L’énergie marémotrice : la force des marées en action

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  • Publié le: jeudi 24 août 2017

Les 7 et 8 octobre 2017, EDF fêtera les Journées de l’industrie électrique en ouvrant au public les portes de l’usine marémotrice de la Rance, l’unique d’Europe. Le complexe inauguré par le président De Gaulle il y a 51 ans est toujours un fleuron technique qui n’a été supplanté qu’en 2012 par une autre usine de ce type installée en Corée du Sud. L’énergie marémotrice a un fort potentiel en France et EDF se propose de le faire découvrir à des consommateurs qui profitent, peut-être sans le savoir, de cette énergie verte.

Les Journées de l’industrie électrique sont une occasion unique de s’intéresser à la manière dont l’électricité est produite sur le territoire français. Plus qu’un cours théorique, les 7 et 8 octobre 2017, de nombreux sites gérés par EDF seront ouverts au public. Parmi eux, l’usine marémotrice située dans l’estuaire de la Rance (Bretagne) est un de ces joyaux peu connus qui a pourtant permis à la France de faire un premier pas vers la transition énergétique, et ce, dès 1966. « Comme la Rance coule vers la mer parce que sa source l’y envoie, ainsi la France est fidèle à elle-même lorsqu’elle marche vers le progrès » précisait De Gaule lors de son allocution d’inauguration. Aujourd’hui, les 24 turbines permettent de dégager une puissance de 240 MW, soit l’énergie consommée chaque année par une ville de 200.000 habitants comme Rennes.

Et ils sont en moyenne 100.000 visiteurs annuels qui viennent se presser dans cette usine pas comme les autres notamment à l’occasion des grandes marées. La salle des machines est le clou du spectacle, car longue de 300 mètres de long, elle se situe sous le barrage. Une sorte de tunnel technologique dans lequel les techniciens se déplacent à vélo. Au-delà des images totalement inattendues, la visite permet de comprendre le fonctionnement d’une énergie peu connue, car très peu utilisée à travers le monde malgré ses qualités indéniables.

Au gré des marées

Comme son nom l’indique, l’énergie marémotrice est générée par le mouvement des marées. La Terre gravite autour du soleil pendant que la lune gravite autour de la Terre, ces forces provoquent les marées. Phénomène bien compris depuis des millénaires, les marées ont la particularité de ne laisser aucune place au hasard. Les dates et l’importance des marées sont connues à l’avance avec précision, ce qui permet de pouvoir générer une énergie verte sans l’inconfort de ne pas connaître la production à venir.

Les éoliennes utilisent la force du vent pour créer de l’énergie. Une usine marémotrice fonctionne sur le même principe sauf que le vent est remplacé par les courants de la marée. Généralement, elle est installée dans un bras de mer où le marnage (la différence d’hauteur d’eau entre une marée haute et une marée basse) est d’environ 10 mètres. Un barrage est construit et des turbines sont installées afin de profiter de la force du courant. La technique, plus rudimentaire, a été utilisée pour faire fonctionner des moulins, mais l’apport technique aidant, l’énergie marémotrice est utilisable lorsque la marée monte et aussi lorsqu’elle est en phase descendante. L’eau s’engouffre d’un côté à l’autre du barrage, on parle d’ « effet de remplissage » et d’ »effet de vidage ».

L’énergie marémotrice : vers une utilisation plus accrue au niveau mondial

Une usine marémotrice comme celle de la Rance a une durée de vie de cent ans (si des travaux de rénovation sont réalisés régulièrement) et est en activité quasi-permanente. Seules les périodes où les coefficients de marée sont inférieures à 70 signifient un « chômage technique » pour l’usine. Propre, presque continue, l’énergie marémotrice a de forts atouts, pourtant il n’en existe qu’une seule en Europe. La raison est d’une double nature. Tout d’abord, les sites pouvant accueillir un tel complexe ne sont pas si nombreux. Il faut que les marées soient suffisamment importantes et que le sol soit rocheux pour accueillir les lourdes installations. A ce petit jeu, la France et la Grande-Bretagne disposent des plus gros potentiels européens.

Aujourd’hui, seule une petite unité de 1,2 MW produit de l’énergie en Grande-Bretagne. D’autres projets ont été mis à l’étude outre-Manche et après avoir rangé dans les cartons un projet d’usine d’une capacité de 12 900 GWh/an (soit 5 % de la consommation énergétique britannique), le Gouvernement a réaffirmé en 2015 sa volonté de doter les côtes du Pays de Galles, d’une usine. Plusieurs projets sont également à l’étude en Russie, aux Etats-Unis et en Inde, mais la qualité de l’eau reste un frein. En effet, des eaux trop polluées (en amont à cause des activités humaines) rendent irréalistes l’installation d’usine marémotrice. Une autre bonne raison de veiller au respect de l’environnement pour les pays peu attentifs à cette question ?

Le champion mondial est désormais sur le continent asiatique. La Corée du sud a développé de vastes programmes en faveur de cette énergie et a inauguré en 2012 l’usine de Sihwa, laquelle s’est hissée à la première place mondiale devant l’installation de Rance avec 254 MW. Une performance qui a séduit les Coréens puisqu’une centrale encore plus grande est en construction à Incheon avec une capacité de l’ordre de 1 000 MW. On estime le potentiel mondial à 380 TWh/an, soit presque 2 % de la production électrique mondiale annuelle. C’est à la fois peu et beaucoup. Peu, car cette énergie ne peut être qu’un complément d’autres énergies plus abondantes. Beaucoup, car elle permet de faire une différence comme en Bretagne où l’usine de la Rance constitue la première source d’énergie d’une région structurellement dépendante sur le plan énergétique. L’idéal est de visiter les installations pour comprendre tout le génie mis en œuvre il y a déjà plus de 50 ans.

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