Contexte social en France : rien ne va plus

Salariés
  • Publié le: vendredi 20 avril 2018

Air France, Arkéa, Carrefour, SNCF, universités : la France est traversée par une inédite période de fronde. Salariés et étudiants protestent contre un monde où seule la loi du profit compte, au bénéfice d’une infinie minorité de privilégiés.

Comme un air de mai 1968. Cinquante ans après le mouvement de protestation le plus emblématique du XXe siècle, la grogne gagne à nouveau la France. Licenciements et fermetures de magasins chez Carrefour, grèves à la SNCF, pressions sur les salariés d’Arkéa, conflit social s’enlisant chez Air France, universités bloquées et évacuées violemment par les forces de l’ordre… : jamais le contexte social n’a semblé si explosif.

D’un côté, les puissants, qu’ils s’appellent Emmanuel Macron ou Alexandre Bompard (Carrefour), Jean-Pierre Denis (Arkéa) ou Franck Tener (Air France), affirment d’une seule voix œuvrer dans le sens de l’intérêt général. De l’autre, salariés et étudiants se sentent plus que jamais manipulés, mis à l’écart et peu respectés par une classe oligarchique. Un dialogue de sourds entre deux catégories de Français que tout semble opposer. Panorama des principaux points chauds de ce printemps 2018.

Vers une « convergence des luttes » ?

 

À commencer par le mouvement de grève à la SNCF. Débutée le 22 mars, cette première grève « perlée » a déjà fortement perturbé le trafic ferroviaire hexagonal. Les cheminots protestent contre l’ouverture à la concurrence de leur entreprise, dès 2020, et contre la fin de leur statut pour les nouveaux embauchés, qui signifie la fin de l’emploi à vie et de leur retraite spécifique. Si le nombre de grévistes est en légère baisse, le mouvement semble parti pour durer.

L’exaspération sociale n’est pas l’apanage du secteur public. Chez Carrefour, le nouveau PDG, Alexandre Bompard, prévoit un plan d’économies de deux milliards d’euros d’ici 2020, comprenant 2 400 départs volontaires et la cession ou fermeture de 273 magasins Dia (2 100 salariés supplémentaires). Inacceptable pour les salariés, qui dénoncent les 350 millions d’euros versés aux actionnaires du groupe au regard de leur prime de participation pour l’année 2017, fixée à… 57 euros, contre 610 euros l’année précédente. 180 des 220 hyper et supermarchés Carrefour ont été bloqués lors du week-end de Pâques. Une première.

Chez Arkéa aussi, la tension est à son comble. Alors que sa direction s’est engagée dans une guerre de tranchées afin de s’affranchir du Crédit Mutuel, les salariés de la banque rapportent les « pressions » exercées par leur management pour qu’ils soutiennent les ambitions sécessionnistes d’Arkéa. Une « manifestation pour l’indépendance », finalement annulée, a donné lieu en amont à une « escalade de pressions exercées sur les salariés » d’Arkéa, selon la CFDT. Les employés auraient été soumis à une forme de chantage. Pour Laurent Mauduit, de Médiapart, l’initiative de la direction a eu pour conséquence « de transformer l’entreprise en un lieu corporatiste, niant le principe de l’indépendance syndicale et forçant les salariés à défendre une cause patronale ».

Le conflit social s’enlise aussi chez Air France. Débuté en février, il se poursuit encore et ressemble de plus en plus à la grève par intermittence que l’on observe à la SNCF. Les syndicats demandent une augmentation de salaire de 6 %, la compagnie ayant dégagé, l’année dernière, 590 millions de bénéfice. La direction, de son côté, ne veut rien lâcher. Conséquence, jusqu’à 25 % des vols sont annulés certains jours, chaque journée de grève faisant perdre 20 millions d’euros à Air France. La compagnie aurait donc déjà perdu quelque 100 millions d’euros : presque la moitié de la somme que demandent les grévistes.

Ne manquent plus à ce panorama explosif que les étudiants. Protestants contre la loi relative à l’orientation et la réussite des étudiants (ORE), ils bloquent depuis plusieurs semaines plusieurs universités, retardant ou annulant le passage des examens. Lille, Paris, Montpellier, Rennes, Nantes sont concernées. Si le campus de Tolbiac, à Paris, a été évacué vendredi 20 avril au matin par les forces de l’ordre, c’est la prestigieuse Science Po — l’école par laquelle est passé Emmanuel Macron — qui est entrée dans la danse cette semaine. Dans de nombreuses universités, des violences ont éclaté entre étudiants bloqueurs et milices d’extrême-droite.

Vers un monde sans salariés ? 

 

Electrique, ce printemps 2018 dit sans doute quelque chose du monde vers lequel nos sociétés se dirigent. Un avenir où seuls les profits et la rentabilité compteront, dans lequel les salariés seront, plus que jamais, relégués au rang de quantité négligeable, une main-d’œuvre corvéable à merci, licenciable plus facilement – ce que prévoit, justement, la loi Travail 2, instaurée par ordonnance par le gouvernement d’Édouard Philippe.

Certains, outre-Atlantique, imaginent déjà un monde sans salariés. C’est le cas de Jeff Bezos, l’emblématique patron d’Amazon, qui ne se cache pas de vouloir diminuer sa masse salariale autant que faire se peut — pour éviter les grèves, notamment. Un salarié d’Amazon n’est pas satisfait de ses conditions de travail ? Qu’il parte, Jeff Bezos lui signant même un chèque de 2 000 à 5 000 dollars pour aller voir ailleurs. Le groupe travaille aussi d’arrache-pied à la robotisation de ses process, testant sur ses propres salariés, d’ores et déjà très surveillés par d’implacables logiciels, les solutions qui les mettront, finalement, à la porte.

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