Chômage en banlieue : le secteur privé au secours de la puissance publique

Europacity banlieues chômage
  • Publié le: lundi 13 août 2018

En juillet dernier, le gouvernement a présenté une batterie de mesures pour lutter contre le chômage dans les quartiers prioritaires. Mais des solutions innovantes se développent déjà au sein de ces territoires. Des grands groupes comme Uber ou le projet EuropaCity redistribuent déjà les cartes économiques et bousculent une situation sociale trop longtemps sclérosée.

 

« On compte sur vous », a lancé Julien Denormandie, secrétaire d’État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, aux représentants du groupe d’intérim Adecco, la Fédération régionale des travaux publics (FRTP) d’Il-de-France et AccorHotels Group, les trois premières sociétés à avoir signé, mercredi 11 juillet, le Pacte avec les quartiers pour toutes les entreprises (PAQTE).

Composé de nombreuses mesures, ce dispositif cherche à favoriser l’insertion professionnelle des habitants des quartiers prioritaires, qui « ont deux fois moins de chances d’avoir accès à un entretien d’embauche », comme l’a rappelé le secrétaire d’Etat.

Adecco, la FRTP d’Île-de-France et le groupe Accor se sont notamment engagés à recruter des stagiaires, des alternats ou encore des intérimaires issus des quartiers prioritaires de la ville (QPV). De son côté, le gouvernement a promis d’allouer 15 millions d’euros dès 2019 à des associations « structurantes qui ont fait la preuve de leur utilité » sur le terrain.

Des mesures qui restent cependant en deçà des besoins, selon les élus locaux. Alors que plus de 42 % des habitants de ces quartiers vivent en dessous du seuil de pauvreté et que 25 % sont au chômage, le plan d’action présenté par le gouvernement constitue « une myriade de mesures, dont une grande partie est déjà connue », estime La Gazette des communes. Pour de nombreux élus, il est crucial d’encourager le déploiement d’entreprises et de projets au sein même des territoires, de manière créer massivement de nouvelles offres d’emploi.

 

EuropaCity : emplois, culture et loisirs à la portée de tous

Car si d’importants projets se développent actuellement, ils ne sont pas sans bousculer l’économie locale et soulever les polémiques.

C’est notamment le cas de l’écoquartier EuropaCity, que de nombreux opposants accusent de détruire l’environnement au profit de « l’hyperconsommation et le bétonnage ». Une opposition altermondialiste confrontée à des élus et des responsables associatifs locaux qui défendent bec et ongle ce projet. Ils y voient une occasion unique de désenclaver un territoire périphérique fortement touché par le chômage des jeunes. « S’il est essentiel de protéger l’agriculture, il est aussi injuste de refuser tout projet de développement aux habitants des banlieues Est et Nord du Val-d’Oise », fait valoir Jean-Pierre Blazy, maire socialiste de Gonesse.

S’étendant sur 80 hectares sur le Triangle de Gonesse, entre les aéroports de Roissy et Le Bourget, le projet EuropaCity prévoit la création d’un centre commercial, une salle de concert, un centre de congrès, deux salles d’expositions, des restaurants, des hôtels de luxe, mais aussi une ferme et un parc urbains. Jean-Pierre Blazy, qui se réjouit de voir se développer une telle offre économique et culturelle dans un territoire si souvent négligé, se félicite tout particulièrement des engagements pris par EuropaCity en matière d’emploi (10 000 postes à la clé, et même 50 000 sur le Triangle de Gonesse) et de formation (3 500 personnes formées deux ans avant l’ouverture puis 1 000 par an à partir de l’ouverture).

 

Uber, une opportunité pour les jeunes issus de l’immigration

Un optimisme partagé par le sénateur socialiste Rachid Temal, pour qui les habitants du département ne devraient pas avoir à se contenter de « regarder passer les avions », mais « bénéficier des emplois et de la richesse » annoncée par le projet. EuropaCity a également reçu le soutien de Philippe Sueur, vice-président (LR) du Conseil départemental du Val-d’Oise, Arnaud Bazin, sénateur (LR) du Val-d’Oise ou encore les écologistes d’EELV, qui avaient soutenu, en 2008 et 2013, le projet d’urbanisation de 300 hectares du Triangle de Gonesse.

Comme EuropaCity, de multiples entreprises créent de nouvelles opportunités sur le marché de l’emploi. C’est notamment le cas d’Uber, accusé par les chauffeur de taxi de menacer leur activité mais qui constitue une véritable chance pour les populations des quartiers populaires. En effet, « la plupart des chauffeurs Uber sont des enfants d’immigrés. Ces jeunes qui ne croyaient plus au système ni a l’État se disent maintenant “pourquoi pas moi ?”. Quelle politique publique d’intégration peut en dire autant ? », souligne Germain Brion, fondateur de la start-up Innovation 31. Et d’ajouter : « Les dimensions d’intégration, d’ascenseur social et de libérations des énergies doivent être prises en compte dans les débats dont Uber est l’objet ».

C’est le manque d’initiatives économiques qui a longtemps handicapé la banlieue. Privés du train de l’innovation et du changement par des responsables politiques paternalistes, des pans entiers de la population française ont longtemps été contraints de multiplier les petits boulots, d’alterner les périodes de chômage et dans le meilleur des cas, de se contenter d’un emploi dans la fonction publique. Mais ces populations, jeunes et dynamiques, ne réclament pas de l’aide : ils réclament des opportunités. C’est justement le secteur privé, plus souple, plus audacieux et souvent plus novateur qui est le plus à même de bousculer l’économie, dans un cycle permanent de « destruction créatrice ». Autant de possibilités de nouveaux emplois et de croissance économique !

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