Violences physiques : l’intérêt général menacé

  • Publié le: mardi 25 juillet 2017

En France, 16 % des personnes de plus de 16 ans ont subi des atteintes personnelles hors vols et hors ménage. Pour 24 % d’entre elles, l’agression la plus récente a eu lieu lors de l’exercice de leur métier. Les enseignants, les infirmières, les policiers et autres représentants de l’intérêt général sont les plus exposés.

 

Les chiffres ont été mis au jour par l’enquête « Cadre de vie et sécurité », réalisée entre 2007 et 2016 auprès de personnes âgées de 14 ans et plus en France métropolitaine. Et les résultats sont inquiétants. 16 % des sondés ont été victimes d’injures, menaces ou violences physiques. Pour près d’une victime sur quatre, l’acte a eu lieu alors qu’elle était en train d’exercer son métier.

Mais les situations sont extrêmement variées. Le taux des personnes ayant subi des violences sur leur lieu de travail est supérieur à 50 % parmi les enseignants, chauffeurs, personnels de santé, policiers, militaires et autres professions dont l’exercice suppose de nombreux contacts avec le public.

Les insultes et les injures sont les actes les plus communs pendant l’exercice du métier (7 fois sur 10), mais pour certaines activités, comme les commerçants et assimilés, les menaces représentent 34 % des violences subies. Pour les policiers et les gendarmes, les agressions physiques constituent le principal risque (13 %).

L’enquête « Cadre de vie et sécurité » vient hélas confirmer des situations connues depuis des années, notamment dans l’Éducation nationale. Selon la première enquête de victimation dans l’enseignement secondaire, la situation des professeurs est en effet « marquée par le harcèlement et les injures ».

 

De plus en plus de secteurs concernés

Réalisée en 2013 auprès de 20 000 personnels de l’enseignement, l’enquête de la délégation ministérielle pilotée par Éric Debarbieux révèle que 11 % des personnels se sentent en insécurité dans leur établissement, un chiffre qui atteint même 20 % en ZUS (zone urbaine sensible). Si les violences physiques restent minoritaires (1 % des enseignants ont été frappés, 5 % bousculés), les insultes « pleuvent » (5 % à 37 % selon les régions). Mais ils ne sont pas les seules victimes.

Moins connue du grand public, la violence contre les personnels de santé est même plus répandue. D’après les résultats de l’Observatoire de la sécurité des médecins, 968 incidents ont été déclarés en 2016. Il s’agit du nombre de déclarations le plus important depuis la création de l’Observatoire en 2003, ce que l’Ordre des médecins qualifie sans surprise de « préoccupant ». Or l’impunité semble de mise, 56 % des agressions n’entraînant pas de suites légales, soit la « proportion la plus élevée depuis la création de l’Observatoire ».

Le phénomène concerne même les employés des bureaux de poste, pourtant censés établir une certaine proximité relationnelle avec l’usager. À Marseille, le bureau de la Canebière a dû rester fermé pendant plusieurs jours en mai dernier « suite à une nouvelle agression au guichet ». Interrogé par le quotidien régional La Provence, le syndicat Sud APT13 dénonce « les violences et les incivilités du public » et évoque un climat qui « se dégrade depuis l’année dernière et la rénovation du bureau ».

Repli sur la sphère individuelle

Les agressions se multiplient aussi… contre les électriciens. Depuis plusieurs mois, les sites internet complotistes colportent des rumeurs à propos du compteur électrique Linky (il est notamment accusé de menacer la vie privée). Une agitation qui échauffe les esprits, et de nombreux techniciens du groupe français Enedis (ex-ERDF) subissent l’agressivité de certains usagers. En août 2016, des habitants de Maisons-Alfort, en banlieue parisienne ont violemment refusé que l’électricien procède au remplacement l’ancien compteur électrique par le matériel nouvelle génération. Des policiers ont dû intervenir et l’intervention reportée. À Riom, commune de 18 000 habitants située dans le Puy-de-Dôme, des installateurs du compteur Linky ont quant à eux été reçus par un homme armé d’un fusil à pompe. Âgé de 63 ans, l’individu a menacé de mort les deux techniciens avant de prendre la fuite. Des réactions excessives et d’autant moins compréhensibles qu’elles empêchent la mise en place des nouveaux compteurs électriques plus écologiques et plus économiques pour les usagers. « Même si ce type d’agressions demeurent minoritaires — nous posons près de 22 000 compteurs Linky par jour au niveau national — cela reste des cas très compliqués à gérer » rappelle Olivier Jarniac, responsable Enedis pour le déploiement du compteur Linky en région Rhône-Alpes. « Il est toujours difficile et douloureux pour nous d’apprendre que des membres de nos équipes ou des entreprises avec lesquelles nous collaborons ont été victimes de tels actes » précise-t-il, ajoutant que les modules de prévention mis en place par Enedis ont été renforcés ces dernières semaines et que l’entreprise n’hésite pas à se porter partie civile si les affaires passent devant la justice.

Même les sapeurs pompiers finissent par être les souffre-douleur de populations ultra-agressives. Le 3 juillet dernier, ils ont été la cible de jets de projectiles alors qu’ils intervenaient dans la banlieue de Roubaix (Nord). Alertés à l’origine pour l’incendie de plusieurs poubelles dans le quartier de l’Épeule, six soldats du feu ont dû faire face à un caillassage « quasiment à bout portant », selon un témoin. Un véritable guet-apens, qui a nécessité l’intervention rapide des policiers pour disperser les agresseurs à coups de gaz lacrymogène.

En France, être dépositaire de l’autorité publique ou simplement porteur de l’intérêt général est en passe de devenir une activité à haut risque. Comment expliquer qu’un technicien électricien risque sa vie en faisant son travail ? Ou qu’un employé de bureau de poste puisse se faire agresser par un usager mécontent des travaux de rénovation du bureau ?

De simples faits divers ? La multiplication des agressions que révèlent les statistiques de ces enquêtes de terrain démontre au contraire qu’il s’agit d’un phénomène croissant et inquiétant. Un climat de violence qui en dit long sur une société qui se replie sur la sphère individuelle et communautaire en se souciant de moins en moins du bien commun. La nouvelle équipe gouvernementale aura fort à faire si elle ne souhaite pas que ce climat de plus en plus anxiogène fasse le jeu des extrêmes.

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