’études entraîne un risque de chômage 33 % plus élevé pour les jeunes concernés, par rapport à ceux qui vont au bout de leur formation. Cette tendance interroge l’avenir professionnel d’une génération.
L’abandon scolaire, ça concerne beaucoup de jeunes
En 2024, la population française des 15–34 ans compte environ 16 millions de personnes. Parmi elles, 20 % auraient abandonné une formation commencée, contre 14 % en moyenne dans l’Union européenne. La France se situe donc au‑dessus de la moyenne européenne.
Les ruptures surviennent souvent à des étapes clés : la troisième année de licence, la deuxième année de BTS, ou encore en classe de terminale. Ce sont des moments qui conditionnent le passage vers l’emploi ou la poursuite d’études ; ne pas les franchir conduit souvent à sortir du système éducatif.
Ce que ça change pour l’insertion professionnelle
D’après franceinfo, les jeunes qui quittent les études avant d’obtenir un diplôme sont beaucoup plus exposés au chômage. À la date de l’enquête, 23 % d’entre eux étaient au chômage ou dans le « halo » autour du chômage. En comparaison, 15 % des jeunes n’ayant pas abandonné leurs études se trouvaient dans cette situation.
L’écart de 8 points de pourcentage illustre la pénalité liée à l’abandon scolaire. Même après avoir pris en compte le niveau de diplôme, l’ancienneté sur le marché du travail, l’origine sociale et le genre, l’Insee relève un risque supplémentaire de 33 % de se retrouver au chômage pour les décrocheurs.
Qualité de l’emploi et inégalités sociales
Au‑delà du chômage, les décrocheurs occupent plus souvent des emplois précaires. 20 % d’entre eux ont des contrats à durée limitée (CDD ou intérim), contre 14 % pour ceux qui ont terminé leur formation. Le temps partiel subi touche 9 % des décrocheurs, contre 5 % des autres. Sur le plan des qualifications, ces jeunes se retrouvent plus fréquemment dans des postes d’ouvriers ou d’employés que dans des fonctions de cadre.
L’origine sociale joue un rôle important : les enfants de cadres se réorientent plus facilement, alors que les enfants d’ouvriers ou d’inactifs ont tendance à arrêter définitivement leur formation après un abandon. Les motifs diffèrent aussi : les premiers évoquent souvent que « les études ne leur convenaient pas », tandis que les seconds invoquent plus fréquemment des raisons financières ou la nécessité de travailler.
