Les banques à l’âge du numérique : cataclysme pour l’emploi ?

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  • Publié le: vendredi 8 novembre 2019

D’après une étude de l’Institut Sapiens publiée l’an dernier, le secteur bancaire français n’emploiera plus personne d’ici 2050. En cause, les sirènes de « la révolution digitale » auxquelles bon nombre de dirigeants sont incapables de résister, quoi qu’il en coûte.

Politique-fiction. Dans quelques dizaines d’années, le chômage ne sera plus qu’un vieux terme quasiment oublié, inutilisé — mis au chômage, pour ainsi dire. Car le numérique aura pris tant de poids et d’espace que les robots auront totalement remplacé (ou presque) les êtres humains dans leurs tâches laborieuses. Si bien que parler de taux d’emploi et autre courbe du chômage relèvera de l’absurdité.

Nous sommes encore très loin (en théorie comme en pratique) de cette robotisation globale du monde du travail, et donc de la mise sur le carreau de ses travailleurs. Mais le rêve tricoté par Emmanuel Macron, celui de voir émerger une véritable « start-up nation » — ou une « France numérique » —, en jette toutefois les bases. Et commence, petit à petit, à s’accompagner des externalités négatives tant redoutées : destruction d’emplois, précarité, faillite…

« Fort bouleversement sous l’effet du numérique »

 

C’est dans le secteur bancaire, que l’impact négatif du numérique est le plus criant : d’après les chiffres de l’institut Sapiens, en 1986, il comptait ainsi 356 000 emplois (1,8 % de l’emploi total) ; il n’en compte « plus » que 221 000 en 2016 (0,9 % de l’emploi total). Une diminution des effectifs de près de 40 % en 40 ans, d’ailleurs appelée à s’accélérer, puisque toujours selon l’Institut, la « date d’extinction estimée » des employés de banque se situe entre 2038 et 2051.

« Le secteur de la banque connaît un fort bouleversement sous l’effet du numérique. Le développement des Fintech [start-up de la finance] disrupte un secteur qui était jusque-là relativement protégé, explique la note intitulée “L’impact de la révolution digitale sur l’emploi” remise par l’Institut en août 2018. La banque et les assurances ne comptent plus que 253 000 employés [et risquent] de n’en compter plus aucun » d’ici une trentaine d’années.

Une tendance bien visible dans l’Hexagone : la direction de la banque bretonne Arkéa, filiale du Crédit Mutuel, a ainsi, d’un côté, fait le choix d’investir massivement dans les Fintech — un secteur qui s’apparente de plus en plus à une « bulle » selon certains observateurs —, et démembre, de l’autre, une à une toutes ses agences, qui ont vu leur nombre d’employés diminuer de 114 en 3 ans. D’après les syndicats, Arkéa a ainsi fermé 67 points de vente depuis 2013.

De son côté, la Société Générale, qui a annoncé la refonte de son réseau de détail en en 2015, en raison notamment du « virage du numérique », a ainsi programmé la suppression de 3 450 postes en France d’ici 2020. Fin août, la première banque française, la BNP Paribas, confirmait pour sa part son intention de supprimer 20 % des effectifs de sa filiale de conservation de titres.

Un mal qui n’est évidemment pas propre à la France : outre Atlantique, un récent rapport de Wells Fargo & Co. prévoit par exemple une érosion imminente des emplois dans l’industrie bancaire américaine, avec 200 000 suppressions de postes dans les 10 prochaines années. Ceci, évidemment, étant dû à l’automatisation rampante des établissements bancaires, qui investissent quelque 150 milliards de dollars par an dans les nouvelles technologies.

 

Aucun secteur épargné

 

Idem, le nombre d’employés dans le secteur de la comptabilité n’a cessé de chuter depuis 2004 (-23 %) pour atteindre 300 000. « La tendance est depuis quelques années à l’externalisation du métier de comptable, à l’instar de celui de secrétaire, où celui-ci est partagé entre plusieurs entreprises afin de mieux en réduire le coût », d’après l’Institut Sapiens. Qui entrevoit une « seconde vague de diminution » avec l’arrivée de la technologie et, plus particulièrement, des « logiciels intelligents ».

On pourrait égrainer ainsi de nombreux exemples similaires, des ouvriers de manutention (« date d’extinction estimée située entre 2071 et 2091 ») aux employés de libre-service (« entre 2050 et 2066 »). Et si certains observateurs aiment à clamer que la révolution numérique permet de créer des emplois, plus qu’elle n’en détruit, les nombreuses faillites auxquelles sont en proie les Fintech — Marie Quantier, Sharepay, Ipagoo, Lendy, etc. — tendent à démontrer le contraire. Le rêve présidentiel a donc un prix.

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