Des patrons français qui s’engagent concrètement… et d’autres qui «comprennent»

  • Publié le: vendredi 17 mai 2019

De nombreux PDG de grands groupes tricolores ont spontanément annoncé des efforts pour aider les plus défavorisés. D’autres, comme François-Henri Pinault, PDG du géant du luxe Kering, affirment « comprendre » la colère des « gilets jaunes »… tout en multipliant leur rémunération à des niveaux records. La déconnexion est totale.

Participer à l’effort commun. Depuis le début de l’inédit mouvement social des « gilets jaunes », symbole de cette France périphérique qui n’arrive plus à boucler ses fins de mois, de nombreux patrons français ont fait, publiquement, preuve d’une certaine empathie envers leurs concitoyens moins fortunés. Plusieurs d’entre eux ont ainsi accédé à la demande du président de la République, Emmanuel Macron, souhaitant que les entreprises qui le pouvaient versent, à la fin de l’année 2018, une prime exceptionnelle à leurs salariés.

Les grands patrons français s’engagent sur du concret

D’autres encore, principalement à la tête d’entreprises de réseaux ou de grande consommation, implantées sur tout le territoire français, ont annoncé une série d’engagements concrets, liées à leur cœur de métier ou à leur force de frappe en tant qu’employeurs. Un appel signé par des PDG d’une douzaine de grands groupes tricolores, comme Jean-Laurent Bonnafé (BNP-Paribas), Alexandre Bompard (Carrefour), Nicolas Théry (Crédit Mutuel), Emmanuel Faber (Danone), Antoine Frérot (Véolia) ou, à nouveau, Stéphane Richard (Orange).

Nous sommes « conscients que de nos choix concrets, à tous – citoyens, salariés, épargnants, dirigeantes et dirigeants d’entreprise – dépend la société française que nous allons contribuer à construire ensemble », ont ainsi déclaré ces grands patrons dans un appel commun, publié en décembre dernier. Leurs propositions, aussi diverses que les entreprises représentées, s’articulent autour de deux volets : résoudre la problématique des fins de mois difficiles, d’une part, et mobiliser la capacité d’insertion et de formation de ces groupes, de l’autre. Les dirigeants de ces grandes entreprises se sont, notamment, engagées à doubler leur nombre d’apprentis d’ici à 2020, pour parvenir au nombre de 35 000 personnes concernées.

Le double discours de François-Henri Pinault

Voici pour les actes. Et puis il y a les mots. Comme ceux du milliardaire François-Henri Pinault, PDG du groupe de luxe Kering, le numéro deux mondial du secteur après LVMH. Un matin de novembre dernier, le fils du fondateur du groupe familial PPR, François Pinault, a déclaré sur les ondes de la radio RTL « comprendre » le mouvement des « gilets jaunes ». « On est déjà dans un pays où les inégalités sont fortes, si en plus les inégalités augmentent et que vous n’avez pas de perspectives de pouvoir progresser socialement et que votre pouvoir d’achat mécaniquement baisse, c’est insupportable », a même cru bon d’ajouter le patron de Kering.

La main sur le cœur, ce François-Henri. Jusqu’à une certaine limite, cependant : on vient en effet d’apprendre que le PDG du groupe de luxe, propriétaire, entre autres, de Gucci et d’Yves Saint Laurent, a touché pour le seul exercice 2018 une rémunération faramineuse de 21,8 millions d’euros. Soit une progression de quelque 700% par rapport à l’année précédente, à la fin de laquelle il n’avait touché « que » 2,7 millions d’euros. « C’est l’équivalent de quatre ou cinq fois ce que gagne normalement un dirigeant du CAC 40 », s’offusque légitimement Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest, un cabinet spécialisé dans la rémunération des grands patrons.

Dans le détail, la rémunération de François-Henri Pinault se décompose en trois parts : son salaire fixe, qui reste stable à 1,2 million d’euros ; sa part variable qui augmente, elle, de 38% pour s’établir à 1,944 million ; et, surtout, sa rémunération variable pluriannuelle (l’équivalent de plans d’incitation à long terme), qui atteint quant à elle le montant spectaculaire de 18,6 millions d’euros, correspondant aux 21 000 « KMU », des unités monétaires propres au groupe, que son conseil d’administration a attribué au PDG en 2014 et 2015. Soumises à des critères de performance boursière, ces « KMU » sont, désormais, monétisables.

Emotion et incompréhension

Quels que soient les bons résultats du groupe, ce niveau de salaire ne peut que susciter l’émotion. Et l’incompréhension d’une partie non-négligeable des propres actionnaires de Kering, dont un article des Echos nous apprend que seuls 45% d’entre eux ont approuvé les délirants émoluments de François-Henri Pinault. Un patron qui « comprend » la colère des Français les plus défavorisés, mais qui a semble-t-il surtout compris qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. A l’heure où Kering vient d’être condamné à verser 1,2 milliards d’amende pour avoir fraudé le fisc italien, est-ce le bon signal à envoyer ?

 

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