Bien que le changement climatique demeure la préoccupation principale du grand public, l’intelligence artificielle et le big data sont désormais considérés comme les risques majeurs par les experts mondiaux, selon l’AXA Future Risks Report 2026. Cette évolution reflète une prise de conscience accrue de l’IA en tant que menace sociétale concrète, influençant l’emploi, les inégalités et la cohésion sociale.
L’IA en tête des préoccupations des experts : rapport AXA
Le rapport, publié le 13 octobre 2026, repose sur une vaste enquête menée par Ipsos du 14 mai au 24 juin 2026, impliquant 4 345 experts de 62 pays et 24 000 citoyens de 19 pays. Les résultats marquent un tournant dans la perception des risques mondiaux.
Progression rapide : de la 4e à la 1re place en un an
En 2025, l’intelligence artificielle était classée quatrième. En un an, elle a gravi trois places pour atteindre la première position. Parmi les experts, 54 % considèrent l’IA comme un risque en rapide émergence. Ce changement témoigne de la vitesse à laquelle l’IA transforme les économies et les sociétés, ainsi que des incertitudes qui entourent ses effets. Pour la première fois depuis 2013, le changement climatique cède sa place de leader dans le rapport.
Perception publique : l’IA passe à la 2e place
Chez le grand public, l’IA passe de la septième à la deuxième place entre 2025 et 2026. Le changement climatique reste toutefois en tête des préoccupations. Cet écart entre experts et citoyens soulève des questions sur la communication des risques émergents et la capacité des sociétés à anticiper les transformations. Bien que la conscience publique progresse, elle demeure en deçà de l’urgence perçue par les experts.
Conséquences sociales de l’IA : emploi, inégalités, formation
L’ascension de l’IA dans les préoccupations sociales s’explique par son potentiel de bouleversement économique et social. Les experts identifient trois domaines critiques où l’IA redéfinit les règles.
Transformation du marché du travail et requalification
L’automatisation menace des millions d’emplois dans divers secteurs, tandis que de nouveaux métiers nécessitant des compétences techniques apparaissent. Le fossé se creuse entre ceux qui maîtrisent ces outils et les autres. Les entreprises doivent revoir leurs stratégies de formation continue, et les gouvernements peinent à élaborer des politiques de reconversion adéquates. Seuls 9 % des experts estiment que les gouvernements sont préparés aux risques de l’IA, chutant à 3 % en Europe.
Augmentation des inégalités : qui profite de l’IA ?
L’IA profite principalement aux grandes entreprises technologiques, aux travailleurs hautement qualifiés et aux pays développés, laissant de côté les populations vulnérables, les PME et les régions moins connectées. L’accès inégal aux technologies risque d’accentuer les fractures sociales existantes. Sans régulation adéquate, l’IA pourrait davantage creuser les écarts de revenus, d’éducation et d’opportunités. Thomas Buberl, directeur général du Groupe AXA, souligne que « l’assurance est un facteur essentiel de stabilité dans un monde où les risques évoluent rapidement ».
Responsabilité des entreprises : vers une RSE technologique
Les entreprises doivent désormais considérer les conséquences sociales de l’adoption de l’IA. Une nouvelle forme de responsabilité sociétale centrée sur la gouvernance technologique et le dialogue social s’impose.
Gouvernance de l’IA : éthique et transparence
Les entreprises doivent instaurer des comités d’éthique pour évaluer les algorithmes. La transparence est cruciale pour expliquer les décisions automatisées et garantir l’absence de biais discriminatoires. L’accountability exige des mécanismes de contrôle et de recours en cas d’erreurs de l’IA. Les consommateurs et salariés réclament ces garanties. Les entreprises négligeant ces aspects risquent des crises de confiance, comme le montrent d’autres scandales récents.
Dialogue social : importance des partenaires sociaux
Les syndicats et représentants du personnel doivent être impliqués dans les décisions d’automatisation. Le dialogue social permet d’anticiper les suppressions de postes, de négocier des formations et d’organiser la transition professionnelle. Les accords d’entreprise peuvent encadrer l’usage de l’IA dans le recrutement et l’évaluation des salariés. Sans concertation, les transformations technologiques suscitent résistances et conflits. Selon le rapport, 85 % des experts et du public pensent que les risques peuvent être partiellement évités par la prévention.
Démographie et IA : un défi social complexe
L’émergence de l’IA comme risque prioritaire se produit dans un contexte de changements démographiques majeurs. Vieillissement de la population, baisse de la fécondité et allongement de l’espérance de vie redéfinissent les besoins de protection sociale. L’IA pourrait améliorer l’accompagnement des personnes âgées et optimiser les soins, mais aussi accentuer l’isolement ou automatiser les métiers du care. Les assureurs, dont 68 % du public reconnaît le rôle clé, doivent adapter leurs offres. Le secteur évolue vers une logique préventive, comme le souligne le rapport AXA : « L’enjeu pour l’assurance est de protéger et d’anticiper les risques émergents ».
L’intelligence artificielle remodèle la hiérarchie des menaces mondiales. Les entreprises, les gouvernements et la société civile doivent réévaluer leurs modèles sociaux pour anticiper ces bouleversements. La question n’est plus si l’IA transformera nos sociétés, mais comment nous l’encadrerons pour qu’elle favorise l’intérêt général plutôt que d’accentuer les fractures existantes.


