En Afrique, la situation des enfants est l’affaire de tous

  • Publié le: mercredi 20 avril 2016

Entre le terrorisme, la pauvreté ou la faim, un grand nombre d’enfants africains sont confrontés à de terribles fléaux aujourd’hui. Certaines entreprises, comme la fondation Children of Africa, créée par Dominique Nouvian, ou les Bridge international academies, au Kenya, fédèrent les initiatives publiques, privées et associatives afin de leur venir en aide.

Sans surprise, le rapport de l’Unicef sur la situation des enfants dans le monde en 2015 annonce que tous les enfants « n’auront pas la même chance de grandir en bonne santé, de recevoir une éducation, de pouvoir réaliser tout leur potentiel et de devenir des citoyens à part entière » dans les années à venir. Ils seront pourtant nombreux. L’Unicef estime qu’il y aura 2,4 milliards de jeunes de moins de 18 ans en 2050, sur une population totale de 10 milliards de personnes.

Les inégalités entre enfants devraient donc persister, et ce malgré les engagements pris par la communauté internationale depuis au moins 25 ans. En effet, en 1990, la Convention relative aux droits de l’enfant reconnaissait ce dernier comme une personne à part entière, disposant de droits devant être respectés au même titre que ceux des adultes. Depuis, des progrès remarquables au bénéfice de millions d’enfants ont été accomplis, mais l’Unicef constate que « les laissés-pour-compte sont encore beaucoup trop nombreux ».

D’après le rapport de l’Unicef, les 20 % d’enfants les plus pauvres dans le monde ont environ deux fois plus de risque de souffrir d’un retard de croissance du fait d’une mauvaise nutrition et de décéder avant l’âge de cinq ans que les 20 % les plus riches. Le rapport révèle également que près de 9 enfants sur 10 chez les 20 % de ménages les plus riches des pays les moins avancés fréquentent l’école primaire, contre seulement 6 enfants sur 10 chez les ménages les plus pauvres. En Afrique de l’Ouest et centrale, l’écart est bien plus important : au Burkina Faso par exemple, 85 % des enfants des ménages les plus riches fréquentent l’école, contre 31 % des enfants des ménages les plus pauvres.

Victimes du terrorisme, de la précarité et de la stigmatisation

Si les enfants africains comptent parmi les principales victimes des inégalités économiques, ils sont également confrontés à d’autres fléaux qui risquent d’affecter les générations à venir et d’affaiblir la société. Ainsi, le nombre d’enfants impliqués dans des attaques-suicides dans la région du lac Tchad, où sévit le groupe islamiste nigérian Boko Haram, a été multiplié par dix en 2015 par rapport à 2014. D’après le rapport « Beyond Chibok » (« Au-delà de Chibok ») publié par l’Unicef le 11 avril dernier, soit deux ans après l’enlèvement par Boko Haram de 276 lycéennes dans le Nord-Est du Nigeria, 44 enfants ont été utilisés dans des attaques-suicides l’année dernière, contre 4 en 2014.

Au cours des deux dernières années, près d’un auteur d’attaque-suicide sur cinq était un enfant, et trois quarts de ces enfants étaient des filles. Le rapport de l’Unicef pointe la situation dramatique de milliers d’enfants, victimes d’enlèvements, d’abus sexuels et de mariages forcés, devenus une arme de guerre aux mains de Boko Haram. « Soyons clairs : ces enfants sont des victimes, pas des responsables », explique Manuel Fontaine, directeur régional de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Tromper des enfants et les forcer à commettre des actes meurtriers est un des aspects les plus atroces de la violence au Nigeria et dans les pays voisins », ajoute-t-il.

Les précisions de M. Fontaine s’avèrent nécessaires car les enfants ayant échappé aux groupes armés, ou qui en ont été libérés, sont souvent perçus comme des risques à la sécurité. Des études de l’Unicef et de l’ONG International Alert montrent que les enfants qui naissent à la suite de violences sexuelles font également face à la stigmatisation et à la discrimination dans leurs villages. Manuel Fontaine constate ainsi que « certaines communautés commencent à considérer les enfants comme des risques pour leur sécurité ».

Les conséquences des attaques de Boko Haram sont nombreuses. Depuis deux ans, les rapts n’ont pas diminué. L’Unicef avance le chiffre de 2 000 mineurs enlevés par le groupe terroriste dans la région où il sévit. Les garçons deviennent des combattants tandis que les filles sont exploitées sexuellement. Afin de fuir le risque d’enlèvement, de nombreux enfants doivent abandonner leur maison et se retrouvent forcés de vivoter dans la rue. A l’occasion de la Journée mondiale des enfants des rues, célébrée le 12 avril, le Consortium of Street Children (CSC), un réseau international d’ONG, révélait des statistiques selon lesquelles les attaques de Boko Haram ont obligé 1,2 million d’enfants nigérians à fuir leur village.

Le réseau d’ONG révélait également des chiffres préoccupants concernant les enfants en situation de rue dans d’autres pays africains. Ainsi, plus de 7 800 enfants béninois travaillent sur les marchés, principalement comme vendeurs de rue. En Ouganda, 44 % des enfants des rues ont entre 5 et 10 ans lorsqu’ils abandonnent leur foyer. Selon le CSC, le Kenya compte entre 250 000 et 300 000 « chokora », du mot swahili désignant les enfants des rues, avec une connotation péjorative. Pour le CSC, une ancienne décharge qui sert de refuge aux enfants dans le quartier de Mlango Kubwa, à Nairobi, illustre la situation des centaines de milliers de mineurs africains sans toit. « Quand les gens voient ces gamins, ils ne les considèrent pas comme des êtres humains », explique Moha, un ancien enfant des rues qui a pu s’en sortir grâce à ses talents de danseur.

En situation de très grande précarité, les enfants des rues ont besoin d’être aidés. Ils peuvent pour cela compter sur une multitude d’associations qui tentent de leur venir en aide, bien que leurs efforts soient insuffisants face à l’ampleur du problème. Lenore Boyd, fondatrice de l’association Alfajiri, donne des cours de dessin aux enfants de Nairobi. « Il s’agit de les pousser à créer. Il ne s’agit pas de leur enseigner ou de leur imposer quoi que ce soit, mais de dire : ‘Racontez votre histoire’. Ils racontent ce qu’ils ont au fond de leur cœur et s’amusent », explique cette artiste australienne.

Faire converger les forces, le pari de Dominique Nouvian

Comme elle, de nombreuses personnes souhaitent apporter des solutions efficaces aux problèmes auxquels sont confrontés les enfants d’Afrique. Toujours au Kenya, Bridge International Academies, un réseau d’établissements scolaires accessibles aux familles à faibles revenus, a ouvert en 2009 sa première école dans le quartier informel de Mukuru, à Nairobi. Grâce à cette société, plus de 100 000 élèves au Kenya, en Ouganda et au Nigeria, issus de familles défavorisées, ont accès à une éducation primaire de qualité. Les élèves de Bridge au Kenya ont de meilleurs résultats que leurs pairs dans les écoles voisines et le total des frais de scolarité par enfant est en moyenne de 74 dollars par an.

Cette expérience démontre que la société civile peut contribuer à créer des conditions propices à l’émergence et pérennisation des initiatives visant à améliorer la situation des enfants. S’il incombe aux pouvoirs publics d’apporter des solutions, tous les secteurs de la société peuvent contribuer à réduire la détresse des enfants. C’est notamment la conviction de la fondation Children of Africa, fondée par la Première dame de Côte d’Ivoire, Dominique Nouvian. Le sixième dîner-gala de la fondation, qui s’est tenu le 11 mars dernier au Sofitel Hôtel Ivoire de Cocody, a rassemblé des personnalités du monde des affaires, de la santé, de l’humanitaire, mais également des politiques et des artistes. La Première dame du Mali, Keïta Aminata Maïga, la princesse Ira von Fürstenberg, l’actrice Catherine Deneuve, la chanteuse Carla Bruni-Sarkozy, l’humoriste Jamel Debbouze ou encore le comédien Franck Dubosc ont pris part à cet événement, qui avait pour objectif de fédérer les forces autour de la cause des enfants victimes de traite. Les fonds récoltés – un peu plus de 4,5 millions d’euros – devraient être consacrés à l’équipement de trois premiers centres d’accueil pour les enfants en difficulté de Côte d’Ivoire à Ferkéssedougou, Bouaké et Soubré.

La présence de célébrités témoigne de la volonté de Mme Nouvian de faire converger toutes les forces de la société, qu’elles soient publiques, privées ou associatives, afin d’apporter des réponses concrètes aux problèmes des enfants. La fondation Children of Africa a également profité de cette soirée pour sensibiliser les participants à l’épineuse question du travail des enfants, un phénomène qu’elle souhaite éradiquer avec l’aide de ses partenaires nationaux et internationaux. Les questions liées à la santé et l’éducation sont également prioritaires pour la Première dame ivoirienne, qui vient par ailleurs d’être nommée ambassadeur spécial du programme de Nations unies pour lutter contre le VIH/sida (ONUSIDA).

Alors que les problèmes sont nombreux et les moyens limités, la solidarité et la mise en commun des initiatives doivent être la priorité de toutes les personnes engagées pour construire un meilleur avenir, plus juste et fraternel, aux enfants africains.

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