La Guinée réforme son code forestier, mais le défi écologique demeure pour Conakry

  • Publié le: lundi 11 septembre 2017

 La Guinée fait tristement partie du club restreint des 10 nations les plus touchées par la déforestation. Pour endiguer le phénomène, le gouvernement a largement réformé son code forestier en avril dernier. Une décision salutaire, dans un pays où l’environnement est mis à mal. Car si les autorités semblent décidées à protéger les forêts, le saccage provoqué par les entreprises minières chinoises qui viennent extraire la bauxite demeure bel et bien présent.

La Guinée est riche : elle est riche de ses immenses étendues forestières, mais aussi de ses sous-sols. Un legs précieux qui part en fumée. Chaque année, 35 000 hectares de bois disparaissent, exploités par les entreprises du secteur forestier pour l’exportation ou utilisés comme bois de chauffe par les populations locales.

Depuis plusieurs années les autorités guinéennes se mobilisent et tentent de bâtir un autre modèle économique pour mieux préserver leur environnement naturel. Le Gouvernement a lancé une campagne en 2016 pour reboiser 1 000 hectares chaque année, mais cette initiative pèse bien peu face aux 35 000 hectares qui disparaissent tous les ans. Désormais moins de 5 % du territoire guinéen est recouvert par la forêt, et la déforestation s’est accélérée ses dernières années. Le nouveau code forestier guinéen oblige désormais de remplacer, en bois équivalent en quantité et en qualité, toute superficie forestière défrichée ou déboisée. Un engagement encourageant mais qui arrive presque trop tard, tant la situation écologique du pays est alarmante.

 

La bauxite : cadeau empoisonné pour la Guinée Conakry

La déforestation n’est pas la seule menace écologique qui pèse sur la Guinée. L’exploitation sans règle des mines de bauxite saccage également l’environnement : l’air, les sols, les réserves de nappes phréatiques… Peu de pays ont la chance d’avoir cette roche dans leur sous-sol et devant la forte demande mondiale, la Guinée s’est lancée dans son extraction massive. En effet, la bauxite est l’élément de base pour fabriquer de l’aluminium, c’est donc un matériau essentiel que l’on retrouve dans des produits finis aussi différents que les téléphones portables, les ordinateurs… Avec un prix d’environ 55 dollars la tonne, difficile pour les pays en voie de développement de résister à son exploitation.

Mais les mines de bauxite ont un coût catastrophique pour la nature lorsque les entreprises qui en ont la charge ne tiennent pas compte des normes environnementales. Les groupes chinois Chinalco et China Hongqiao Group sont principalement pointés du doigt et suscitent déjà l’hostilité de la population guinéenne : celles-ci croyaient qu’elles allaient profiter de la croissance et des emplois, mais ne récoltent que la pollution de leurs terres. Le mécontentement est tel que le président Alpha Condé a dû se saisir de la question fin juin et déclarer qu’il fallait que les entreprises cessent de transporter la poussière de bauxite sur des camions non-couverts, car la précieuse roche s’éparpille alors dans l’air, saccageant l’environnement et menaçant la santé des habitants. Mais cette déclaration pèse bien peu comparée aux dégâts de l’exploitation intensive et incontrôlée.

Des entreprises chinoises au lourd passif

Leur passif avait pourtant de quoi alarmer les autorités avant même leur venue en Guinée. Déjà, l’Indonésie et la Malaisie ont été victimes d’une déforestation couplée à une forte pollution dès lors que les entreprises de l’Empire du Milieu se sont installées sur leur sol. Le mal est si profond que l’Indonésie a banni l’exportation de la bauxite en 2014, suivie en 2016 par la Malaisie. Malgré les retombées financières importantes, ces deux pays ont préféré mettre un terme à une exploitation qui s’est aussi révélée désastreuse.

La Guinée va-t-elle interdire ces méthodes d’exploitation dont l’impact est particulièrement nocif ? Aucune mesure concrète n’a encore été prise et les Guinéens commencent à se désespérer de voir que les profits des puissants groupes chinois semblent pour l’instant plus importants que leur propre santé. Une crainte d’autant plus grande que l’État s’est lié contractuellement avec la société China Hongqiao Group et l’entreprise Chinalco pour délivrer dès 2018 respectivement 22 millions et 40 millions de tonnes de bauxite par an. Un quasi-doublement des volumes par rapport à 2015 qui fait douter de la volonté réelle de changement. Avec 25 milliards de tonnes estimées, le pays détient un tiers des réserves mondiales mais la bauxite pourrait bien devenir le cauchemar d’une majorité de Guinéens.

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