Emplois solidaires : l’insertion professionnelle des réfugiés

  • Publié le: mercredi 8 novembre 2017

Aujourd’hui, ce sont des petites initiatives fortes mais disparates qui apparaissent dans le paysage français, sous l’impulsion des associations. L’accueil des migrants ne doit pas se limiter à l’apprentissage de la langue française et des valeurs de notre pays. Des start-up solidaires, associations et entreprises les accompagnent dans le cadre de leur insertion professionnelle.

Forte d’une communauté de 2 500 membres, Singa, fondée en 2012, place l’entrepreneuriat au cœur de son concept.

Sa directrice, Alice Barbe, le perçoit comme « une solution » pour remédier au déclassement social des réfugiés. L’incubateur La Fabrique (créé par Singa) a accueilli, en 2017, vingt-quatre projets : création d’un média, application, société de traiteur, consulting, marque de vêtements…

Les projets sont menés par des locaux et des réfugiés aux profils variés : artistes, diplômés et non-diplômés… Les exilés possèdent, toutefois, un bagage culturel et linguistique pour pouvoir présenter leur projet devant un jury, chargé de sélectionner les heureux élus. Une fois admis, des formations sont délivrées pour élaborer un business plan, pitcher un projet, créer un site Internet, faire une étude de marché…

Un discours qui vient en écho avec celui de la directrice : « 40 % des personnes qui entreprennent chez nous ne l’aurait pas fait si on les avait pas motivés. » Et d’ajouter : « La confiance en soi est difficile après l’exil. » À la sortie, le taux de création d’activité s’élève en 2017 à 70 %, quand 50 % des créateurs d’entreprise parvienne à générer des revenus et 37 % réussissent à en vivre.

Des liens se tissent entre les exilés et les locaux

Pour le cofondateur de Singa, Guillaume Capelle, l’idée ne se résume pas à l’entrepreneuriat, il s’agit aussi de « comprendre les codes culturels, développer son capital social, se faire un réseau, rencontrer des gens ». Des liens se tissent entre les exilés et les locaux. Ce brassage culturel est une source d’inspiration pour beaucoup. Réfugiés et locaux deviennent même des associés.

Dans un autre registre, la plateforme en ligne Action Emploi Réfugiés, lancée en 2016, met en relation des exilés avec des employeurs. En un clic, le demandeur d’emploi met en ligne son CV ou le créé directement sur le site, avant d’être référencé en fonction de sa région, ses qualifications, les langues parlées… Pas moins de 150 réfugiés ont trouvé un emploi depuis le lancement du site et 200 entreprises (Le Club Med, Thalès, L’Armée de Terre…) y sont inscrites et y publient des offres d’emploi.

Les atouts des exilés intéressent les entreprises car, selon Diane Binder, cofondatrice d’Action Emploi Réfugiés, « ils ont moins d’attaches, ils sont donc plus mobiles. Ils ont souvent des compétences dans des domaines qui sont en tension ». Sur la plateforme, les annonces de services à la personne (gardiennage, baby-sitting), dans la restauration et l’industrie sont majoritaires. « Les réfugiés viennent compléter une main-d’œuvre manquante dans des secteurs qui ont du mal à recruter, comme le bâtiment, les services, les emplois pénibles », analyse pour Le Monde El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine.

L’intégration professionnelle, « une opportunité économique »

Intégrer les réfugiés sur le marché du travail est, pourtant, toujours une urgence : 110 000 demandeurs d’asile devraient déposer un dossier en 2017 en France, selon l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA). Un gros tiers obtient, généralement, le statut de réfugiés. Et l’Etat a tout intérêt à les intégrer dans le tissu économique.

L’intégration professionnelle des réfugiés est une « opportunité économique », facteur de recettes budgétaires supplémentaires pour les caisses de l’Etat. Une vision partagée par Laura Petrache, cofondatrice du dispositif Migrant Intégration Lab, mis en œuvre dans sept pays européens et qui a permis d’intégrer 500 personnes grâce à leurs projets entrepreneuriaux ou dans des emplois aussi divers que l’artisanat, la restauration, les applications Web ou l’architecture : « L’arrivée des réfugiés est une opportunité pour créer quelque chose de nouveau, une société plus ouverte, plus riche sur le plan culturel et économique. »

Plusieurs entreprises ont choisi d’intégrer l’embauche de réfugiés à leur démarche RSE. « On note une vraie prise de conscience », souligne Alice Barbe. Pourtant, très peu de grandes entreprises souhaitent communiquer sur cette insertion. « Il y a un réel tabou », explique Diane Binder, « il s’avère difficile aujourd’hui pour une entreprise de justifier ce choix. Avec 10 % de chômage en France, le contexte est particulier ». D’autant que les scores du Front National ont quelque peu refroidi les bonnes volontés.

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