La lutte contre la pornographie sur Internet peine à se mettre en place

  • Publié le: lundi 23 mai 2016

Les enfants sont potentiellement de plus en plus nombreux à pouvoir être confrontés aux contenus à caractère pornographique ou violent abrités en général par les sites de streaming illégaux, sans que les pouvoirs publics trouvent le moyen de lutter contre ces derniers.

Multiplication des « pop-up »

Le suicide d’une jeune fille le 10 mai dernier, devant un millier d’internautes en live streaming depuis l’application Periscope, aura à peine contribuer à relancer le débat sur l’accès à des contenus violents sur Internet. Selon l’OCDE, plus de 90 % du trafic mondial sur la Toile concerne le visionnage de vidéos, dont 56 % de streaming et live streaming. Les internautes sont devenus avides de contenus disponibles immédiatement et gratuitement, comme en témoigne l’édition 2014 de la Coupe du monde de football, au Brésil, suivie illégalement par 20 millions de personnes, directement en live streaming sur Internet. Un essor qui explique la course effrénée dans laquelle se sont lancés Twitter (détenteur de Periscope) et Facebook (fort d’une « communauté » d’un milliard et demi d’utilisateurs) pour développer une nouvelle application de live streaming.

Certes, les compétitions sportives comportent intrinsèquement peu de risques de soumettre les internautes à du contenu violent ou pornographique indésiré, mais la publicité contenue sur ces sites est quant à elle beaucoup plus redoutable. Si une partie des sites de streaming ou de live streaming propose un abonnement mensuel à leurs utilisateurs, qui permet un visionnage illimité, leur modèle économique repose davantage sur le contenu publicitaire. Les « pop-up » – ces fenêtres intempestives qui seraient à l’origine de 72 % des glissements non provoqués vers des sites classés X – se multiplient, affichant des contenus souvent indésirables et non adaptés à un jeune public.

La coordination de plusieurs pays nécessaire

Un sondage OpinionWay réalisé en décembre 2015 pour l’association « ennocence » – qui cherche à protéger les enfants contre les risques d’exposition à la pornographie en ligne – révèle l’ampleur du phénomène. Intitulé « l’exposition des enfants aux images pornographiques sur les sites de streaming et de téléchargement illégaux », il revient sur l’accès des mineurs à des contenus indésirables et aux comportements des parents face à ces dangers. Sans surprise, presque tous les enfants de moins de 18 ans vont sur Internet (81 %) et une large majorité (57 %) y va même quotidiennement. Or, 52 % des parents ne surveillent pas toujours, voire jamais, leurs enfants lorsqu’ils regardent des vidéos sur internet. Un désengagement des parents ? Plutôt un manque de moyens : 27 % affirment ne pas avoir les moyens de surveiller leur enfant en permanence. Enfin, 70 % des parents interrogés considèrent que les sites de streaming et de téléchargement illégaux représentent un danger pour leurs enfants.

Les pouvoirs publics peuvent-ils réagir ? L’arrestation spectaculaire du fondateur du site de streaming et de téléchargement MegaUpload, Jim Dotcom, restera un succès isolé. Les autorités ne disposent pas des moyens suffisants pour lutter contre les contenus indésirables et la cybercriminalité, d’autant que ces coups de filet nécessiteraient la coordination de plusieurs pays, les sites hébergeurs étant souvent établis à l’étranger. En France, le durcissement de la législation contre le téléchargement illégal, symbolisé par la création de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), a fait surgir les sites de streaming et de live streaming, sans répondre pour autant aux problèmes liés à la violence et à la pornographie sur Internet. Si son but affiché est d’« assécher les revenus des sites Internet massivement contrefaisant ou rendre plus difficile leur activité », pour l’instant, le succès n’est pas au rendez-vous.

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