La France est-elle capable de garder ses champions industriels ? Un appel à « la simplification »

Ce champion industriel n’est pas un cas isolé. Il est emblématique d’un mal français profond et ancien.

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La France est-elle capable de garder ses champions industriels ? Un appel à « la simplification » © Social Mag

Pendant des années, on a préféré les services à l’usine, la finance à la machine-outil. Aujourd’hui, même une entreprise solide, innovante et mondialement reconnu, le groupe SEB doit tailler dans ses structures pour rester compétitif. Ce plan de restructuration est un signal envoyé à toute la classe politique.

La France : un environnement complexe pour l’industrie

« Simplifier nos organisations et renforcer notre agilité opérationnelle. » Cette phrase, extraite du communiqué accompagnant le lancement du plan Rebond, pourrait passer pour du jargon managérial. Elle est en réalité un cri d’alarme. Car si un groupe industriel mondial comme SEB, fort de marques iconiques telles que Téfal ou Moulinex et d’un portefeuille d’innovation envié dans le monde entier, en arrive à devoir simplifier ses structures pour survivre, c’est que la complexité qui l’entoure est devenue proprement asphyxiante. Ce n’est pas l’entreprise qui est trop complexe. C’est l’environnement dans lequel elle évolue qui l’est devenu.

La complexité, en France, n’est pas un concept abstrait. C’est un quotidien vécu par chaque chef d’entreprise, chaque directeur d’usine, chaque responsable de production. C’est le Code du travail et ses milliers de pages. C’est le droit fiscal et ses subtilités byzantines. C’est l’empilement de normes européennes, nationales, régionales, locales, qui se contredisent parfois entre elles et dont personne ne maîtrise plus la totalité. C’est la multiplication des obligations de reporting, de conformité, de traçabilité, qui mobilisent des armées de juristes et de consultants là où l’on aurait besoin d’ingénieurs et de techniciens sur les lignes de production.

SEB : l’emblème de la difficulté de l’industrie en France

Ce champion industriel n’est pas un cas isolé. Il est emblématique d’un mal français profond et ancien. Depuis trente ans, la France a systématiquement fait des arbitrages défavorables à son industrie. On a augmenté le coût du travail par des charges sociales parmi les plus élevées d’Europe. On a rendu l’énergie plus chère par des taxes et des choix énergétiques contestables. On a complexifié chaque acte de production par des réglementations toujours plus détaillées. Et pendant ce temps, on s’est étonné que les usines ferment, que les emplois industriels disparaissent, que les jeunes ne veuillent plus travailler dans le secteur manufacturier. L’industrie est devenue un repoussoir là où elle devrait être une fierté.

Les résultats 2025 du groupe SEB sont éloquents. Une croissance organique quasi nulle à 0,3 %. Un résultat opérationnel en chute de 25 %. Et pourtant, l’innovation est au rendez-vous. Les produits se vendent. Les consommateurs sont fidèles aux marques. Le problème n’est pas commercial. Il n’est pas stratégique. Il est structurel. Il est systémique. Il est politique. C’est l’écosystème tout entier qui dysfonctionne, pas l’entreprise.

Le plan Rebond de SEB : nécessaire mais douloureux

Quand Stanislas de Gramont, le directeur général de SEB, déclare vouloir « accélérer et renforcer l’impact de nos innovations », il pointe du doigt une réalité cruelle. L’innovation existe. Elle est là. Les laboratoires de R&D travaillent. Les brevets sont déposés. Les produits sont développés. Mais leur impact est dilué, amorti, étouffé par un environnement qui ne permet plus de transformer une bonne idée en profit. Le chemin entre le laboratoire de R&D et la marge opérationnelle est devenu un parcours d’obstacles interminable, semé de taxes, de normes, de contraintes administratives et de formulaires à remplir en triple exemplaire.

La simplification annoncée dans le plan Rebond va se traduire concrètement. Des postes seront supprimés. Des services seront fusionnés. Des process seront rationalisés. Des lignes hiérarchiques seront réduites. Et derrière chaque ligne budgétaire, il y aura des hommes et des femmes qui verront leur quotidien bouleversé, leur emploi menacé, leur avenir assombri. C’est le prix à payer quand un pays laisse la bureaucratie dévorer sa base productive. C’est le prix humain de l’inaction politique.

L’État complexifie alors qu’il devrait simplifier pour sauvegarder son savoir-faire industriel

Il serait trop facile de pointer du doigt la direction de SEB. Elle fait ce que n’importe quel dirigeant responsable ferait dans les mêmes circonstances : adapter l’entreprise à son environnement pour assurer sa pérennité. Mais c’est l’environnement qui devrait s’adapter à l’entreprise. C’est l’État qui devrait simplifier, alléger, faciliter le quotidien de ceux qui produisent, qui embauchent, qui exportent. Au lieu de cela, chaque année apporte son lot de nouvelles obligations, de nouveaux formulaires, de nouvelles contraintes, de nouvelles taxes déguisées en contributions.

La France possède encore des champions industriels. Des groupes qui innovent, qui exportent, qui créent de la valeur sur le territoire national, qui font rayonner le savoir-faire français dans le monde entier. Mais pour combien de temps encore ? Si l’on continue à les étouffer sous la paperasse et les charges, ils finiront par partir. Ou par mourir. Le plan de relance de SEB est un sursaut d’entreprise. Espérons qu’il serve aussi de signal d’alarme pour ceux qui nous gouvernent. Car simplifier les organisations d’une entreprise, c’est bien. Simplifier l’environnement dans lequel elle évolue, ce serait infiniment mieux. Et infiniment plus efficace.

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