2019, année charnière pour l’intelligence artificielle ?

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  • Publié le: lundi 4 février 2019

La technologie devrait continuer de se démocratiser, cette année, dans les entreprises notamment, tandis qu’un « GIEC de l’intelligence artificielle » va plancher sur les enjeux soulevés par la « numérisation » de notre quotidien.

Il y a quelques semaines se clôturait le CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, grand raout annuel dédié aux nouvelles technologies où se croisent les start-up de la « tech » et les géants du numérique. De la voiture autonome aux enceintes connectées, en passant par la santé et la communication, l’édition 2019 a fait la part belle à l’intelligence artificielle (IA), qui inonde de plus en plus notre quotidien – sans même parfois que nous en ayons conscience. « L’intelligence artificielle est partout présente avec la promesse « d’améliorer notre vie au quotidien ». Les exemples sont multiples : prévisions météorologiques plus précises, appareils électroménagers apprenant les habitudes des consommateurs ou diagnostiquant leurs pannes, dispositifs d’apprentissage adaptés à chaque enfant utilisant la réalité virtuelle, analyse en temps réel de données physiologiques pour anticiper crises d’hypoglycémie ou accidents cardiaques… » constate Cédric Lewandowski, Directeur Exécutif du Groupe EDF Stratégie, Innovation et Responsabilité d’Entreprise. L’occasion aussi pour Google, d’affirmer que d’ici fin janvier 2019, plus d’un milliard d’appareils fonctionneront grâce à l’« assistant personnel intelligent » développé par la firme depuis deux ans (« Google Assistant »).

Transformation digitale de l’entreprise

Cette année doit d’ailleurs marquer la transition d’une IA dite « dématérialisée » (comme les chatbots, ou « agents conversationnels », par exemple) à une IA plus « tangible, grâce à la démocratisation de l’IoT [Internet of Things, ou Internet des Objets, ndlr], expliquait Michael Wu, responsable de la stratégie IA chez PROS, dans une tribune publiée le 17 janvier 2019 sur L’Usine Digitale. « Les algorithmes développés pour faire fonctionner les voitures autonomes seront eux aussi utilisés pour les objets connectés. Les intelligences artificielles développées pourront, grâce à des capteurs implantés dans ces périphériques connectés, réagir à l’environnement proche », d’après Michael Wu.

Si l’IoT fait partie de notre quotidien depuis plusieurs années maintenant, il n’est pas encore intuitif et ne fait qu’exécuter ce qu’on lui demande. Ceci grâce à des scénarios prédéfinis, dans lesquels les « robots » agissent sans comprendre le lien de causalité entre requête et agissement. Au contraire, « en 2019, nous verrons les algorithmes comprendre cela, estime le responsable en stratégie IA. Les machines pourront désormais établir un lien entre la demande et l’action qui en résulte grâce à [l’exploitation de] sources de données de plus en plus diversifiées ». Si « l’intelligence artificielle, ce n’est pas intelligent », pour reprendre les termes de Cédric Villani, député (La République en Marche) et mathématicien chargé par le Premier ministre d’étudier la question de l’IA en France, elle devrait donc tout de même gagner en neurones cette année.

Et les entreprises, notamment, devraient se positionner sur cette technologie dans les prochains mois, parie Michael Wu. Rien de surprenant, puisque certaines d’entre elles ont déjà mis un pied dans l’IA – les lois de la concurrence et de la compétitivité faisant le reste. « Dans les faits, ce sont plutôt les entreprises qui n’adopteront pas cette technologie qui subiront d’importantes conséquences économiques. Pour ces dernières, 2019 sera donc une année charnière », précise-t-il. Ces structures devront en effet convertir leurs salariés et, plus globalement, leur mode de fonctionnement aux avantages de l’IA. Aussi bien en termes d’économie que de temps. Ce qui, dans un premier temps, devrait accélérer la transformation digitale du monde de l’entreprise en France.

« Protéger les intérêts de tous »

Ce qui ne devrait pas rassurer les contempteurs du numérique, qui évoquent depuis quelques années déjà les vagues de suppression d’emplois promises par l’IA. D’après l’écrivain et expert de cette technologie Kai-Fu Lee, d’ici 15 ans, l’IA pourrait effectivement supprimer 40 % des métiers actuels, dans les domaines de la santé, de l’hôtellerie et de la justice, par exemple. Loin de tout catastrophisme, il précise également (à l’attention des sceptiques ?) que le numérique ne pourra jamais diriger quoi que ce soit. Et se cantonnera donc à des tâches répétitives. Car, rappelle Kai-Fu Lee, l’IA est dépourvue de toute capacité d’empathie, et même d’émotions, ce qui l’empêchera de remplacer l’être humain en haut de la pyramide décisionnelle.

Dans son rapport intitulé « Donner un sens à l’intelligence artificielle : pour une stratégie nationale et européenne », remis en mars 2018, Cédric Villani préconise d’ailleurs d’anticiper l’impact sur les emplois de la révolution digitale à venir. Ce qui passe, selon lui, par le développement d’une complémentarité, au sein des entreprises, entre capitaux humain et technologique. Tout en formant de plus en plus de travailleurs à l’IA et, plus généralement, à la mathématique et aux sciences. Mais également (et surtout ?) à l’éthique, l’un des grands enjeux de la démocratisation de l’IA. Alors que la France et le Canada ont créé, le 6 décembre 2018, un « GIEC de l’intelligence artificielle » pour plancher sur le sujet.

Jusqu’où laisser aux algorithmes le contrôle de notre société ? Comment protéger nos vies privées de l’immixtion croissante des robots et autres machines collectrices de données ? Peut-on rendre la technologie IA « responsable » ? Nombre de questions auxquelles le groupe international d’experts (G2IA) devra apporter des réponses. En ayant pour fil rouge « le respect des droits de la personne, l’inclusion, la diversité, l’innovation et la croissance économique », selon la charte fondatrice. Et, ainsi, aboutir à une IA « qui se développe en protégeant les intérêts de tous et les valeurs fondamentales », annonçait Emmanuel Macron en décembre 2018. Le président français de se dire « sensible à la confiance démocratique que ces avancées requièrent ». Une manière de rassurer les derniers réfractaires à la technologie ?

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