Futur énergétique de la France : du renouvelable mais pas que

  • Publié le: dimanche 29 novembre 2015

Le découplage entre consommation d’énergie et rejets de CO2 est aujourd’hui rendu possible par l’accentuation des efforts consentis en matière de production renouvelable et de décarbonisation de nos systèmes énergétiques. A quelques heures de l’ouverture de la COP21, focus sur les filières renouvelables les plus prometteuses, et les perspectives qu’elles offrent pour la production d’électricité en France au 21ème siècle. 

Le développement d’une électricité d’origine renouvelable représente l’un des enjeux essentiels de la mise en place d’un nouveau modèle énergétique, conforme aux attentes de la communauté internationale et aux engagements pris par l’Union européenne (UE) dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Fournies par le soleil, le vent, la chaleur de la terre, les chutes d’eau, les marées ou encore la croissance des végétaux, ces énergies n’engendrent pas ou peu de déchets et d’émissions polluantes. Elles participent à la lutte contre l’effet de serre et les rejets de CO2 dans l’atmosphère, et facilitent la gestion raisonnée des ressources locales. Tandis que Paris accueille la COP21 et que la France est engagée depuis l’été dans « sa » transition énergétique, il convient de faire un point sur les « énergies de demain ».

L’énergie solaire de plus en plus compétitive

L’énergie solaire, tout d’abord (qu’elle soit photovoltaïque ou thermique), longtemps freinée dans son développement à cause de coûts trop élevés, est devenue en l’espace de quelques années une alternative énergétique des plus prometteuses. Elle tend même, aujourd’hui, selon l’analyse du cabinet Alcimed, vers la parité réseau, à savoir la rentabilité sans subvention. Le prix de l’électricité solaire n’a jamais été aussi bas et de nombreux pays bénéficiant d’un fort ensoleillement lancent désormais de nouvelles installations indépendamment des mécanismes de soutien étatique.

En France, le prix moyen de l’électricité produite dans la filière solaire s’établit actuellement à 87 euros le mégawatheure (entre 70 et 110 euros par MWh) pour les grandes centrales au sol, soit un niveau équivalent à celui de l’éolien terrestre (85 euros). Le gouvernement français a par ailleurs relevé cet été son objectif de puissance solaire installée à 8.000 MW d’ici fin 2020, bien au-dessus des 5.400 MW visés lors du Grenelle de l’environnement. Si le solaire a représenté 1,1 % de la production d’électricité en France en 2014, cette part ne peut qu’augmenter dans les prochaines années. Certaines entreprises rivalisent d’ailleurs d’ingéniosité pour insérer le photovoltaïque dans leur activité, comme en témoigne la « route solaire » récemment mise au point par Colas.

L’énergie éolienne repart à la hausse

L’énergie éolienne a dépassé quant à elle les 10.000 MW de puissance installée en France au mois de septembre dernier. Une évolution retardée compte tenu des prévisions (le premier objectif intermédiaire fixé en 2009 prévoyait l’installation de 10.500 MW au 31 janvier 2012), mais qui devrait repartir progressivement à la hausse depuis la simplification des démarches administratives et la sécurisation du tarif d’achat éolien mis en place en 2014.

Le parc éolien français produit désormais 4,1 % de la consommation électrique nationale, contre 3,8 % au premier semestre 2014. Concernant l’éolien offshore, la puissance des projets en file d’attente s’élève désormais à 3,1 GW. Toutefois, le démarrage de la production n’est pas prévu avant la fin de la décennie.

La filière biomasse au ralenti

La filière biomasse s’est elle aussi largement développée depuis le début du 21e siècle, au grès des appels d’offre de la commission de régulation de l’énergie, qui contrôle scrupuleusement la croissance de l’activité dans ce secteur. Elle comprend la combustion du bois, les biocarburants ou le biogaz, mais reste encore relativement chère pour la production d’électricité.

Le secteur ne comptait, fin 2013, que 28 sites de production d’électricité, pour une puissance de 303,7 MW qui devrait passer d’ici la fin de l’année à plus de 500 MW, au regard des projets en cours de finalisation. Cela étant, et même si la France dispose des ressources nécessaires en bois, l’objectif commun avec la filière des déchets urbains renouvelables, fixé à 2.382 MW de puissance installée d’ici 2020, paraît en l’état actuel des choses très peu probable.

De nouvelles pistes de développement pour l’hydroélectricité

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement et de la Programmation pluriannuelle des investissements évoquée par le gouvernement, la production d’électricité hydraulique devra tenir son rôle de première énergie renouvelable française et participer pleinement à la réalisation des objectifs de transition énergétique. Il est prévu pour cela une augmentation de la puissance de pointe de la filière hydraulique de 3 GW, ainsi qu’une production supplémentaire de 3 TWh à l’horizon 2020 par rapport à son niveau de 2006. Des objectifs largement réalisables compte tenu du potentiel de production supplémentaire de 10,6 TWh par an envisagé et partagé actuellement entre la réalisation de nouvelles installations (pour 9,5 TWh) et l’aménagement d’équipements existants (pour 1,1 TWh).

De faible capacité mais présentant toutes les qualités d’une énergie propre, stable, et durable, la petite hydraulique devrait dans ce cadre jouer un rôle significatif et offrir de nouvelles pistes de développement pour la filière hydraulique française. Construites au fil de l’eau, les petites centrales hydrauliques (PCH) regroupent l’ensemble des installations dont la puissance est inférieure à 10 MW et représentent un potentiel estimé à plus de 1.000 MW sur le territoire français.

Une filière géothermique en plein essor

Permettant de produire de l’électricité ou de générer chaleur et électricité, la filière géothermique française est actuellement en plein essor. Elle consiste dans l’exploitation de milieux souterrains fracturés à forte perméabilité, situés entre 300 et 3.000 mètres de profondeur, et dont la température varie entre 200 et 300 C°. L’eau est ainsi remontée à la surface sous forme de vapeur afin d’alimenter une turbine et produire de l’électricité. La géothermie, contrairement au photovoltaïque, à l’éolien et à l’hydraulique, est donc indépendante de toute condition climatique, ce qui reste son très gros avantage.

La production électrique géothermique représente en France 1,5 TWh, soit 1,5 million de KWh par an, et devrait poursuivre sa progression dans les années à venir. La France dispose en effet d’un potentiel de 2.700 MW d’électricité géothermique, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires.

L’énergie nucléaire, une énergie complémentaire ?

La loi relative à la transition énergétique en France, promulguée le 18 août dernier, a porté la part des énergies renouvelables à 40% de la production d’électricité en 2030, et réaffirmé ainsi la nécessité de poursuivre l’effort d’investissement et d’innovation pour en assurer le développement.

Reste à savoir, cependant, si le développement croissant de ces énergies, aussi prometteuses soient-elles, sera suffisant dans les années à venir pour se substituer aux combustibles fossiles et assumer à elles-seules les exigences de notre système de production énergétique. Leur vitesse de croissance actuelle nous permet aujourd’hui d’en douter et impose une énergie de complément décarbonée, capable d’accompagner cette transition énergétique sans pour autant augmenter le risque climatique.

L’urgence du dérèglement demande en effet de réduire drastiquement, et dans les plus brefs délais, les émissions de gaz à effet de serre, et cela ne pourra se faire sans le recours et l’exploitation de toutes les énergies décarbonées valables. Un constat qui remet inévitablement l’énergie nucléaire, énergie bon marché et non émettrice de CO2, au centre de la stratégie énergétique française du 21ème siècle.

 

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